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- Un saumon qui repart à la nage n’est pas nécessairement un saumon sauvé
Remise à l’eau et eau chaude : survivre ne garantit pas un succès reproducteur intact Chez le saumon atlantique, le chiffre de 97 % ne raconte qu’une partie de l’histoire Un saumon repart à la nage après avoir été décroché. Pour le pêcheur, c’est un soulagement. Mais ce départ ne permet pas, à lui seul, de savoir si le poisson récupérera complètement, poursuivra sa migration et contribuera à la prochaine génération. La distinction est essentielle : survivre à une remise à l’eau et conserver un succès reproducteur intact sont deux choses différentes. La science permet de mieux comprendre cette différence. Elle montre aussi pourquoi les conditions de capture, particulièrement la température de l’eau, doivent occuper une place centrale dans nos décisions de pêche. Ce que signifie réellement le 97 % Dans une étude menée sur la rivière Alta, en Norvège, Thorstad et ses collaborateurs ont rapporté que 97 % des 30 saumons radiomarqués avaient survécu à la remise à l’eau et étaient présents dans des secteurs connus de fraie pendant la période de reproduction. Les captures avaient eu lieu dans une eau de 10 à 14,5 °C. [1] C’est un résultat favorable à la remise à l’eau. Mais ce n’est pas une mesure de la descendance produite. La présence d’un poisson dans un secteur de fraie ne nous indique pas combien de descendants lui seront attribués ni si sa contribution sera comparable à celle d’un poisson non capturé. L’étude relevait également des effets défavorables associés notamment à la durée du combat, aux blessures, aux saignements, à la manipulation, à l’exposition à l’air et à la température. Ces effets concernaient l’état du poisson, son stress ou son comportement. [1] Le résultat de l’Alta démontre donc une forte survie dans les conditions étudiées. Il ne démontre pas un succès reproducteur de 97 %. La remise à l’eau a une valeur de conservation Reconnaître ces limites ne revient pas à condamner la remise à l’eau. Un saumon conservé avant la reproduction ne participera pas à la fraie à venir. Un saumon relâché peut encore y contribuer. La remise à l’eau permet ainsi de préserver des reproducteurs qui seraient autrement prélevés. Mais sa valeur comme outil de gestion ne signifie pas que chaque capture est sans conséquence. Elle nous oblige plutôt à examiner les conditions dans lesquelles nous choisissons de pêcher. La question devient alors : comment réduire les effets de la capture sur un poisson qui doit encore terminer sa migration et se reproduire? Quand l’eau se réchauffe, le risque augmente En 2020, Van Leeuwen et ses collaborateurs ont regroupé des données provenant de plusieurs études pour modéliser la mortalité après remise à l’eau en fonction de la température. [2] Leur analyse indique une mortalité généralement faible en eau fraîche, inférieure à environ 5 % sous 12 °C. Pour la plage de 18 à 20 °C, le modèle fournit une estimation moyenne d’environ 16 %, avec une plage rapportée de 7 à 33 % tenant compte de l’incertitude. [2] Ces chiffres ne constituent pas un taux universel. Les auteurs signalent une variabilité importante entre les études aux températures élevées et recommandent la prudence dans l’interprétation des prédictions. [2] Il serait donc excessif d’affirmer que, dans chaque rivière, exactement 16 saumons sur 100 mourront après une remise à l’eau entre 18 et 20 °C. Mais si un tel taux s’appliquait à un groupe de 100 poissons capturés avant la fraie, il représenterait 16 poissons qui ne participeraient pas à cette reproduction. La survie demeure ainsi une condition préalable à toute contribution reproductive future. La température au moment de la capture compte Une analyse publiée en 2024 par Van Leeuwen et ses collaborateurs apporte un autre éclairage. Elle réexamine des données recueillies à Terre-Neuve entre 2018 et 2020 et porte sur la mortalité dans les cinq jours suivant la remise à l’eau. [3] Parmi les saumons capturés à 20 °C ou plus, 4 sur 18 sont morts, soit environ 22 %. Dans un sous-groupe de poissons capturés à 20 °C ou moins, mais ayant ensuite rencontré une température moyenne d’au moins 20 °C, 1 sur 13 est mort. [3] Ces petits effectifs ne permettent pas de transformer les pourcentages en règles générales. Les auteurs concluent néanmoins que, dans les conditions examinées, la température au moment de la capture demeure le meilleur indicateur de la survie après remise à l’eau. [3] Cela ne rend pas les températures ultérieures sans importance. Cela souligne le poids des conditions présentes lorsque le poisson subit le combat et la manipulation. La reproduction demande une autre mesure Pour dépasser la simple observation de la survie, des chercheurs ont utilisé la génétique afin de relier des alevins à leurs parents. Richard, Dionne, Wang et Bernatchez l’ont fait dans une étude publiée en 2013. Leurs résultats suggèrent un effet de la remise à l’eau dépendant de la taille, les plus grands individus étant davantage affectés dans leur contribution reproductive. [4] Ils ont aussi détecté une interaction entre la température et l’exposition à l’air. Les relations observées étaient toutefois complexes : elles ne doivent pas être réduites à une formule universelle permettant de calculer la perte reproductive selon chaque degré supplémentaire ou chaque seconde hors de l’eau. [4] Cette étude concernait une population et une année. Elle mesurait la contribution aux alevins échantillonnés, et non le nombre de descendants qui reviendraient un jour se reproduire. [4] Elle montre néanmoins pourquoi il faut examiner les conséquences possibles de la capture au-delà de la survie immédiate. Ce que montre l’étude de la Rimouski Bouchard et ses collaborateurs ont publié en 2022 une étude sur le succès reproducteur des saumons remis à l’eau dans la rivière Rimouski. [5] Au moins 83 % des poissons remis à l’eau ayant gagné l’amont du barrage se sont reproduits, y compris certains relâchés à plus de 20 °C. [5] Cependant, le succès reproducteur relatif des femelles remises à l’eau atteignait environ 73 % de celui des femelles non capturées. Il s’agit d’une différence de contribution reproductive, et non d’un taux de survie ou d’une proportion de femelles devenues incapables de frayer. [5] Cette différence de 27 % ne doit pas non plus être attribuée directement à la chaleur. Chez les poissons entrés au piège, les chercheurs n’ont pas détecté de diminution du succès reproducteur avec l’augmentation de la température au moment de la remise à l’eau. [5] En revanche, les poissons capturés en eau plus chaude étaient moins susceptibles d’entrer au piège. Les résultats reproductifs obtenus chez les poissons ayant gagné l’amont ne décrivent donc pas nécessairement le devenir de tous les poissons relâchés. [5] Les poissons absents du piège : une incertitude à respecter Il faut être rigoureux dans les deux sens. Un saumon absent du piège ne peut pas automatiquement être considéré comme mort ou comme ayant échoué à se reproduire. Une autre publication de la même équipe précise que la fraie existe aussi en aval du barrage, dans un secteur exclu de leur suivi reproductif en amont. Les poissons qui gagnent l’amont sont d’ailleurs piégés, puis transportés au-dessus de l’obstacle. [6] La question du devenir des poissons manquants demeure donc ouverte. Cette limite empêche autant d’affirmer que tous ont bien récupéré que de conclure qu’ils ont tous été perdus pour la reproduction. 18 °C n’est pas une frontière absolue Les études citées ne permettent pas d’affirmer qu’à exactement 18 °C, chaque saumon subirait une réduction déterminée de son succès reproducteur. [2, 4, 5] Elles ne permettent pas davantage de considérer toute température inférieure comme une garantie d’absence d’effet. Le risque décrit par les analyses varie avec les conditions; il ne se résume pas à un interrupteur. [1, 2, 4] Pour moi, 18 °C constitue un repère de prudence, pas une frontière biologique démontrée. À mesure que l’eau se réchauffe, particulièrement autour de 20 °C et au-delà, les données sur la mortalité donnent davantage de raisons de limiter les stress évitables. [2, 3] Cette position relève d’un choix de précaution éclairé par la recherche. Elle ne prétend pas remplacer les règles locales ni établir un seuil valable dans toutes les rivières. Adapter nos décisions à l’état de la population L’abondance d’une population doit aussi entrer dans la réflexion. Mais une rivière qui accueille beaucoup de saumons ne nous autorise pas, à elle seule, à conclure que les pertes seraient négligeables. L’enjeu est de décider quel risque nous sommes prêts à accepter, compte tenu de l’état du stock, des conditions du milieu et des incertitudes. Nous n’avons pas à attendre qu’un effet soit détecté statistiquement dans chaque rivière pour choisir de réduire une pression évitable. L’absence de résultat significatif n’est pas une garantie d’absence de conséquence. Le saumon avant le premier lancer La remise à l’eau mérite mieux qu’un chiffre utilisé comme garantie. Elle mérite une pratique attentive et une lecture honnête des connaissances disponibles. Les études montrent que de nombreux saumons relâchés survivent et se reproduisent. Elles montrent aussi que les résultats varient, que l’eau chaude augmente les préoccupations liées à la survie et que la contribution reproductive peut être affectée. [1–5] Voir un poisson repartir demeure un moment important. Mais ce que nous souhaitons protéger va plus loin : sa possibilité de rejoindre un habitat de reproduction et de contribuer à la génération suivante. C’est pourquoi ma décision de pêcher ne devrait pas commencer par la question : « Est-ce que je peux encore réussir une remise à l’eau? » Elle devrait commencer par celle-ci : « Dans les conditions présentes, est-il raisonnable d’imposer ce combat à ce poisson? » Renoncer à quelques lancers lorsque les conditions deviennent difficiles est aussi un geste de pêcheur. Le saumon avant tout. Et surtout, avant le premier lancer. Sources [1] Thorstad, E. B., Næsje, T. F., Fiske, P. et Finstad, B. (2003). Effects of hook and release on Atlantic salmon in the River Alta, northern Norway. Fisheries Research, 60(2–3), 293–307.Consulter l’étude [2] Van Leeuwen, T. E. et coll. (2020). Mortality of Atlantic salmon after catch and release angling: assessment of a recreational Atlantic salmon fishery in a changing climate. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 77(9), 1518–1528.Consulter l’étude [3] Van Leeuwen, T. E., Keefe, D., Young, M. et Adams, B. (2024). Water temperature at the time of the catch-and-release event is a better predictor of survival in Atlantic salmon (Salmo salar) than acute water temperature changes before and after. Journal of Fish Biology, 104(5), 1623–1627.Consulter l’étude [4] Richard, A., Dionne, M., Wang, J. et Bernatchez, L. (2013). Does catch and release affect the mating system and individual reproductive success of wild Atlantic salmon (Salmo salar L.)? Molecular Ecology, 22(1), 187–200.Consulter l’étude [5] Bouchard, R., Wellband, K., Lecomte, L., Bernatchez, L. et April, J. (2022). Effect of catch-and-release and temperature at release on reproductive success of Atlantic salmon (Salmo salar L.) in the Rimouski River, Québec, Canada. Fisheries Management and Ecology, 29(6), 888–896.Consulter l’étude [6] Bouchard, R., Wellband, K., Lecomte, L., Bernatchez, L. et April, J. (2022). Effects of stocking at the parr stage on the reproductive fitness and genetic diversity of a wild population of Atlantic salmon (Salmo salar L.). Evolutionary Applications, 15(5), 838–852.Consulter l’étude
- TROIS RIVIÈRES EN CRISE, TROIS RIVERNOTES « ENCOURAGEANTS » : LES MOTS ONT UN POIDS
Une amélioration par rapport au fond du baril ne constitue pas un rétablissement Entre le 3 et le 17 septembre 2026, trois articles publiés dans RiverNotes ont présenté sous un angle encourageant les résultats de trois rivières québécoises : la rivière aux Rochers, la rivière du Gouffre et la rivière Sainte-Marguerite. Trois semaines. Trois rivières gravement affaiblies. Trois cadrages positifs. Oui, certains résultats de 2026 sont meilleurs que ceux de 2024 ou de 2025. Personne ne le conteste. Mais lorsqu’on replace ces chiffres dans les séries historiques, le portrait devient beaucoup moins rassurant. Une rivière peut connaître une hausse annuelle tout en demeurant profondément en crise. C’est exactement pour cette raison que les mots doivent être choisis avec énormément de prudence. La Fédération du saumon atlantique — l’Atlantic Salmon Federation — n’existe pas pour plaire aux pêcheurs ni pour embellir le bilan d’une saison de pêche. Elle existe pour protéger et restaurer le saumon atlantique sauvage. Sa responsabilité première n’est donc pas de trouver les mots qui rassurent. Elle est de présenter l’état réel des populations, même lorsque la vérité est difficile à entendre. Le portrait général : une amélioration ne fait pas un rétablissement Voici ce que montrent réellement les chiffres de 2026 lorsqu’on les compare à des références historiques plus représentatives : La rivière aux Rochers compte 216 saumons en 2026. C’est mieux que les 141 de 2025, mais environ 79 % sous la moyenne de 2005 à 2009. La rivière du Gouffre rapporte 93 remises à l’eau. C’est 20 de plus qu’en 2025, mais 15 de moins qu’en 2024. Surtout, une remise à l’eau n’est ni une montaison ni nécessairement un saumon unique. La Sainte-Marguerite principale compte 99 saumons. C’est mieux que 2024 et 2025, mais environ 74 % sous la moyenne de 2015 à 2019. La Sainte-Marguerite Nord-Est compte 90 saumons. C’est un rebond sur deux années catastrophiques, mais environ 80 % sous la moyenne de 2010 à 2014. Voilà le portrait complet. Oui, il y a des hausses ponctuelles. Non, les données ne permettent pas de parler d’un rétablissement. Rivière aux Rochers : 216 saumons, mais toujours loin des niveaux historiques RiverNotes présente la saison 2026 comme une « meilleure saison » et parle de « nouvelles encourageantes ». Le nombre total de saumons est passé de 141 en 2025 à 216 en 2026. Il s’agit d’une augmentation réelle de 53,2 %. Mais 216 saumons représentent seulement environ 21 % de la moyenne de 2005 à 2009 et 22 % de celle de 2010 à 2014. Autrement dit, la rivière demeure près de 79 % sous certaines de ses moyennes historiques les plus représentatives. La composition de la montaison 2026 est également importante : 137 madeleineaux; 79 grands saumons; 216 saumons au total. Le nombre de madeleineaux s’est amélioré, mais le nombre de grands saumons demeure extrêmement faible. Une augmentation des madeleineaux peut faire remonter le total sans effacer la faiblesse des grands reproducteurs. Il faut également rappeler qu’en 2023, seulement 20 madeleineaux avaient été comptés. En 2024, il y en avait 53. En 2025, 70. Puis 137 en 2026. Cette remontée est positive, mais elle ne permet pas encore de conclure que la population est rétablie ou qu’elle suit une trajectoire durable. Le mot juste serait donc : amélioration partielle dans une population toujours profondément affaiblie. Rivière du Gouffre : on compare des remises à l’eau, pas des montaisons La situation de la rivière du Gouffre soulève un problème encore plus important. RiverNotes rapporte : 108 remises à l’eau en 2024; 73 en 2025; 93 en 2026. Le texte présente le résultat de 2026 comme étant « plus encourageant ». Mais encourageant par rapport à quoi? Une remise à l’eau représente un événement de pêche déclaré. Ce n’est pas automatiquement un saumon différent. Un même poisson peut théoriquement être capturé et remis à l’eau plus d’une fois. Le nombre de remises à l’eau dépend aussi : du nombre de jours-pêche; des conditions d’eau; du débit; de la température; de la présence des pêcheurs au moment où les saumons sont accessibles; de la concentration des poissons dans certains secteurs; du taux de déclaration des captures; de la possibilité de captures répétées. En 2024, les 108 remises à l’eau ont été enregistrées durant 1 344 jours-pêche. Cela représente environ 0,080 remise à l’eau par jour-pêche. En 2025, les 73 remises à l’eau ont été enregistrées durant 920 jours-pêche. Cela représente environ 0,079 remise par jour-pêche. Le taux est pratiquement identique. La diminution du nombre brut de remises à l’eau entre 2024 et 2025 semble donc suivre en grande partie la diminution de l’effort de pêche. Pour 2026, RiverNotes ne fournit pas le nombre de jours-pêche. Il est donc impossible de savoir si les 93 remises à l’eau représentent réellement une meilleure présence de saumons ou simplement un effort de pêche différent. Et surtout, le bilan officiel ne présente pas de série continue de montaisons pour le Gouffre après 2021. Les dernières montaisons publiées sont ponctuelles : 193 saumons en 2004; 218 en 2005; 193 en 2007; 349 en 2010; 527 en 2019; au moins 613 en 2020; 475 en 2021. Après 2021, les remises à l’eau ne peuvent pas remplacer un véritable décompte de population. La formulation la plus rigoureuse aurait été : « Davantage de remises à l’eau qu’en 2025, mais sans conclusion possible sur l’évolution de la population totale. » C’est moins spectaculaire. Mais c’est beaucoup plus exact. Sainte-Marguerite principale : seulement 76 madeleineaux en quatre ans Sur la Sainte-Marguerite principale, RiverNotes rapporte 99 saumons en 2026 : 28 madeleineaux; 71 grands saumons. Le résultat est présenté comme la meilleure montaison des trois dernières années. C’est exact si on limite la comparaison à 2024, 2025 et 2026. Mais cette fenêtre commence précisément au cœur de l’effondrement récent. Voici les nombres de madeleineaux observés depuis 2023 : 2 en 2023; 11 en 2024; 35 en 2025; 28 en 2026. Cela donne seulement 76 madeleineaux en quatre saisons. Pour l’ensemble des saumons, les montaisons de 2023 à 2026 totalisent 428 individus : 223 en 2023; 35 en 2024; 71 en 2025; 99 en 2026. Les 99 saumons de 2026 représentent une amélioration par rapport à 2024 et 2025, mais ils demeurent environ 74 % sous la moyenne de 2015 à 2019. Il faut également tenir compte d’une limite méthodologique importante : le bilan provincial précise que, depuis 2016, la montaison de la branche principale est estimée à partir de sa relation avec la branche Nord-Est. Toute comparaison doit donc être accompagnée d’une explication claire de la méthode utilisée. Sainte-Marguerite Nord-Est : un rebond partiel, pas un rétablissement La branche Nord-Est compte 90 saumons en 2026 : 34 madeleineaux; 56 grands saumons. C’est mieux que les 38 saumons de 2024 et les 46 de 2025. Mais, encore une fois, le choix de la période de comparaison change complètement le portrait. Les 90 saumons de 2026 représentent : environ 21 % de la moyenne de 2000 à 2004; environ 20 % de la moyenne de 2010 à 2014; environ 32 % de la moyenne de 2015 à 2019; environ 53 % de la moyenne déjà affaiblie de 2020 à 2025. Même comparativement à la période récente, qui comprend les effondrements de 2024 et 2025, le résultat de 2026 demeure environ 47 % plus bas. Le mot juste n’est donc pas « rétablissement ». Le mot juste est : rebond partiel sur deux années catastrophiques. Le saumon ne se mesure pas seulement d’une année à l’autre Il y a une autre question qui devrait nous préoccuper énormément : que deviendront les cohortes produites par les petites montaisons de 2023, 2024, 2025 et 2026? Le saumon atlantique ne fonctionne pas sur un simple calendrier annuel. Après la fraie, les œufs passent l’hiver dans le gravier. Les jeunes saumons vivent ensuite généralement plusieurs années en rivière avant de devenir des saumoneaux et de dévaler vers la mer. Ils passent ensuite un ou plusieurs hivers en milieu marin avant de revenir comme adultes. Les conséquences d’une faible déposition d’œufs en 2023 ne seront donc pas toutes visibles en 2024. Elles peuvent se manifester plusieurs années plus tard. C’est là que se trouve le véritable danger. Certaines montaisons des prochaines années pourront encore être soutenues par de meilleures dépositions d’œufs provenant des années antérieures. Cela pourrait donner l’impression que la situation se stabilise. Mais les très faibles montaisons enregistrées depuis 2023 risquent de produire des cohortes adultes beaucoup plus petites à la fin des années 2020 ou au début des années 2030. On ne peut pas prédire avec certitude l’année exacte ni l’ampleur précise de cette baisse. Mais on en sait assez sur le cycle biologique pour comprendre qu’il faut se préparer avant que le choc apparaisse pleinement dans les montaisons adultes. Sommes-nous prêts pour ce qui s’en vient? Avons-nous déjà mis en place : un protocole thermique uniforme; des fermetures automatiques lorsque la température et le faible débit deviennent dangereux; un affichage quotidien de la température, du débit, des montaisons et de l’effort de pêche; un véritable suivi des recaptures; des comptages de saumoneaux; un suivi régulier des tacons; une publication annuelle de la déposition d’œufs; des mesures réduisant la pression de pêche lorsque les montaisons deviennent critiques? Est-ce que les poissons sont constamment gardés dans l’eau? Est-ce que les photos hors de l’eau sont interdites? Est-ce que les hameçons sans ardillon, ou dont l’ardillon est complètement écrasé, sont obligatoires? Est-ce que la durée des combats est réduite au minimum? Est-ce qu’on ferme préventivement une rivière avant que la chaleur, le faible débit et la manipulation des poissons deviennent une combinaison mortelle? Voilà les questions qu’une organisation de conservation devrait placer au centre de son message. Pas seulement : avons-nous remis quelques saumons de plus à l’eau que l’année dernière? Les mots influencent les comportements Lorsqu’une organisation aussi reconnue que l’Atlantic Salmon Federation décrit une saison comme « encourageante », le public retient que la situation va mieux. Le sentiment d’urgence diminue. Certains pêcheurs peuvent croire que la rivière peut supporter davantage de pression. Les gestionnaires peuvent ressentir moins de pression pour imposer des mesures difficiles. Les décideurs peuvent conclure que les actions déjà en place sont suffisantes. C’est pour cette raison que les mots ont un poids. Je ne critique pas le fait de publier une augmentation réelle. Je critique le fait de choisir les pires années de la série comme principale référence. À force de comparer le pire au presque pire, on finit par rendre acceptable une situation qui ne l’est pas. Une augmentation annuelle doit être présentée pour ce qu’elle est : une augmentation annuelle. Un rétablissement exige beaucoup plus : une tendance positive sur plusieurs années; une montaison se rapprochant des références historiques; une bonne représentation des grands saumons; une déposition d’œufs suffisante; une production adéquate de tacons et de saumoneaux; une population assez abondante et assez diversifiée pour résister aux mauvaises années. Nous sommes encore loin de pouvoir démontrer tout cela sur les trois rivières étudiées. Conclusion : notre responsabilité est envers le saumon La Fédération du saumon atlantique n’est pas une agence de promotion des saisons de pêche. Elle est une organisation de conservation. Sa responsabilité n’est pas de mesurer son discours selon ce que les pêcheurs souhaitent entendre. Elle doit le mesurer selon ce dont le saumon a besoin pour survivre. Le pêcheur peut souhaiter une meilleure saison. La Fédération, elle, doit défendre la prochaine génération de saumons. Oui, soulignons chaque saumon supplémentaire. Mais montrons également tout le chemin perdu. Montrons les moyennes historiques. Montrons les grands saumons et les madeleineaux. Montrons l’effort de pêche. Montrons les températures, les débits, les dépositions d’œufs et les comptages de saumoneaux. Puis expliquons clairement ce que nous sommes prêts à faire pour protéger ceux qui restent. Notre responsabilité n’est pas de rendre la saison encourageante. Notre responsabilité est de donner au saumon toutes les chances possibles de survivre. Chaque reproducteur doit atteindre la fraie. Chaque mot public doit refléter cette urgence. Parce qu’au rythme où certaines rivières déclinent, les jours sont comptés — et le saumon, lui, ne peut pas attendre que notre vocabulaire rattrape la réalité. Sources [1] Gouvernement du Québec, ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Bilan de l’exploitation du saumon au Québec en 2025, avril 2026. Tableaux du Gouffre, pages 132-133; Sainte-Marguerite principale, pages 142-143; Sainte-Marguerite Nord-Est, pages 144-145; rivière aux Rochers, pages 164-165.https://bibliotheque.cecile-rouleau.gouv.qc.ca/documents/archives/pgq/L6G48_B54/L6G48_B54_2025.pdf [2] Atlantic Salmon Federation. RiverNotes — September 3, 2026, section consacrée à la rivière aux Rochers.https://www.asf.ca/rivernotes-september-03-2026/ [3] Atlantic Salmon Federation. RiverNotes — September 10, 2026, section consacrée à la rivière du Gouffre.https://www.asf.ca/rivernotes-september-10-2026/ [4] Atlantic Salmon Federation. RiverNotes — September 17, 2026, section consacrée à la rivière Sainte-Marguerite.https://www.asf.ca/rivernotes-september-17-2026/ [5] Gouvernement du Québec. Modifications réglementaires — Région du Saguenay–Lac-Saint-Jean — Pêche au saumon atlantique, 12 juillet 2024.https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/modifications-reglementaires-region-du-saguenay-lac-saint-jean-peche-au-saumon-atlantique-reduction-du-contingent-quotidien-de-saumons-remis-a-leau-et-de-petits-saumons-pris-et-gardes-pour-la-saison-2024-57429 [6] Gouvernement du Québec. Plan de gestion du saumon atlantique.https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/faune/gestion-faune-habitats-fauniques/gestion-especes-fauniques/plans-gestion/saumon-atlantique [7] Atlantic Salmon Federation. About Atlantic Salmon — cycle biologique du saumon atlantique.https://www.asf.ca/about-atlantic-salmon/
- Rivière aux Rochers : derrière le récit du rétablissement, les chiffres révèlent une population toujours effondrée
Rivière aux Rochers 2026 : une amélioration ne fait pas un rétablissement Le RiverNotes publié le 3 septembre 2026 par la Fédération du saumon atlantique présente la rivière aux Rochers sous un jour encourageant : 216 saumons auraient été dénombrés, comparativement à 114 en 2025. https://www.asf.ca/rivernotes-september-03-2026/ Oui, 2026 est meilleure que 2025. Mais lorsqu’on vérifie le chiffre de référence, qu’on distingue les madeleineaux des grands saumons et qu’on replace cette montaison dans la série historique, le portrait devient beaucoup moins rassurant. La conclusion rigoureuse est simple : 2026 marque une amélioration annuelle. Les données ne démontrent pas encore un rétablissement de la population. Une erreur de référence qui gonfle la hausse RiverNotes compare les 216 saumons de 2026 à un total de 114 en 2025. Or, le bilan officiel du ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs indique une montaison totale de 141 saumons en 2025 : 70 madeleineaux; 71 rédibermarins, ou grands saumons; 141 saumons au total. Comparer 216 à 114 produit une hausse apparente de 89,5 %. Comparer 216 au total officiel de 141 donne plutôt une hausse de 53,2 %. L’amélioration demeure réelle, mais elle ne correspond pas à un quasi-doublement de la montaison. Ce que contient réellement la montaison de 2026 Le décompte final communiqué après la fermeture de la cage est le suivant : 137 madeleineaux; 79 grands saumons; 216 saumons au total. Par rapport à 2025, les madeleineaux augmentent de 70 à 137, soit +95,7 %. Les grands saumons passent toutefois de 71 à 79, soit une augmentation de seulement 8 poissons ou 11,3 %. La presque totalité du rebond repose donc sur les madeleineaux. Cette distinction est essentielle : une hausse du total ne signifie pas automatiquement que la capacité reproductrice de la population s’est rétablie. Les grands saumons, particulièrement les grandes femelles, contribuent de façon importante à la déposition d’œufs. Leur nombre demeure ici extrêmement faible. Une des plus faibles montaisons depuis 2000 L’examen de la série 2000–2026 montre que les montaisons ont déjà dépassé régulièrement 1 000 saumons : 1 048 en 2000; 1 064 en 2004; 1 082 en 2006; 1 571 en 2008; 1 212 en 2010; 1 624 en 2011; 1 034 en 2016. À l’inverse, les dernières années figurent parmi les plus faibles de toute la série : 252 saumons en 2023; 121 en 2024; 141 en 2025; 216 en 2026. Sur les 27 années comprises entre 2000 et 2026, seuls les totaux de 2024 et de 2025 sont inférieurs à celui de 2026. Le rebond est donc visible, mais il se produit à partir d’un creux historique. Il ne ramène pas la rivière près de ses niveaux antérieurs. Les moyennes quinquennales montrent une baisse en escalier Les fluctuations annuelles peuvent donner une impression trompeuse. Les moyennes quinquennales permettent de mieux voir la tendance de fond : 2000–2004 : 859 saumons par année; 2005–2009 : 1 024 saumons par année; 2010–2014 : 974 saumons par année; 2015–2019 : 684 saumons par année; 2020–2024 : 421 saumons par année. Cette séquence montre une détérioration persistante. La moyenne baisse de 29,8 % entre 2010–2014 et 2015–2019, puis encore de 38,4 % entre 2015–2019 et 2020–2024. Avec 216 saumons, la montaison de 2026 demeure : 48,7 % sous la moyenne 2020–2024; 68,4 % sous la moyenne 2015–2019; 78,9 % sous la moyenne 2005–2009. Autrement dit, 2026 représente à peine 21 % de la moyenne annuelle observée entre 2005 et 2009. La comparaison avec 2015–2024 demeure préoccupante Entre 2015 et 2024, la rivière aux Rochers a enregistré en moyenne : 194,3 madeleineaux par année; 358,1 grands saumons par année; 552,4 saumons au total. En 2026 : les 137 madeleineaux demeurent 29,5 % sous leur moyenne; les 79 grands saumons demeurent 77,9 % sous leur moyenne; le total de 216 demeure 60,9 % sous la moyenne générale. La situation des grands saumons est particulièrement préoccupante. Les 79 grands saumons de 2026 ne représentent que 22,1 % de la moyenne 2015–2024. Une augmentation de huit grands saumons en un an ne permet pas de conclure à un rétablissement de la composante reproductrice. La déposition d’œufs donne la mesure du déficit Le bilan officiel estime la déposition de 2025 à 0,43 million d’œufs. Les références de conservation de la rivière aux Rochers sont les suivantes : seuil démographique : 1,814 million d’œufs; seuil optimal : 5,805 millions d’œufs. La déposition de 2025 correspond donc à seulement : 23,7 % du seuil démographique; 7,4 % du seuil optimal. Ces résultats ne doivent pas être projetés automatiquement sur 2026. Le décompte effectué à la cage confirme le nombre de poissons passés, mais pas leur sexe, leur survie jusqu’à la fraie, leur contribution reproductive ou la déposition finale d’œufs. Sans ces renseignements, il est prématuré de présenter 2026 comme le début démontré d’un rétablissement. Ce qu’il faudrait mesurer avant de parler de rétablissement Un rétablissement biologique ne se démontre pas au moyen d’une seule amélioration annuelle. Il faudrait notamment observer : plusieurs années consécutives de hausse des grands saumons reproducteurs; une déposition d’œufs se rapprochant durablement du seuil démographique; une amélioration mesurée des densités d’alevins et de tacons; une augmentation de la production de smolts; une meilleure survie entre l’œuf, le smolt et le retour adulte; de meilleurs taux de retour de la mer par cohorte; des résultats de restauration de l’habitat appuyés par des suivis avant-après et, idéalement, par des sites témoins. Les données actuellement disponibles ne permettent pas d’attribuer la hausse de 2026 aux interventions réalisées dans l’habitat. Elles ne démontrent pas non plus une amélioration durable du recrutement ou de la survie marine. Remettre les pendules à l’heure Le titre « Une meilleure saison sur la Rivière aux Rochers » n’est pas faux au sens strict. La saison 2026 est effectivement meilleure que celle de 2025. Le problème réside dans le cadrage : le total 2025 utilisé par RiverNotes ne correspond pas au total officiel; la hausse dépend principalement des madeleineaux; le nombre de grands saumons augmente de seulement huit individus; la montaison demeure très inférieure aux moyennes historiques; aucune donnée reproductive complète n’est encore disponible pour 2026. Une bonne nouvelle doit pouvoir résister au portrait complet. Sinon, ce n’est pas encore un bilan : c’est un cadrage. La rigueur n’oblige pas à nier l’amélioration observée. Elle oblige à la mesurer avec le bon dénominateur, la bonne série historique et les bons indicateurs biologiques. 2026 est une amélioration. Ce n’est pas encore un rétablissement. Sources Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Bilan de l’exploitation du saumon au Québec en 2025, tableau « Sommaire de l’exploitation sportive de 1984 à 2025 de la rivière aux Rochers », pages 164–165.https://bibliotheque.cecile-rouleau.gouv.qc.ca/documents/archives/pgq/L6G48_B54/L6G48_B54_2025.pdf Fédération du saumon atlantique. RiverNotes — September 3, 2026, section « Une meilleure saison sur la Rivière aux Rochers ».https://www.asf.ca/rivernotes-september-03-2026/ Décompte final 2026 communiqué après la fermeture de la cage : 137 madeleineaux, 79 grands saumons, total de 216. Cette ventilation n’avait pas encore été repérée dans une publication officielle du MELCCFP accessible en ligne au moment de la rédaction. Gouvernement du Québec. Plan de gestion du saumon atlantique.https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/faune/gestion-faune-habitats-fauniques/gestion-especes-fauniques/plans-gestion/saumon-atlantique
- 17,172 M$ plus tard : où sont les saumons?
Et si on regardait maintenant ce que l’habitat a réellement produit? Éditorial en réponse à l’Info Science d’août 2026 de la FQSA — « Et si l’habitat était déjà là? » 17,172 M$ | 414 km | ~9,36 M UP | 11 121 adultes potentiels Quand j’ai lu la dernière Info Science de la FQSA sur l’habitat, je me suis arrêté sur un passage en particulier. On nous montre la Rimouski, la Mitis et la Madeleine. Trois exemples où des interventions humaines ont permis au saumon d’accéder à des habitats qui lui étaient auparavant inaccessibles. Et je vais commencer par le dire clairement : oui, l’habitat est important. Oui, ouvrir un bon secteur de rivière peut faire une différence. Oui, certaines interventions humaines ont donné de vrais résultats. Je n’ai aucun problème avec ça. La FQSA fait même une distinction importante dans son infolettre. Pour la Rimouski, elle explique que le potentiel de production a augmenté avec l’habitat accessible, mais elle précise que ce potentiel ne correspond pas automatiquement à la taille de la population. Pour la Mitis, elle écrit qu’il serait trop simpliste d’attribuer l’évolution des populations au seul transport des saumons. Et lorsqu’elle arrive au Programme de mise en valeur des habitats du saumon atlantique de la -Nord, elle précise encore que les 11 121 saumons adultes représentent un potentiel de production, pas une augmentation garantie des populations. Très bien. C’est justement là que commence ma question. APRÈS 17,172 M$, REGARDONS LE RÉSULTAT Parce qu’à un moment donné, il faut aller plus loin que les kilomètres de rivière, plus loin que les unités de production et plus loin que les projections. Notre recherche a repris les dossiers rivière par rivière, projet par projet et dollar par dollar. Première chose importante : nous n’avons pas trouvé 17 millions de dollars disparus. Le financement se réconcilie. Il faut le dire aussi clairement que le reste. Des passes migratoires ont été construites ou améliorées. Des obstacles ont été retirés. Des ouvrages historiques ont été consolidés. Des saumons ont franchi de nouvelles passes. De la reproduction anadrome a été démontrée dans certains secteurs. Des juvéniles ont été observés en amont de certains obstacles. À Sainte-Marguerite Nord-Est, on a même obtenu des résultats intéressants jusqu’au stade saumonneau. Donc non, ce programme n’a pas rien fait. Mais ce n’est pas la question que je pose. La question est : QU’EST-CE QUE CES TRAVAUX PRODUISENT AU BOUT DE LA CHAÎNE? On sait mesurer le béton. Maintenant, il faut mesurer le saumon qui revient. Pour les ouvrages et les passages, nous avons des travaux réalisés, du fonctionnement démontré et l’utilisation de certaines passes. Pour la reproduction et les juvéniles, nous avons de la reproduction amont ou des réponses juvéniles démontrées dans certains projets. Pour les saumonneaux, certains résultats sont disponibles, notamment à Sainte-Marguerite Nord-Est. Mais lorsqu’on arrive aux adultes supplémentaires attribuables aux projets, nous n’avons pas identifié de total uniforme dans les documents publics examinés. Et c’est là que ça devient important. LES 11 121 : REGARDONS CE QU’IL Y A DERRIÈRE LE CHIFFRE Le chiffre de 11 121 adultes potentiels est impressionnant. Mais il est construit à partir de seulement huit projets, et il est énormément concentré dans quelques dossiers. Les valeurs sont des potentiels modélisés, pas des adultes supplémentaires observés. Voici les huit projets : Projet Investissement Adultes potentiels Lecture de l’audit Sainte-Marguerite Nord-Est 1,256 M$ 115 Résultats forts jusqu’aux saumonneaux; adultes attribuables non isolés. Corneille 0,819 M$ 236 Connectivité et reproduction anadrome démontrées; gain adulte non quantifié. Sheldrake 1,091 M$ 1 606 Retours adultes observés; ensemencement encore présent en 2025. Mistassini 0,608 M$ 137 Réponse juvénile forte; chaîne jusqu’aux adultes non fermée publiquement. Aguanus 1,644 M$ 4 865 Passe et reproduction démontrées; obstacle majeur résiduel plus haut. Saint-Jean 2,642 M$ 1 712 Ouvrage fonctionnel; fenêtre adulte encore récente. Mingan 2,257 M$ 2 288 Passe utilisée; suivi adulte à long terme et métriques à réconcilier. Petite-Trinité 1,407 M$ 162 Passe construite, mais deuxième chute demeure limitante. TOTAL 11,724 M$ 11 121 Potentiel théorique combiné des huit projets. Concentration du potentiel Regroupement Adultes potentiels Part du total Aguanus seule 4 865 43,7 % Aguanus + Mingan + Saint-Jean 8 865 79,7 % Aguanus + Mingan + Saint-Jean + Sheldrake 10 471 94,2 % Total des 8 projets 11 121 100 % Le constat qui ressort immédiatement est fort : près de 80 % du potentiel annoncé repose sur seulement trois projets, et 94,2 % sur quatre projets. C’est donc surtout sur Aguanus, Mingan, Saint-Jean et Sheldrake que la qualité du suivi biologique à long terme devient déterminante. Autrement dit : TROIS PROJETS REPRÉSENTENT PRÈS DE 80 % DU POTENTIEL. QUATRE EN REPRÉSENTENT ENVIRON 94 %. Il faut donc regarder ces dossiers de très près. AGUANUS — LE PLUS GROS MORCEAU DU POTENTIEL Aguanus représente à elle seule 4 865 adultes potentiels, près de 44 % du total. La passe du Trait-de-Scie fonctionne et la reproduction anadrome en amont a été démontrée. C’est un vrai résultat. Mais un autre obstacle majeur demeure plus haut, à la Quatrième chute. La bonne question n’est donc pas de dire que le projet n’a rien donné. La bonne question est : Quelle portion du potentiel de 4 865 était réellement accessible grâce au premier ouvrage? MINGAN — QUAND LES CHIFFRES DE PERFORMANCE NE SE RÉCONCILIENT PAS FACILEMENT L’utilisation de la passe est démontrée. Mais les documents publics examinés rapportent environ 23 % en 2018, environ 20 % en 2019, puis une valeur rétrospective de 38 % pour 2018-2019. Ces nombres peuvent reposer sur des dénominateurs différents. Alors expliquons les dénominateurs. Et surtout, publions la série biologique à long terme qui permettrait d’évaluer les cohortes post-aménagement. SAINT-JEAN — NE PAS JUGER TROP TÔT, MAIS NE PAS PERDRE LA FENÊTRE Le projet est plus récent. Il serait injuste de conclure aujourd’hui que le potentiel de 1 712 adultes a échoué. Mais c’est précisément pour cette raison que le suivi doit être maintenu maintenant. Les premières cohortes bénéficiant de la nouvelle connectivité commencent à entrer dans leur fenêtre de retour adulte. SHELDRAKE — UNE RÉPONSE BIOLOGIQUE RÉELLE, MAIS PAS ENCORE UNE AUTONOMIE DÉMONTRÉE Des adultes reviennent, et la série de montaison est utile. Mais le Bilan 2025 confirme encore l’ensemencement de 100 000 alevins. On peut donc parler de réponse biologique et de relance. Mais pas encore simplement d’une population autonome produite par l’intervention initiale. Notre analyse montre aussi quelque chose d’important sur la capacité actuelle des données publiques à vérifier le rendement adulte. Environ 1 721 adultes potentiels — 15,5 % du total — sont associés à des projets où une série adulte est exploitable, mais où l’attribution demeure incomplète. Environ 1 948 — 17,5 % — sont associés à des projets où la preuve biologique ou le suivi est intermédiaire ou partiel. Et 7 452 adultes potentiels — 67 % du total — sont associés à des projets où les données adultes publiques sont insuffisantes pour tester directement le potentiel annoncé. Cette classification ne juge pas la qualité des ouvrages. Elle mesure simplement la capacité des données publiques actuelles à vérifier le rendement adulte. IL FAUT ARRÊTER DE CONFONDRE CAPACITÉ ET RENDEMENT Une rivière peut posséder des centaines de milliers d’unités de production sans produire automatiquement le nombre d’adultes calculé dans un modèle. Un habitat peut être excellent et rester sous-utilisé s’il manque de géniteurs. Un saumonneau peut quitter un habitat restauré et mourir en mer. Une passe peut fonctionner tout en étant suivie d’un deuxième obstacle. Une population peut augmenter pendant qu’on continue d’ensemencer et de transporter des poissons. Voilà pourquoi le potentiel est un outil de planification. Ce n’est pas un bilan final. Et l’Info Science d’août 2026 nous donne elle-même la meilleure porte d’entrée pour cette discussion, puisqu’elle reconnaît qu’il s’agit d’un potentiel et non d’une augmentation garantie des populations. Alors allons jusqu’au bout de cette logique : SI LE POTENTIEL N’EST PAS LE RÉSULTAT, MONTRONS LE RÉSULTAT. JE NE CHERCHE PAS À DÉMOLIR LE PMV Cet recherche ne cherche pas à démontrer que le PMV a été un échec. Ce serait faux et trop facile. Il y a de bons projets dans ce programme. Il y a des ouvrages qui fonctionnent. Il y a de la recherche scientifique de qualité. Il y a des résultats biologiques intermédiaires réels. Il y a aussi un fonds de 500 000 $ prévu pour l’entretien à long terme des ouvrages, ce qui est une bonne idée sur le principe. Et notre réconciliation financière ne montre pas des millions de dollars qui se sont évaporés. La faiblesse centrale est ailleurs : ON A BEAUCOUP MIEUX DOCUMENTÉ CE QU’ON A CONSTRUIT QUE CE QUE CES INVESTISSEMENTS PRODUISENT AUJOURD’HUI EN ADULTES SUPPLÉMENTAIRES. PARCE QUE LE PROCHAIN DOLLAR DOIT ALLER AU BON ENDROIT Si Corneille produit réellement beaucoup plus de saumons grâce à sa nouvelle connectivité, on doit le savoir. Si Mistassini transforme sa forte réponse juvénile en adultes de retour, on doit le savoir. Si Aguanus produit seulement une fraction du potentiel de 4 865 parce qu’un deuxième obstacle limite encore le bassin, on doit le savoir. Ce n’est pas pour pointer du doigt ceux qui ont travaillé sur ces projets. C’EST POUR APPRENDRE. Parce que le prochain programme de restauration devrait être meilleur que le précédent. Et pour être meilleur, il faut être capable de comparer les investissements aux résultats. LES QUESTIONS QU’IL FAUT MAINTENANT POSER Combien d’adultes supplémentaires attribuables aux interventions du PMV ont réellement été mesurés, rivière par rivière? Existe-t-il des suivis non publiés permettant de suivre les cohortes jusqu’au retour adulte? Comment le potentiel de 4 865 adultes à Aguanus a-t-il été calculé compte tenu de l’obstacle résiduel plus haut? Pourquoi les valeurs de performance de Mingan diffèrent-elles selon les documents, et quelle série doit servir de référence? Combien des 414 km sont aujourd’hui accessibles et utilisés sans ensemencement, transport ou autre intervention humaine? Combien des quelque 9,36 millions d’UP sont réellement occupées par des saumons anadromes? Quel est le solde actuel du fonds d’entretien de 500 000 $ et quels ouvrages ont été financés depuis la fin du programme? LA QUESTION QUI RESTE L’Info Science pose : « Et si l’habitat était déjà là? » Moi, après avoir regardé le PMV Côte-Nord en profondeur, j’ajouterais simplement : ET SI ON REGARDAIT MAINTENANT CE QUE CET HABITAT A RÉELLEMENT PRODUIT? On connaît les 17,172 millions de dollars mobilisés. On connaît les 414 kilomètres de rivière. On connaît les quelque 9,36 millions d’unités de production. On connaît le potentiel de 11 121 saumons adultes. MAINTENANT, MONTRONS LES SAUMONS. Pas dans une formule. Pas dans une projection. Pas dans un « pourrait produire ». Combien de saumons adultes supplémentaires reviennent réellement grâce à ces investissements? Si la réponse existe, publions-la. Si elle n’existe pas encore, construisons enfin le suivi qui permettra de l’obtenir. Parce qu’un programme de restauration ne devrait pas se terminer lorsque le béton est coulé, lorsqu’une passe est inaugurée ou lorsqu’un poisson franchit l’ouvrage une première fois. Il devrait se terminer quand on est capable de regarder la rivière quelques années plus tard et de répondre à une question très simple : COMBIEN DE SAUMONS DE PLUS REVIENNENT GRÂCE À CE QU’ON A FAIT? Sources principales [1] Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA), Info Science — août 2026, « Et si l’habitat était déjà là? » [2] Fédération québécoise pour le saumon atlantique, Rapport final du Programme de mise en valeur des habitats du saumon atlantique de la Côte-Nord — bilan 2010-2020. [3] Fédération québécoise pour le saumon atlantique, rapports annuels du PMV, notamment 2015, 2016 et 2018-2019-2020. [4] MELCCFP, Exploitation du saumon au Québec — Bilan 2025. [5] Audit consolidé PMV Côte-Nord 2026 — réconciliation financière, fiches rivière par rivière, analyse des potentiels, suivis biologiques et anomalies documentaires. Note méthodologique : les expressions « adultes potentiels », « potentiel théorique » et « rendement adulte » sont volontairement distinguées. L’absence d’un total public attribuable ne signifie pas l’absence de bénéfices biologiques; elle signifie que le rendement adulte final ne peut pas être quantifié uniformément avec les documents publics examinés.
- Omble de fontaine au Québec : un plan nécessaire, mais où est le bilan biologique
Plan de gestion 2020-2028 — Analyse du plan, de sa synthèse et du bilan 2026 En 2020, le Québec lançait son premier Plan de gestion de l’omble de fontaine 2020-2028 avec un constat qui aurait dû sonner l’alarme partout dans la province : plus de la moitié des populations d’ombles de fontaine en lac étaient considérées en situation de surexploitation. Le portrait détaillé était encore plus inquiétant. Selon le diagnostic présenté dans le plan complet, seulement 21 % des populations évaluées étaient considérées à l’équilibre. Les autres se répartissaient entre 17 % en surexploitation récente, 34 % en surexploitation avancée et 28 % en récupération [1]. Autrement dit, au moment de mettre le plan en place, à peine une population sur cinq pouvait être considérée en équilibre. Ce n’était donc pas un petit ajustement de réglementation que la situation exigeait. Le Québec faisait face à un problème beaucoup plus profond concernant l’exploitation, la productivité des habitats, la qualité des populations et leur capacité à se renouveler. Le Ministère le reconnaissait lui-même : malgré une diminution générale de la pression de pêche entre 1980 et 2010, le rendement et le succès de pêche avaient diminué, et plus de 50 % des populations analysées se trouvaient en situation de surexploitation [2]. Six ans plus tard, le Bilan 2026 nous permet enfin de voir ce qui a été fait. Et il faut le dire : beaucoup de choses ont été entreprises. Mais il faut également poser la question qui dérange : Est-ce que les populations d’ombles de fontaine vont réellement mieux? À la lecture du bilan 2026, la réponse demeure essentiellement : Nous ne le savons pas encore. Un problème qui était déjà clairement identifié Le plan 2020-2028 reposait sur une base scientifique relativement solide. Plus de 180 inventaires en lac avaient été analysés pour établir le portrait général. Le diagnostic démontrait que la mortalité dépassait la capacité de renouvellement dans plus de la moitié des populations étudiées. Le Ministère soulignait également que la situation demeurait préoccupante autant dans les territoires fauniques structurés que sur le territoire libre [2]. Mais le plan apportait surtout une explication extrêmement importante : la surexploitation de l’omble de fontaine peut être difficile à percevoir au début. Une population soumise à une forte mortalité peut momentanément compenser. La croissance ou l’abondance de certaines classes de poissons peut même donner l’impression que la situation demeure acceptable. Mais si cette exploitation se poursuit, les conséquences deviennent progressivement visibles : moins de gros poissons, diminution de l’abondance et, ultimement, réduction du nombre de femelles matures et du potentiel reproducteur [2]. C’est probablement l’un des constats les plus importants de tout le plan. Une bonne journée de pêche n’est pas automatiquement la preuve qu’une population est en bonne santé. Et attendre que le succès de pêche s’effondre avant d’intervenir signifie parfois attendre que le problème soit déjà bien installé. GRAPHIQUE 1 — État des populations lors du diagnostic initial Répartition des populations d’ombles de fontaine en lac selon le diagnostic présenté à la figure 13 du plan complet [1] : 21 % — Équilibre 17 % — Surexploitation récente 34 % — Surexploitation avancée 28 % — Récupération Le chiffre qui devrait rester en tête est simple : seulement 21 % étaient classées à l’équilibre. Et 51 % se trouvaient directement dans les deux catégories de surexploitation. Un plan beaucoup plus large que la réglementation Un des mérites du Plan de gestion 2020-2028 est de ne pas avoir réduit le problème à la seule limite quotidienne de prises. Le plan comprend environ 70 mesures touchant l’exploitation, les quotas, les habitats, les populations allopatriques, les espèces introduites, les ensemencements, la sensibilisation et l’acquisition de connaissances [2]. C’était la bonne approche. Parce qu’on ne peut pas protéger durablement une population simplement en réduisant la récolte si, parallèlement, ses frayères se dégradent, ses cours d’eau sont fragmentés, des espèces compétitrices sont introduites, la température de l’eau augmente ou sa productivité naturelle diminue. Le plan reconnaît d’ailleurs explicitement la dégradation des habitats, la perte de l’allopatrie et les changements climatiques comme facteurs pouvant contribuer au déclin des populations [2]. Sur le diagnostic, le Québec avait donc bien identifié le problème. La question devient plutôt : Avons-nous transformé ce diagnostic en résultats mesurables? Ce qui a réellement été réalisé depuis 2020 Il serait injuste de prétendre que rien n’a été fait. Le bilan 2026 démontre au contraire plusieurs avancées concrètes. La limite quotidienne de prise a notamment été diminuée dans 10 zones ou parties de zones, tandis que certaines périodes de pêche ont été harmonisées [3]. Le travail de révision des quotas annuels dans les territoires fauniques structurés se poursuit afin que les prélèvements correspondent davantage à la productivité naturelle des plans d’eau [3]. Le Ministère a également développé ou amélioré des plans d’ensemencement, des outils administratifs, des méthodes diagnostiques et différentes mesures de sensibilisation. Mais deux réalisations ressortent particulièrement. 125 lacs : probablement l’investissement scientifique le plus important du plan Depuis 2020, le Québec a structuré un réseau provincial de suivi d’environ 125 lacs. Ces plans d’eau, répartis dans les différentes zones de pêche et autant en territoire libre que dans les territoires fauniques structurés, doivent être inventoriés selon des cycles de cinq ou dix ans [3]. À mon avis, c’est probablement l’outil le plus important créé dans tout le plan. Pourquoi? Parce qu’il permettra enfin de suivre les mêmes populations dans le temps avec une méthodologie comparable. On pourra éventuellement poser une vraie question scientifique : Avant les mesures, quel était l’état de cette population? Puis : Cinq ou dix ans plus tard, est-elle meilleure, stable ou pire? C’est exactement ce qui manquait au portrait précédent. Dans le plan initial, seulement deux plans d’eau avaient été échantillonnés à deux reprises sur une longue période, ce qui empêchait pratiquement toute véritable analyse temporelle provinciale [1]. Le réseau des 125 lacs peut donc changer complètement notre capacité de suivre l’omble de fontaine. Mais en 2026, il faut être clair : le réseau existe; ses résultats à long terme, eux, ne sont pas encore disponibles. L’allopatrie : une véritable priorité qui commence à être prise au sérieux Le cas des populations allopatriques est particulièrement important. Ces lacs où l’omble de fontaine est naturellement la seule espèce de poisson constituent un patrimoine biologique particulier du Québec. Or environ 70 % des secteurs autrefois en allopatrie ont perdu cette caractéristique, principalement à la suite de l’introduction volontaire ou accidentelle d’autres espèces [2]. Le bilan 2026 rapporte un travail beaucoup plus concret dans ce dossier. L’allopatrie a notamment été vérifiée par ADN environnemental dans 110 lacs répartis dans six régions, parallèlement à la construction d’une cartographie provinciale plus fine [3]. Un guide sur l’utilisation de la roténone a également été produit pour encadrer certaines restaurations de lacs envahis par des espèces indésirables [3]. C’est une avancée réelle. Ici, on ne parle pas seulement de sensibilisation : on améliore notre connaissance du territoire et nos capacités d’intervention. Habitat : de l’argent et des projets, mais il faut maintenant mesurer le résultat Le bilan indique également que plus de 1,8 million de dollars ont été investis dans des projets liés notamment à la protection de l’allopatrie, à la restauration, à la connectivité des habitats et à l’amélioration des pratiques d’aménagement [3]. Des travaux sont aussi réalisés afin de mieux comprendre l’importance des petits cours d’eau forestiers, d’améliorer l’estimation de la productivité naturelle et d’identifier les ponceaux pouvant empêcher la libre circulation du poisson [3]. Encore une fois : très bonne direction. Mais éventuellement, un véritable bilan devrait pouvoir répondre avec des chiffres simples : Combien de ponceaux problématiques ont été corrigés? Combien de kilomètres d’habitat ont été reconnectés? Combien de frayères ont été restaurées? Combien de populations ont démontré une augmentation mesurable de leur productivité après intervention? Investir 1,8 million de dollars constitue une mesure de l’effort. Ce n’est pas encore une mesure du résultat biologique. Et cette distinction est fondamentale. TABLEAU — Où en sommes-nous réellement en 2026? Enjeu Situation ou objectif Bilan 2026 Ce qu’il manque encore État des populations Plus de 50 % surexploitées au diagnostic Pas de nouveau pourcentage provincial Nouveau portrait biologique comparable à 2020 Populations à l’équilibre Seulement 21 % dans le portrait initial Pas de nouvelle proportion publiée Mesurer l’évolution du 21 % Limites de prises Réduire la mortalité par la pêche Réductions dans 10 zones ou parties de zones Effet biologique mesuré de ces réductions Quotas en TFS Adapter la récolte à la productivité Révision toujours en cours Nombre de lacs révisés et réponse des populations Réseau scientifique Améliorer le suivi à long terme Environ 125 lacs suivis Résultats des deuxièmes inventaires Allopatrie Protéger les populations uniques 110 lacs validés par ADNe Superficie protégée et nombre de populations restaurées Habitat Améliorer productivité et connectivité Plus de 1,8 M$ investis Résultats biologiques quantifiés Ponceaux Identifier les obstacles Projet LiDAR et protocole en développement Nombre corrigé et habitat reconnecté Remise à l’eau Diminuer la mortalité Outils de sensibilisation Mesure réelle de la mortalité et des pratiques Changements climatiques Reconnu comme facteur limitant Peu d’indicateurs climatiques présentés dans le bilan Température, refuges thermiques, vulnérabilité régionale Truite de mer Populations anadromes préoccupantes Hors du Plan principal Bilan distinct et actualisé des populations anadromes 70 mesures du Plan Mise en œuvre 2020-2028 Bilan des « principales actions » Tableau exhaustif : complétées/en cours/non réalisées Remise à l’eau : un chiffre qui devrait nous faire réfléchir Il y avait également un élément particulièrement frappant dans la synthèse originale. Environ 25 % des captures étaient remises à l’eau, et le Ministère estimait que la mortalité après remise à l’eau pouvait atteindre 35 à 50 % lorsqu’un appât naturel était utilisé. À l’échelle de la pêcherie évaluée à cette époque, le document estimait que cette mortalité pouvait représenter environ 1,6 million de poissons annuellement [2]. Ce n’est pas insignifiant. Le bilan 2026 mentionne maintenant des affiches, dépliants et vidéos consacrés aux bonnes pratiques de remise à l’eau [3]. C’est nécessaire. Mais après six années de plan de gestion, il serait également utile de savoir : Est-ce que cette mortalité estimée a diminué? Est-ce que les pêcheurs utilisent moins souvent des appâts naturels lorsqu’ils prévoient remettre leurs prises à l’eau? Est-ce que les pratiques de manipulation ont changé? Encore une fois, nous connaissons l’action entreprise. Nous connaissons beaucoup moins son efficacité réelle. Le grand absent : les changements climatiques Le plan original reconnaît les changements climatiques parmi les facteurs susceptibles d’affecter la productivité naturelle de l’omble de fontaine [2]. Et c’est absolument logique. Nous parlons d’un poisson d’eau froide. La température influence directement la quantité d’habitat disponible, les besoins en oxygène, l’alimentation, le métabolisme, les déplacements et éventuellement la survie. Pourtant, lorsque je regarde le bilan 2026, je trouve que la dimension climatique demeure beaucoup trop discrète comparativement à l’importance qu’elle risque de prendre au cours des prochaines décennies. J’aurais voulu voir un véritable tableau provincial indiquant notamment : Les lacs et bassins versants les plus vulnérables; L’évolution des températures estivales; La disponibilité des refuges thermiques; Les secteurs où l’habitat thermique risque de se contracter; Les populations situées près de leurs limites physiologiques; Les adaptations de gestion envisagées. Un plan de gestion d’une espèce d’eau froide qui se rendra au-delà de 2028 ne pourra plus traiter l’adaptation climatique comme un dossier secondaire. Et la Côte-Nord? Le dossier de la truite de mer demeure particulier Il y a finalement un élément majeur qu’il ne faut surtout pas oublier lorsque nous parlons de la Côte-Nord : l’omble de fontaine anadrome, notre truite de mer. Le document synthèse reconnaissait déjà que les données de captures sportives et les suivis scientifiques disponibles depuis les années 1980 indiquaient un déclin de l’abondance et de la taille des captures dans plusieurs populations bien connues [2]. Pourtant, ces populations n’ont volontairement pas été intégrées au Plan de gestion 2020-2028, leur écologie étant suffisamment différente de celle des populations résidentes. Le Ministère avait plutôt élaboré un Plan d’action 2019-2022 devant notamment établir un réseau spécifique de suivi de l’omble anadrome et améliorer les connaissances sur ses habitats [2]. Cela veut dire quelque chose d’important : le fameux chiffre de plus de 50 % de populations surexploitées ne constitue pas un portrait complet de la situation de la truite de mer sur la Côte-Nord. C’est un autre dossier. Et puisque le déclin de plusieurs populations anadromes était déjà reconnu dans les documents gouvernementaux avant 2020, nous avons besoin aujourd’hui d’un véritable bilan actualisé de ce Plan d’action 2019-2022. Où en sont les populations? Le réseau de suivi spécifique a-t-il réellement été implanté? Quelles populations sont suivies? Quelle est l’évolution de l’abondance? Quelle est l’évolution de la taille des poissons? Quels habitats critiques ont été identifiés? Quelles mesures de conservation ont été prises? Pour la Côte-Nord, ces réponses sont essentielles. Le plus gros problème du bilan 2026 Voici finalement ce qui me dérange le plus. Le document publié en 2026 est présenté comme un bilan des cinq premières années, mais le Ministère précise lui-même qu’il s’agit d’un portrait des principales actions réalisées [3]. Le plan contient environ 70 mesures. J’aurais donc voulu trouver un tableau de reddition de comptes beaucoup plus simple : Mesure 1 : réalisée. Mesure 2 : en cours. Mesure 3 : non réalisée. Mesure 4 : reportée. Et ainsi de suite jusqu’à la mesure 70. Avec, pour chacune : un échéancier; un responsable; un indicateur; le résultat attendu; le résultat obtenu; et, lorsque possible, l’effet biologique observé. Ce tableau n’est pas présent. Conséquence : nous ne sommes pas réellement capables de dire quel pourcentage du Plan de gestion a été réalisé. 40 %? 60 %? 80 %? Nous ne le savons pas à partir de ce bilan. Surtout, nous ne connaissons toujours pas le nouveau portrait biologique Voilà le cœur du problème. En 2020 : 21 % à l’équilibre.17 % en surexploitation récente.34 % en surexploitation avancée.28 % en récupération. Et en 2026? Nous n’avons pas de nouveau portrait provincial comparable. C’est là que je trace une ligne très importante. Je ne dirais pas que le Plan de gestion est un échec. Ce serait injuste et scientifiquement prématuré. Des outils importants ont été créés. Des limites ont été réduites. Des quotas sont révisés. Des habitats sont étudiés. Des projets sont financés. L’ADN environnemental est utilisé. Un réseau de 125 lacs est maintenant en place. Tout cela compte. Mais je ne dirais pas non plus que le bilan 2026 démontre que le Plan fonctionne biologiquement. Il démontre que des actions ont été entreprises. Il ne démontre pas encore que les populations se sont rétablies. Cette distinction doit être comprise. Une phrase du bilan 2026 en dit beaucoup Le Ministère indique lui-même qu’en dépit des actions entreprises depuis 2020, plus de cinq années d’efforts supplémentaires seront nécessaires avant d’observer une amélioration significative de l’état des populations [3]. Nous sommes en 2026. Cinq années supplémentaires nous amènent au minimum vers 2031. Or le Plan actuel se termine en 2028. Il y a donc une conclusion logique à tirer : 2028 ne pourra probablement pas être la fin du travail. Ce sera plutôt la fin d’une première phase. Le prochain plan devra assurer la continuité du réseau de suivi et commencer à produire ce que nous attendons depuis le début : des tendances biologiques mesurables. Ce que le Québec devrait publier en 2028 Le bilan final devrait selon moi contenir au minimum : 1. Un nouveau portrait provincial de l’état des populations, avec exactement les mêmes catégories que le portrait initial afin de permettre une comparaison directe. 2. Le pourcentage de populations maintenant considérées à l’équilibre. Est-ce toujours 21 %?, 25 %? ou 35 %? C’est probablement l’indicateur le plus simple pour savoir si nous avançons. 3. L’évolution de la biomasse des femelles matures et du potentiel reproducteur. 4. L’évolution de l’abondance et de la structure d’âge. 5. Les résultats biologiques des modifications de quotas et des limites de prises. 6. Le nombre de populations allopatriques protégées, restaurées ou perdues depuis 2020. 7. Les kilomètres d’habitat reconnectés et le nombre de ponceaux réellement corrigés. 8. Une évaluation des effets des changements climatiques et de la température de l’eau. 9. Un tableau complet des quelque 70 mesures du Plan : réalisées, en cours, retardées ou abandonnées. 10. Un bilan distinct et complet de l’omble de fontaine anadrome. Conclusion — gérer n’est pas seulement agir, c’est démontrer que nos actions fonctionnent Le Plan de gestion de l’omble de fontaine 2020-2028 était nécessaire. Le diagnostic était préoccupant et plusieurs des mesures retenues allaient dans la bonne direction. Le bilan 2026 démontre également que le dossier n’a pas été abandonné. Le réseau scientifique s’améliore, des projets sont financés, des outils sont développés et plusieurs interventions sont en cours. Il faut reconnaître ces avancées. Mais protéger une espèce ne consiste pas seulement à produire des guides, financer des projets, modifier des règlements ou créer des plateformes. Le véritable résultat se trouve dans l’eau. Combien de populations sont maintenant en santé? Combien se sont rétablies? Combien continuent de décliner? Combien de reproducteurs avons-nous protégés? Combien d’habitats avons-nous réellement récupérés? Et surtout : Sommes-nous encore à 21 % de populations à l’équilibre, ou avons-nous véritablement réussi à déplacer l’aiguille? Voilà la question à laquelle le prochain bilan devra répondre. Parce qu’en 2020, nous savions déjà que plus de la moitié des populations évaluées étaient surexploitées. En 2026, nous savons beaucoup mieux ce qui a été fait. Maintenant, il faut savoir si ça fonctionne. Et si le Ministère estime lui-même qu’il faudra encore plus de cinq ans pour observer une amélioration significative, alors il faut dès aujourd’hui préparer l’après-2028. Pas en recommençant à zéro. Mais en utilisant les outils qui ont été construits pour finalement passer d’un bilan d’actions à un véritable bilan de l’état de la ressource. Parce qu’au bout du compte, ce ne sont pas nos intentions, nos programmes ou nos documents qui détermineront l’avenir de l’omble de fontaine. Ce seront les poissons qui seront encore présents dans nos lacs et nos rivières pour se reproduire demain. Sources [1] Gouvernement du Québec — Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Plan de gestion de l’omble de fontaine au Québec 2020-2028 — document complet. Voir notamment la section « État des populations », figure 13 : 21 % à l’équilibre, 17 % en surexploitation récente, 34 % en surexploitation avancée et 28 % en récupération. [2] Gouvernement du Québec — Ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs. Plan de gestion de l’omble de fontaine au Québec 2020-2028 — Document synthèse, 2019. Diagnostic des populations, surexploitation, mortalité à la remise à l’eau, allopatrie, 70 mesures et situation de l’omble de fontaine anadrome. [3] Gouvernement du Québec — Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs. Plan de gestion de l’omble de fontaine 2020 — Bilan 2026, 2026. Réduction des limites dans 10 zones ou parties de zones, ADNe dans 110 lacs, réseau provincial d’environ 125 lacs, investissements de plus de 1,8 M$, projets d’habitat et conclusion sur les efforts supplémentaires nécessaires.
- Saumon atlantique : ce que RiverNotes (ASF-FSA) dit… et surtout ce qu’il ne dit pas
Avant le premier lancer Analyse du RiverNotes de l’Atlantic Salmon Federation du 13 août 2026, avec contexte scientifique et données officielles du Québec. Une bonne nouvelle locale est une bonne nouvelle. Elle ne devient pas automatiquement une preuve de rétablissement provincial. L’ASF met correctement la chaleur au centre du débat. Mais son propre texte révèle aussi le cœur du problème québécois : seulement 4 rivières disposent d’un mécanisme réglementaire provincial formel, pendant que les 110 autres reposent sur des moyens locaux [1]. Préface Cette analyse ne cherche pas à attaquer l’Atlantic Salmon Federation (ASF), ni à minimiser les bonnes nouvelles de 2026. Au contraire : plusieurs éléments du RiverNotes du 13 août sont utiles, responsables et méritent d’être soulignés. L’ASF parle ouvertement de température, finance des thermographes, travaille à uniformiser la calibration des instruments, appuie les gestionnaires locaux et met en valeur des travaux de cartographie thermique ailleurs dans l’aire de répartition du saumon [1]. Mais lorsqu’un texte de conservation met en avant des améliorations de montaison sur quelques grandes rivières tout en décrivant un protocole de chaleur qui ne couvre formellement que quatre rivières au Québec, il faut regarder les deux messages ensemble. Le but ici est donc de distinguer ce que le RiverNotes démontre réellement, ce qu’il suggère, ce qu’il laisse sans réponse, et ce qui devrait logiquement suivre si l’on veut passer de la collecte de données à une véritable gestion du risque thermique. Résumé exécutif ASF affirme que 2026 constitue jusqu’ici une amélioration importante par rapport aux deux années précédentes, tout en consacrant sa section Québec à la chaleur, aux thermographes et à des signaux positifs sur la Matapédia et la Grande Cascapédia [1]. Le RiverNotes confirme que seulement quatre rivières québécoises sont formellement couvertes par le protocole de chaleur du MELCCFP et que les 110 autres reposent sur des moyens locaux [1]. Le seuil réglementaire québécois de fermeture se situe au-dessus de 22 °C le matin lorsque les conditions risquent de se prolonger; le gouvernement précise que les températures élevées réduisent la survie des saumons remis à l’eau [2]. La littérature scientifique ne permet pas de présenter 22 °C comme le point où le risque commence. Une synthèse canadienne de 2020 trouve des mortalités de remise à l’eau de 7 à 33 % entre 18 et 20 °C (moyenne 16 %) et de 14 à 61 % entre 20 et 25 °C (moyenne 35 %), avec une forte variabilité entre études [5]. Le Bilan 2025 du MELCCFP constitue un rappel essentiel du contexte : -45 % pour la montaison totale et -68 % pour les rédibermarins par rapport à la moyenne quinquennale des mêmes 32 rivières, malgré +10 % chez les madeleineaux [3]. Conclusion : les thermographes et les refuges thermiques sont nécessaires, mais la donnée n’est pas une mesure de conservation tant qu’elle n’est pas reliée à des déclencheurs, des fermetures temporaires, des critères de réouverture et une communication cohérente à l’échelle provinciale. Verdict : le RiverNotes pose le bon diagnostic - la chaleur est l’éléphant dans la pièce - mais il reste trop prudent sur la question décisive : qu’est-ce qu’on fait, concrètement et uniformément, lorsque les données montrent que le risque augmente? 1. Ce que le RiverNotes dit réellement La section Québec est signée par Caroline Côté, directrice de programme au Québec. Elle commence par identifier la température comme « l’éléphant dans la pièce » et rappelle que quatre rivières - Malbaie, à Mars, Petit-Saguenay et Saint-Jean (Saguenay) - sont formellement couvertes par le protocole de chaleur du MELCCFP. Le mécanisme décrit prévoit une fermeture temporaire d’au moins 72 heures lorsque l’eau atteint 22 °C le matin et que les prévisions demeurent défavorables [1]. Le texte ajoute ensuite que les 110 autres rivières à saumon du Québec « se gouvernent avec leurs moyens locaux ». L’ASF décrit son appui à la Société de gestion des rivières de Gaspé et à Sipuminu pour l’acquisition de thermographes, ainsi que son travail de partage d’un protocole en français visant la calibration et la comparabilité des données [1]. Enfin, le RiverNotes met en avant des résultats encourageants : 1 751 grands saumons comptés sur la Matapédia au 30 juillet, soit +62 % par rapport à 2025 et +12 % par rapport à la moyenne 2019-2024 à la même date. Sur la Grande Cascapédia, juin compte 408 saumons (+31 %) et juillet 350 saumons, déjà au-dessus de juillet 2025 [1]. Ces comparaisons sont intéressantes parce que, pour la Matapédia, ASF compare des dates équivalentes. Elles soutiennent un signal positif local. Elles ne suffisent toutefois pas à décrire l’état de l’ensemble des populations québécoises. 2. Ce qui est solide et utile dans le message d’ASF Il y a plusieurs éléments à saluer dans ce RiverNotes. D’abord, ASF ne nie pas l’enjeu thermique. Elle le place explicitement au centre de sa section Québec. Ensuite, l’investissement dans des thermographes et dans la qualité des données est pertinent : sans séries comparables, il devient difficile de distinguer un épisode ponctuel d’un changement durable du régime thermique. Le travail sur la calibration est particulièrement important. Des instruments mal calibrés, mal positionnés ou exploités avec des méthodes différentes peuvent rendre les comparaisons hasardeuses. L’idée de renforcer la capacité locale et de permettre aux gestionnaires de comprendre leur propre rivière est donc défendable et constructive [1]. ASF a également raison de parler de refuges thermiques. Dans sa section Recherche et environnement, l’organisation décrit un important travail d’imagerie thermique sur la Margaree en Nouvelle-Écosse, avec l’objectif explicite de transformer la cartographie thermique en décisions de protection, en priorités de restauration et en mesures d’atténuation [1]. Des travaux scientifiques menés au Canada montrent d’ailleurs que les refuges thermiques sont dynamiques et que leur disponibilité varie selon les conditions hydrologiques et le type de refuge [7]. Là où le RiverNotes devient particulièrement intéressant, c’est qu’il fournit lui- même la logique à suivre : acquisition -> compréhension -> action. La question est donc de savoir si cette chaîne existe vraiment au Québec pour les 110 rivières hors protocole réglementaire. 3. Le vrai angle mort : mesurer n’est pas gérer Le chiffre le plus important de la section Québec n’est peut-être pas celui de la Matapédia. C’est le rapport 4 contre 110. ASF explique que quatre rivières sont couvertes par le protocole réglementaire provincial, alors que toutes les autres reposent sur des moyens locaux [1]. Le gouvernement du Québec confirme qu’en 2026, quatre rivières sont visées par des fermetures possibles lorsque la température devient critique [2]. Cela ne signifie pas que les 110 autres rivières ont toutes le même risque thermique ni qu’elles devraient toutes être fermées aux mêmes températures. Les populations, les débits, les habitats, les refuges et les pressions de pêche diffèrent d’une rivière à l’autre. Le gouvernement dit d’ailleurs que les quatre rivières retenues ont été identifiées comme prioritaires à partir de plusieurs critères, notamment la température, l’état de la population et la vulnérabilité aux activités de pêche [2]. Mais cette nuance ne règle pas le problème de gouvernance. Lorsqu’une rivière non couverte atteint une situation de stress thermique, qui décide? Avec quel seuil? Sur quelle période? Quelle donnée fait foi? Quelle fermeture est appliquée? Quelle règle de réouverture? Comment le pêcheur est-il informé? Et surtout : est-ce que deux rivières voisines ayant les mêmes températures peuvent être gérées de façons complètement différentes simplement parce qu’elles n’ont pas les mêmes ressources locales? Un thermographe répond à la question « combien fait-il? ». Un protocole répond à la question « que fait-on maintenant? ». Ce sont deux outils différents. 4. 22 °C : seuil réglementaire, pas ligne biologique magique Le gouvernement du Québec indique qu’une fermeture peut être déclenchée lorsque la température de l’eau dépasse 22 °C le matin et que cette situation risque de se prolonger. Il explique également que l’eau chaude réduit l’oxygène disponible, augmente le stress et diminue la survie des saumons pêchés et remis à l’eau [2]. Il faut cependant être extrêmement précis : le fait qu’un seuil réglementaire soit fixé à 22 °C ne signifie pas que le saumon est biologiquement sans risque à 21,9 °C. Les décisions de gestion transforment une réalité biologique graduelle en un critère opérationnel. La science montre justement que le risque augmente avant 22 °C. Une synthèse publiée en 2020 dans le Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences a compilé les études disponibles sur la mortalité après remise à l’eau. À des températures inférieures à 12 °C, la mortalité était généralement faible (<5 %). Entre 18 et 20 °C, les mortalités observées allaient de 7 à 33 %, pour une moyenne de 16 %. Entre 20 et 25 °C, elles allaient de 14 à 61 %, pour une moyenne de 35 %. Les auteurs insistent sur la variabilité entre études, particulièrement aux températures élevées [5]. Une étude plus récente, publiée en 2024, a observé 4 mortalités sur 18 saumons remis à l’eau à des températures >=20 °C (22,2 %), contre 4 sur 96 à <=20 °C (4,2 %); une de ces quatre mortalités sous 20 °C était attribuée à une blessure d’hameçon. Les auteurs concluent que la température au moment de la capture demeure un prédicteur particulièrement utile de la survie après remise à l’eau [6]. Dès 1996, Wilkie et ses collègues avaient documenté une récupération physiologique plus difficile en eau chaude et une mortalité différée importante dans un sous-groupe pêché à 22 °C [4]. 5. Les bonnes nouvelles de 2026 : à célébrer, pas à généraliser ASF a raison de souligner les résultats de la Matapédia et de la Grande Cascapédia. Une hausse de 62 % des grands saumons sur la Matapédia par rapport à 2025 et un niveau 12 % supérieur à la moyenne 2019-2024 à pareille date sont des signaux encourageants [1]. Ils indiquent que 2026 peut représenter une meilleure année sur certaines grandes rivières. Mais l’interprétation doit rester rigoureuse. Premièrement, il s’agit de données de saison en cours, pas d’un bilan provincial complet. Deuxièmement, deux grandes rivières ne représentent pas automatiquement l’état de toutes les populations du Québec. Troisièmement, une augmentation par rapport à 2024 ou 2025 - deux années très faibles dans plusieurs secteurs - peut être importante en pourcentage tout en demeurant insuffisante pour conclure à un rétablissement durable. L’amélioration doit donc être formulée correctement : « plusieurs rivières importantes montrent des signes très positifs en 2026 ». Ce n’est pas la même phrase que « les populations du Québec sont revenues à la normale ». Le RiverNotes ne fournit pas, dans sa section Québec, les données nécessaires pour soutenir cette seconde conclusion [1]. Une bonne année est une occasion de maximiser la reproduction. Elle ne devrait pas devenir une raison de réduire la prudence précisément au moment où davantage de reproducteurs sont présents dans la rivière. 6. Le contexte qu’on ne peut pas oublier : le Bilan 2025 Pour comprendre la portée des bonnes nouvelles de 2026, il faut se rappeler d’où l’on part. Le Bilan 2025 du MELCCFP indique que 13 133 saumons adultes ont été observés dans les 34 rivières dénombrées. Sur les 32 rivières disposant de données pour chacune des six dernières années, la montaison totale de 2025 était 45 % sous la moyenne quinquennale, les rédibermarins 68 % sous la moyenne, tandis que les madeleineaux étaient 10 % au-dessus [3]. Le même bilan rapporte également une récolte sportive de petits saumons 75 % sous la moyenne quinquennale, une récolte de grands saumons 72 % plus faible, une fréquentation des rivières en baisse de 29 % et des ventes de permis en baisse de 22 % [3]. Le ministère précise que plusieurs facteurs contribuent aux données d’exploitation : faibles retours, réglementation plus restrictive et mesures de protection des grands saumons. Ce contexte n’annule absolument pas l’amélioration observée en 2026. Il empêche simplement de transformer trop rapidement une amélioration annuelle en conclusion de rétablissement. 2026 doit être jugée par rapport à une trajectoire, pas seulement par rapport aux deux années les plus faibles qui la précèdent. 7. Le RiverNotes fournit lui-même un contraste instructif Dans la section Nouveau-Brunswick du même RiverNotes, ASF rapporte que des protocoles d’eau chaude ont été activés ou élargis sur la Miramichi, la Nepisiguit et l’Upsalquitch. L’organisation rappelle aux pêcheurs de vérifier les restrictions en vigueur [1]. Dans la section Recherche, ASF explique que la cartographie thermique de la Margaree sert à localiser les refuges, identifier des sources de pollution thermique, établir des priorités de restauration et informer les plans d’atténuation. Le message est clair : la donnée doit servir à prendre des décisions [1]. Les cadres juridiques et les réalités biologiques du Nouveau-Brunswick, de la Nouvelle-Écosse et du Québec ne sont pas identiques. Il serait donc simpliste de copier une règle d’une province à l’autre. Mais il est tout aussi difficile d’ignorer le contraste : dans le même bulletin, l’ASF décrit ailleurs des protocoles actifs et une chaîne explicite « données vers action », alors qu’au Québec elle insiste surtout sur la capacité locale de mesurer et d’interpréter. La question n’est pas : faut-il choisir entre la science locale et un protocole provincial? Il faut les deux. Les données locales améliorent la décision; un cadre provincial garantit que la décision existe réellement. 8. Les questions que le RiverNotes laisse ouvertes Pourquoi seulement quatre rivières disposent-elles d’un protocole réglementaire de chaleur en 2026? Quels critères précis permettraient à une cinquième, une dixième ou une vingtième rivière d’entrer dans le dispositif? Quel mécanisme s’applique aux rivières non couvertes lorsque les températures atteignent des niveaux associés à une hausse documentée du risque de mortalité après remise à l’eau? À partir de quelle température la communication au public devrait-elle passer de « soyez prudents » à une restriction opérationnelle? Les données recueillies par thermographes seront-elles accessibles publiquement, quotidiennement ou seulement à des fins de recherche? Comment empêcher qu’une gestion uniquement locale crée des seuils, des méthodes et des réponses différentes pour des situations biologiquement comparables? Comment intégrer la taille de la population, la proportion de grands saumons, le débit et la disponibilité des refuges dans les décisions de fermeture? Comment les résultats positifs de 2026 seront-ils interprétés lorsqu’on disposera du bilan provincial complet - et non uniquement de quelques grandes rivières? Ce ne sont pas des accusations. Ce sont les questions normales qu’un véritable protocole de conservation devrait pouvoir répondre avant la prochaine vague de chaleur. 9. Réponse claire Le RiverNotes du 13 août 2026 de l’Atlantic Salmon Federation mérite d’être lu, parce qu’il met enfin noir sur blanc ce que plusieurs saumoniers répètent depuis longtemps : au mois d’août, la température de l’eau est bel et bien l’éléphant dans la pièce. Là-dessus, je suis entièrement d’accord avec l’ASF. Là où je décroche, c’est lorsqu’on passe du constat à la réponse concrète. L’ASF rappelle que quatre rivières seulement - Malbaie, à Mars, Petit-Saguenay et Saint-Jean du Saguenay - sont formellement couvertes par le protocole de chaleur du MELCCFP. Pour les 110 autres rivières à saumon du Québec, on nous dit essentiellement que les gestionnaires travaillent avec leurs moyens locaux [1]. C’est précisément là que le problème devient impossible à contourner. Je suis parfaitement favorable aux thermographes. Je suis favorable à la calibration uniforme. Je suis favorable à l’étude des refuges thermiques, à l’imagerie thermique et à ce que les organismes locaux possèdent et comprennent leurs données. Tout cela est nécessaire. Mais il faut arrêter de confondre un thermomètre avec une politique de conservation. Mesurer une rivière à 20, 21 ou 22 °C ne protège aucun saumon si personne n’a déterminé à l’avance ce qui doit se produire lorsque la température atteint un niveau préoccupant. Le Québec possède aujourd’hui un déclencheur réglementaire qui peut mener à une fermeture au-dessus de 22 °C le matin lorsque les conditions risquent de se prolonger [2]. C’est un seuil de gestion. Ce n’est pas une frontière biologique. La littérature scientifique publiée depuis des décennies montre que les effets de la pêche et de la remise à l’eau deviennent plus préoccupants avant 22 °C. Une synthèse canadienne de 2020 rapporte, entre 18 et 20 °C, des mortalités de remise à l’eau allant de 7 à 33 %, avec une moyenne de 16 %. Entre 20 et 25 °C, la moyenne rapportée monte à 35 %, avec une très grande variabilité entre études [5]. Autrement dit, il faut arrêter de parler comme si tout allait bien jusqu’à 21,9 °C et devenait soudainement dangereux à 22 °C. Cela ne veut pas dire qu’un saumon capturé à 19 °C va mourir. Cela ne veut pas dire qu’une fermeture automatique à 18 °C est scientifiquement obligatoire partout. Ce serait tout aussi simpliste. Cela veut dire que le risque augmente progressivement et que la gestion devrait elle aussi être progressive : surveillance renforcée, réduction de l’effort, pratiques obligatoires ou fortement encadrées, restrictions horaires, puis fermeture temporaire lorsque les conditions le justifient. Je veux également être très clair sur les bonnes nouvelles de 2026. Oui, la Matapédia montre un signal très encourageant. Au 30 juillet, ASF rapporte 1 751 grands saumons, +62 % par rapport à 2025 et +12 % au-dessus de la moyenne 2019-2024 à pareille date [1]. Oui, la Grande Cascapédia montre également une tendance positive. Tant mieux. C’est exactement ce qu’on veut voir. Mais une Matapédia forte et une Grande Cascapédia encourageante ne sont pas le Québec au complet. Une amélioration par rapport à 2024 et 2025 ne doit pas non plus effacer le contexte dans lequel 2026 commence. Le propre Bilan 2025 du MELCCFP montre une montaison totale 45 % sous la moyenne quinquennale sur les 32 mêmes rivières et un déficit de 68 % chez les rédibermarins [3]. La bonne nouvelle de 2026 doit donc être protégée, pas utilisée comme tranquillisant. C’est probablement le point qui me dérange le plus dans notre façon de parler du saumon. Dès qu’une ou deux rivières connaissent une bonne année, on respire et on commence à parler de retour à la normale. Mais lorsqu’une petite rivière demeure à quelques dizaines ou quelques centaines de saumons, sa marge d’erreur n’est pas celle de la Matapédia. Une politique sérieuse doit être capable de reconnaître cette différence. L’ASF dit elle-même, dans ce même RiverNotes, que sa cartographie thermique de la Margaree doit servir à orienter les décisions de protection, les priorités de restauration et les mesures d’atténuation [1]. Voilà exactement le modèle qu’il faut appliquer : de la donnée à l’action. Si nous installons des thermographes sur les rivières québécoises, il faut déjà savoir quelles décisions ces données pourront déclencher. Le débat n’est donc pas entre les pêcheurs et les biologistes, ni entre fermer toutes les rivières et ne rien faire. Il est entre une gestion improvisée lorsque la chaleur arrive et une gestion préparée avant qu’elle arrive. Un protocole provincial moderne pourrait très bien conserver une flexibilité locale. Il pourrait tenir compte de la température du matin, du débit, de la tendance météorologique, de la taille de la population, de la proportion de grands saumons et de la présence de refuges thermiques. Mais les principes de base, les méthodes de mesure, les paliers de risque, les critères d’intervention et les règles de réouverture devraient être connus de tous avant le début de la saison. Ce n’est pas demander de fermer la pêche pour le plaisir de fermer la pêche. C’est exactement l’inverse. Un protocole clair permet des fermetures courtes, ciblées et prévisibles lorsqu’elles sont réellement nécessaires, plutôt que de laisser une rivière se rendre dans une situation où des mesures beaucoup plus dures pourraient devenir inévitables. Alors oui, je salue le RiverNotes de l’ASF. Je salue les thermographes, les données comparables et les bonnes nouvelles de 2026. Mais si la température est vraiment l’éléphant dans la pièce, il faut arrêter de simplement la mesurer. Il faut décider ce que nous allons faire quand elle se lève devant nous. Et surtout, il faut le décider avant la prochaine vague de chaleur - pas pendant. 10. Ce qu’une réponse cohérente pourrait contenir Cette analyse ne prétend pas fixer à elle seule le protocole biologique définitif du Québec. Elle permet toutefois d’identifier les composantes qu’un protocole crédible devrait contenir. Méthode de mesure provinciale standardisée : emplacement, heure de lecture, profondeur, calibration et validation des sondes. Paliers de risque progressifs plutôt qu’un seul seuil binaire : information, prudence renforcée, restrictions opérationnelles, fermeture temporaire. Intégration du débit et des prévisions météorologiques, puisque la même température n’a pas nécessairement la même signification dans toutes les conditions. Prise en compte de la taille et de l’état de la population : une petite rivière vulnérable ne dispose pas du même coussin qu’un grand système. Protection explicite des refuges thermiques lorsqu’ils concentrent les poissons, avec une règle claire sur le reste de la rivière afin d’éviter une gestion incohérente. Critères de réouverture connus d’avance et appliqués de manière transparente. Publication rapide des températures, débits, fermetures et réouvertures afin que les pêcheurs puissent prendre leurs décisions avant de se déplacer. Évaluation annuelle du protocole : mortalité observée, épisodes thermiques, utilisation des refuges, effort de pêche et effet économique des fermetures. Mécanisme officiel permettant d’ajouter rapidement de nouvelles rivières au protocole sans attendre plusieurs années de démarches administratives. Le meilleur protocole n’est pas celui qui ferme le plus. C’est celui qui protège au bon moment, rouvre au bon moment et donne à tout le monde les mêmes règles du jeu. 11. Contexte historique - pourquoi une seule bonne année ne suffit pas Compilation de travail 1984-2025 à partir des données du Bilan 2025 du MELCCFP [3]. La série sert à visualiser la trajectoire; elle ne remplace pas les analyses normalisées rivière par rivière. Cette longue série montre des cycles, des reprises et des creux. Elle rappelle surtout pourquoi les comparaisons doivent être faites sur plusieurs cohortes. Une population peut connaître une très bonne année au milieu d’une tendance fragile, tout comme une mauvaise année isolée ne suffit pas à annoncer un effondrement. La conclusion prudente est donc la suivante : 2026 apporte des signes encourageants qui doivent être suivis jusqu’à la fin de la saison et comparés rivière par rivière avec des périodes de référence cohérentes. Ces résultats ne dispensent pas le Québec d’améliorer immédiatement sa gestion du risque thermique. Conclusion Le RiverNotes du 13 août 2026 est plus important qu’il n’en a l’air. En quelques paragraphes, il réunit presque toutes les pièces du casse-tête : réchauffement estival, protocoles de chaleur, thermographes, refuges thermiques, données locales, bonnes montaisons sur certaines grandes rivières et besoin de transformer la connaissance en action [1]. La principale faiblesse du message québécois n’est donc pas ce qu’il dit, mais ce qu’il ne pousse pas jusqu’au bout. Si la température est l’éléphant dans la pièce et si 110 rivières reposent encore essentiellement sur des moyens locaux, la prochaine étape logique n’est pas seulement d’installer davantage d’instruments. C’est de construire un cadre de décision clair, uniforme dans ses principes et adaptable dans son application. Les bonnes nouvelles de 2026 devraient nous donner de l’espace pour agir intelligemment. Elles ne devraient pas devenir une excuse pour attendre la prochaine crise. Quand davantage de saumons reviennent, la meilleure réponse de conservation est de maximiser leurs chances d’atteindre la fraye dans les meilleures conditions possibles. On peut célébrer 2026 et exiger mieux en même temps. Ce n’est pas contradictoire : c’est exactement ce qu’une gestion responsable devrait faire. Sources numérotées [1] Atlantic Salmon Federation (ASF). Rivernotes August 13, 2026. Phil Monahan (éd.), avec section Québec par Caroline Côté. Publication du 13 août 2026. https://www.asf.ca/rivernotes-august-13-2026/ [2] Gouvernement du Québec - MELCCFP. Gestion réglementaire de la pêche au saumon selon la température des rivières. Mise à jour du 5 juin 2026. Critère de fermeture : eau >22 °C le matin lorsque la situation risque de se prolonger; quatre rivières visées en 2026. [3] Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs (MELCCFP). Exploitation du saumon au Québec - Bilan 2025. Rapport officiel fourni pour cette analyse. Le rapport couvre l’abondance et l’exploitation de 1984 à 2025. [4] Wilkie, M. P. et al. (1996). Physiology and Survival of Wild Atlantic Salmon following Angling in Warm Summer Waters. Transactions of the American Fisheries Society, 125(4), 572-580. DOI: 10.1577/1548-8659(1996)125<0572>2.3.CO;2. [5] Lennox, R. J. et al. (2020). Mortality of Atlantic salmon after catch and release angling: assessment of a recreational Atlantic salmon fishery in a changing climate. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 77(9), 1518-1528. DOI: 10.1139/cjfas-2019-0400. [6] Van Leeuwen, T. E. et al. (2024). Water temperature at the time of the catch-and-release event is a better predictor of survival in Atlantic salmon (Salmo salar) than acute water temperature changes before and after. Journal of Fish Biology. DOI: 10.1111/jfb.15667. [7] Dugdale, S. J. et al. (2013). Temporal variability of thermal refuges and water temperature patterns in an Atlantic salmon river. Remote Sensing of Environment, 136, 358-373. DOI: 10.1016/j.rse.2013.05.018. Note méthodologique les données 2026 citées pour la Matapédia et la Grande Cascapédia sont des données de saison en cours rapportées par ASF. Elles sont utilisées comme signaux locaux, non comme bilan provincial final. Les données 2025 proviennent du bilan officiel du MELCCFP. Les résultats scientifiques sur la mortalité après remise à l’eau présentent une variabilité réelle entre études; ils sont utilisés ici pour démontrer un gradient de risque, et non pour proposer un taux de mortalité universel applicable à chaque rivière.
- Bar rayé : la science avance, mais la prudence recule
Analyse critique de l’infolettre de la FQSA sur le bar rayé, La recherche continue, mais qui protège le saumon pendant ce temps? Verdict général L’infolettre de la FQSA présente correctement plusieurs projets de recherche et explique bien que les deux populations de bar rayé doivent être gérées séparément. Elle décrit aussi des méthodes scientifiques pertinentes : télémétrie acoustique, contenus stomacaux, ADN environnemental et collaboration avec les pêcheurs. Cependant, elle donne un portrait trop rassurant et incomplet, surtout concernant : l’état réel de la population du sud du golfe; les résultats déjà connus sur la prédation en eau douce; les limites des études réalisées aux embouchures; la situation particulière de la Côte-Nord; l’omble de Fontaine anadrome, pratiquement absent du texte; l’absence de seuils précis permettant de passer de la recherche à l’intervention. La faiblesse principale de cette communication est qu’elle parle abondamment des recherches en cours, mais très peu des résultats préoccupants déjà obtenus. Tableau comparatif Affirmation ou orientation de la FQSA Comparaison avec les connaissances scientifiques Évaluation Deux populations distinctes doivent être gérées séparément Conforme au plan québécois : la population du fleuve et celle du sud du golfe ont des statuts et des dynamiques différentes Juste La population du sud du golfe est « en bonne santé » Le MPO indique plutôt qu’elle demeure dans la zone de prudence, malgré son rétablissement important Trop affirmatif Les interactions avec le saumon demeurent incertaines Vrai à l’échelle des populations, mais la prédation de tacons et de saumoneaux est déjà démontrée dans certains secteurs Incomplet Les projets Matapédia–Ristigouche amélioreront les connaissances Oui, les méthodes utilisées sont pertinentes, particulièrement si elles sont synchronisées avec les migrations réelles Positif La recherche actuelle permettra d’orienter la gestion Possible, mais seulement si des seuils d’intervention, des échéanciers et une reddition de comptes sont établis Conditionnel Le plan vise trois grandes orientations Le document officiel présente plutôt six orientations, quatorze objectifs et quarante-trois actions Simplification excessive Les autres espèces seront mieux comprises L’omble de Fontaine anadrome n’est pas expressément traité dans l’infolettre, malgré une prédation documentée Lacune importante Les décisions doivent reposer sur des données rigoureuses Principe valable, mais l’absence de données ne doit pas devenir une justification pour retarder toute précaution Juste, mais incomplet 1. Une erreur importante : le stock du sud du golfe n’est pas officiellement dans la zone saine L’affirmation la plus problématique de l’infolettre est celle-ci : « La population du sud du golfe du Saint-Laurent est considérée en bonne santé. » Cette formulation ne correspond pas au classement scientifique fédéral actuel. Le MPO indique que le stock demeure dans la zone de prudence. L’abondance a considérablement augmenté depuis les très faibles niveaux des années 1990, mais le stock n’a pas encore atteint le point de référence supérieur proposé pour être considéré dans la zone saine. Le gouvernement fédéral affirme d’ailleurs que toute augmentation de l’accès doit être évaluée avec prudence afin de ne pas compromettre la durabilité du stock. (Pêches et Océans Canada) La formulation correcte aurait été : La population du sud du golfe s’est fortement rétablie, mais elle demeure officiellement dans la zone de prudence. Cette nuance est importante. Dire qu’elle est « en bonne santé » peut laisser croire que son rétablissement est terminé et que la population possède une grande marge de sécurité. Ce n’est pas ce que conclut actuellement le MPO. 2. Une présentation trop simplifiée du plan de gestion La FQSA résume le plan autour de trois thèmes : pérennité des populations; pêche durable; acquisition de connaissances. Ces thèmes sont bien présents. Cependant, le plan officiel est plus vaste : il comprend six orientations, quatorze objectifs et quarante-trois actions. Il traite aussi de l’habitat, des interactions écologiques, des changements climatiques, de la communication, de la participation des usagers et de la mise en valeur sociale et économique du bar rayé. (Gouvernement du Québec) Cette simplification n’est pas nécessairement fausse, mais elle tend à masquer une réalité importante : le plan vise non seulement la conservation et la connaissance, mais également l’amélioration de l’accès à la ressource et l’optimisation de ses retombées socioéconomiques lorsque le contexte le permet. (Gouvernement du Québec) Cela rend encore plus nécessaire l’intégration d’un critère obligatoire protégeant le saumon et l’omble anadrome avant tout élargissement de l’exploitation. 3. Les projets Matapédia–Ristigouche sont pertinents Le projet décrit par la FQSA semble méthodologiquement solide. La combinaison de plusieurs méthodes est exactement ce qu’il faut : marquage acoustique pour suivre les déplacements; télémétrie pour mesurer le temps de résidence; analyse des estomacs pour identifier les proies récemment consommées; ADN environnemental pour détecter la présence des espèces; suivi spatial pour repérer les incursions en eau douce. Cette approche est supérieure à une simple collecte occasionnelle d’estomacs, parce qu’elle permet de relier la présence du prédateur à un lieu, une période et un comportement précis. Mais sa valeur dépendra de plusieurs éléments : L’échantillonnage devra couvrir toute la véritable fenêtre migratoire des saumoneaux et de l’omble anadrome. Le nombre de bars analysés devra être suffisant pour détecter une prédation peu fréquente. Les analyses devront distinguer les embouchures, les estuaires et les portions d’eau douce. Les résultats devront être comparés aux dates réelles de dévalaison. Les données négatives devront être interprétées en fonction de l’abondance réelle des proies. Sans ces précautions, on risque encore de conclure à une faible prédation simplement parce que les prédateurs et les saumoneaux n’ont pas été échantillonnés au même moment. 4. La FQSA insiste sur les incertitudes, mais minimise les résultats déjà connus L’infolettre affirme à plusieurs reprises que les interactions entre le bar rayé et le saumon demeurent incertaines. C’est vrai lorsqu’on pose la grande question démographique : Combien de saumons adultes en moins reviennent-ils à cause du bar rayé? Cette question demeure difficile à résoudre. Mais il ne faut pas donner l’impression que nous ignorons encore si le bar consomme des salmonidés. Cette prédation est déjà démontrée. Les travaux compilés par le MPO rapportent que, parmi 87 bars analysés dans des portions d’eau douce de cinq rivières, plusieurs contenaient des tacons ou d’autres salmonidés. Les salmonidés identifiés comprenaient le saumon atlantique et l’omble de Fontaine. (Publications.gc.ca) La formulation scientifiquement juste serait donc : La prédation est confirmée, mais son importance démographique varie selon les rivières et demeure insuffisamment quantifiée. Cette nuance est fondamentale. Nous ne sommes plus au stade de nous demander si le bar rayé peut manger des saumons et des ombles. Nous devons maintenant déterminer où, quand, à quelle fréquence et avec quelles conséquences. 5. L’exemple de la rivière Ouelle doit demeurer dans son contexte À l’embouchure de la rivière Ouelle, aucun saumoneau n’a été trouvé dans les estomacs de 184 bars analysés au printemps 2018. Cette étude est souvent présentée comme un résultat rassurant. (Publications.gc.ca) Mais le rapport scientifique précise également que la faible abondance du saumon dans cette rivière pourrait expliquer l’absence de saumoneaux détectés. Il faut donc éviter la conclusion suivante : Aucun saumoneau dans les estomacs de la Ouelle signifie que la prédation est négligeable partout au Québec. Le résultat signifie plutôt : Aucun saumoneau n’a été détecté dans cet échantillon, dans cette rivière et durant cette période. Le bar est un prédateur opportuniste. Lorsque les poissons-fourrages sont abondants et les saumoneaux peu nombreux, ces derniers peuvent représenter une très faible proportion de son alimentation sans que le risque soit nécessairement identique dans une rivière où des milliers de saumoneaux traversent un corridor étroit. La disponibilité d’autres proies doit donc être mesurée, et non simplement mentionnée. 6. La Côte-Nord demeure largement sous-représentée L’infolettre parle principalement : de la Matapédia; de la Ristigouche; du Saguenay; de recherches générales dans les eaux québécoises. Elle mentionne que les bars du sud du golfe migrent jusqu’à la Côte-Nord, mais elle ne présente aucun programme comparable couvrant systématiquement : la Godbout; la Trinité; Aux Rochers; la Moisie; la Sheldrake; la Saint-Jean de la Côte-Nord; la Mingan; la Natashquan. C’est pourtant là que le problème de calendrier devient particulièrement important. Dans plusieurs rivières de la Côte-Nord, les dévalaisons se produisent plus tard que dans la baie des Chaleurs. Les bars peuvent donc être présents dans les secteurs côtiers pendant qu’une partie des saumoneaux quitte encore les rivières. Les résultats obtenus en Gaspésie durant une année où les bars sont arrivés après la majorité des saumoneaux ne peuvent pas répondre à cette question. L’extension réglementaire de la pêche au bar rayé sur la Côte-Nord montre par ailleurs que sa présence et son utilisation du territoire ne sont plus anecdotiques. (Gouvernement du Québec) Il faudrait maintenant un programme nord-côtier coordonné, couvrant simultanément : les saumoneaux; les tacons; l’omble anadrome; les mouvements des bars; les contenus stomacaux; la disponibilité des poissons-fourrages; les dates de température et de débit; les incursions en eau douce 7. L’omble de Fontaine anadrome est le grand absent de l’infolettre La FQSA parle presque exclusivement du saumon atlantique. Pourtant, l’omble de Fontaine anadrome fréquente précisément les environnements où les interactions avec le bar sont possibles : estuaires; embouchures; zones côtières peu profondes; portions inférieures des rivières; passes migratoires; refuges thermiques. La forme anadrome possède une écologie distincte des populations résidentes et effectue des migrations saisonnières entre l’eau douce et les milieux estuariens ou marins. (Gouvernement du Québec) Le Québec a également reconnu un déclin généralisé de certains stocks d’ombles anadromes en Gaspésie et au Bas-Saint-Laurent, ce qui a mené à des restrictions réglementaires. (Gouvernement du Québec) L’omble anadrome ne devrait donc pas être relégué à la formule vague « autres espèces ». Une infolettre scientifique consacrée aux interactions écologiques du bar rayé aurait dû au minimum : nommer l’espèce; rappeler que sa consommation par le bar a déjà été documentée; souligner son état préoccupant dans plusieurs secteurs; demander son intégration explicite aux recherches. 8. La pêche scientifique dans le Saguenay : une initiative utile, mais limitée L’utilisation des pêcheurs pour recueillir des données de présence, de taille, de date et de localisation est une excellente initiative. Elle permet : d’augmenter rapidement la couverture spatiale; de détecter de nouveaux secteurs fréquentés; de documenter les périodes d’activité; de sensibiliser les pêcheurs; de récupérer éventuellement des poissons pour des analyses biologiques. Mais ces données comportent des biais : effort de pêche inégal; secteurs difficiles d’accès peu échantillonnés; efficacité différente selon les pêcheurs; sélection des tailles par les engins utilisés; absence de capture ne signifiant pas nécessairement absence du poisson. La science participative est donc un excellent complément, mais elle ne remplace pas un plan d’échantillonnage standardisé, des récepteurs acoustiques ou un suivi de dévalaison. L’idée pourrait néanmoins être appliquée immédiatement à la Côte-Nord avec un protocole uniforme et une application de déclaration. 9. « Les résultats permettront d’appuyer les décisions » : lesquels et à partir de quels seuils? L’infolettre termine en affirmant que les recherches permettront d’appuyer les décisions de gestion. C’est logique, mais trop vague. Une recherche utile à la gestion doit préciser à l’avance ce qui arrivera si elle démontre : une forte présence de bars pendant une dévalaison; une prédation répétée sur des tacons; une concentration dans une passe migratoire; la consommation d’ombles anadromes; une augmentation des incursions en eau douce; une baisse parallèle d’une population locale de salmonidés. Sans seuils prédéfinis, la recherche peut se poursuivre indéfiniment sans mener à une mesure concrète. Il faudrait un protocole du type : Résultat observé Réponse de gestion Présence occasionnelle à l’embouchure, sans chevauchement Surveillance régulière Chevauchement confirmé avec la dévalaison Échantillonnage intensif Salmonidés détectés dans les contenus stomacaux Intervention ciblée et suivi renforcé Bars répétés en eau douce ou dans une passe Retrait autorisé et protection du corridor Population de salmonidés en déclin avec prédation répétée Mesures d’urgence et restriction locale Ce que l’infolettre fait bien La communication de la FQSA comporte malgré tout plusieurs qualités : elle reconnaît les préoccupations du milieu salmonicole; elle ne nie pas la possibilité d’une interaction avec le saumon; elle présente des méthodes scientifiques modernes; elle explique correctement la nécessité de distinguer les populations de bar; elle valorise la collaboration entre gouvernement, universités, communautés autochtones et pêcheurs; elle rappelle qu’il faut fonder les décisions sur des données mesurables. Le problème n’est donc pas ce qu’elle dit. Le problème est surtout ce qu’elle ne dit pas. Conclusion L’infolettre de la FQSA constitue un bon résumé vulgarisé des projets de recherche actuellement en cours. Elle montre que le dossier avance enfin et que les méthodes deviennent plus diversifiées. Mais elle produit un portrait trop rassurant sur trois points essentiels. Premièrement, la population du sud du golfe ne devrait pas être présentée simplement comme étant « en bonne santé ». Elle demeure officiellement dans la zone de prudence. Deuxièmement, les interactions avec le saumon ne sont pas entièrement inconnues. La prédation est déjà démontrée dans certaines rivières. Ce qui demeure incertain est son effet global sur les populations. Troisièmement, l’omble de Fontaine anadrome et la Côte-Nord sont largement absents de cette communication, alors qu’ils devraient se trouver au premier rang des nouvelles priorités. La vraie démarche scientifique ne consiste pas seulement à poursuivre l’acquisition de connaissances. Elle consiste aussi à : reconnaître clairement les résultats déjà obtenus; exposer les limites des études existantes; étudier les secteurs présentant le plus grand risque; publier les échéanciers et les données; définir à l’avance les seuils qui déclencheront une intervention. La FQSA a raison de demander une science rigoureuse. Mais cette rigueur doit fonctionner dans les deux directions : elle doit empêcher d’exagérer le rôle du bar rayé, tout comme elle doit empêcher de minimiser une prédation déjà démontrée ou de généraliser des résultats obtenus dans des situations de faible chevauchement. L’absence de preuve d’un impact démographique à grande échelle ne constitue pas une preuve d’absence d’un impact local. Et pour plusieurs petites populations de saumon atlantique ou d’omble de Fontaine anadrome, c’est précisément l’impact local qui peut faire toute la différence. Sources numérotées [1] Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA). Info Science - Juillet 2026, « Le bar rayé au Québec : Où en est la recherche? ». Texte transmis par l’utilisateur pour analyse. [2] Gouvernement du Québec. Plan de gestion du bar rayé au Québec 2026 - document synthèse. https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/faune/gestion-faune-habitats-fauniques/gestion-especes-fauniques/plans-gestion/bar-raye [3] Gouvernement du Québec. Orientations, objectifs et actions du Plan de gestion du bar rayé 2026. Document officiel associé au plan. [4] Pêches et Océans Canada. Mise à jour de 2025 sur l’abondance des reproducteurs et les caractéristiques biologiques du bar rayé du sud du golfe du Saint-Laurent. [5] Pêches et Océans Canada. Information sur le saumon atlantique au Québec. Secrétariat canadien des avis scientifiques, 2023. https://publications.gc.ca/collections/collection_2023/mpo-dfo/fs70-5/Fs70-5-2023-008-fra.pdf [6] Gouvernement du Québec. Plan de gestion de l’omble de fontaine au Québec 2020-2028. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/faune/documents/gestion-especes/Plans-gestion/plan-gestion-omble-fontaine-synthese.pdf [7] Gouvernement du Québec. Caractérisation des débarquements de la pêche commerciale à l’omble de fontaine anadrome sur la Côte-Nord. https://cdn-contenu.quebec.ca/cdn-contenu/peche/documents/peche-commerciale-omble-fontaine-anadrome-cote-nord.pdf [8] Gouvernement du Québec. Fiche descriptive du bar rayé et références scientifiques associées. https://www.quebec.ca/agriculture-environnement-et-ressources-naturelles/faune/animaux-sauvages-quebec/fiches-especes-fauniques/bar-raye [9] Pêches et Océans Canada. Ressources et foire aux questions sur la population de bar rayé du sud du golfe du Saint-Laurent. https://www.glf.dfo-mpo.gc.ca/fr/Striped_Bass-Bar_raye Note méthodologique. Les graphiques d’évaluation et le continuum recherche-action sont des synthèses analytiques produites pour ce rapport. Les valeurs biologiques et les résultats d’échantillonnage proviennent des sources officielles numérotées ci-dessus. Les unités de production d’habitat ne doivent pas être interprétées comme un nombre r/el de saumoneaux.
- Remise à l’eau du saumon atlantique : le garder dans l’eau pour lui donner une véritable chance
Analyse scientifique des effets de l’exposition à l’air, des manipulations inadéquates et des photographies hors de l’eau Pourquoi un saumon destiné à être relâché devrait rester entièrement dans l’eau Par Jocelyn LeBlanc La remise à l’eau ne consiste pas seulement à remettre un saumon vivant dans la rivière après l’avoir capturé. Son véritable objectif est de lui donner les meilleures chances possibles de survivre, de poursuivre sa migration et, surtout, de participer à la reproduction. Pourtant, des saumons sont encore régulièrement sortis de l’eau pour être décrochés, admirés ou photographiés. Cette pratique est devenue tellement fréquente sur les réseaux sociaux qu’elle est maintenant perçue par plusieurs comme une étape normale de la pêche. Elle ne l’est pas. Le principe le plus simple, le plus cohérent et le plus protecteur est le suivant : Un saumon atlantique destiné à être remis à l’eau devrait demeurer entièrement dans l’eau, de son arrivée dans l’épuisette jusqu’à son départ. L’objectif de zéro seconde hors de l’eau ne signifie pas qu’une seule seconde provoquera automatiquement la mort de chaque saumon. La science ne permet pas d’établir une frontière universelle où quelques secondes seraient toujours sécuritaires et où la seconde suivante deviendrait mortelle. Elle démontre cependant que l’exposition à l’air ajoute un stress évitable à un poisson déjà éprouvé par le combat. Elle peut aggraver les perturbations physiologiques, prolonger la récupération et compromettre la survie, la migration ou le succès reproducteur. Puisque sortir le poisson n’apporte aucun avantage biologique au saumon, la meilleure durée d’exposition demeure tout simplement : aucune. Le saumon est déjà éprouvé par le combat Lorsqu’un saumon est ferré, il tente de fuir en produisant un effort musculaire intense. Selon la durée du combat, la température de l’eau, la force du courant, la taille du poisson et l’équipement utilisé, cet effort peut dépasser sa capacité à fournir suffisamment d’oxygène à ses muscles. Son organisme doit alors recourir davantage au métabolisme anaérobie. Cela entraîne notamment une accumulation de lactate, une perturbation de l’équilibre acido-basique, une diminution des réserves énergétiques disponibles et une dette en oxygène. Le saumon peut donc sembler vigoureux tout en étant profondément perturbé sur le plan physiologique. Le fait qu’il donne encore des coups de queue ou qu’il reparte rapidement ne signifie pas qu’il est complètement rétabli. Cela démontre seulement qu’il est encore capable de nager à ce moment précis. Le combat constitue le premier stress. Le sortir ensuite de l’eau ajoute un second stress exactement au moment où son organisme tente de récupérer. Pourquoi les branchies fonctionnent-elles mal hors de l’eau? Les branchies sont conçues pour fonctionner dans l’eau. Lorsque le saumon est immergé, l’eau circule entre les fines lamelles branchiales. Ces structures offrent une immense surface d’échange permettant au poisson de capter l’oxygène dissous et d’évacuer le dioxyde de carbone. Hors de l’eau, les lamelles ne sont plus soutenues normalement. Elles peuvent s’affaisser et adhérer les unes aux autres, réduisant la surface fonctionnelle disponible pour les échanges respiratoires. Le problème est particulièrement important après un combat, car les besoins en oxygène du saumon sont alors élevés. Une étude classique de Ferguson et Tufts, réalisée chez des truites arc-en-ciel épuisées expérimentalement, a montré qu’une exposition à l’air de 60 secondes faisait chuter de plus de 80 % la tension d’oxygène sanguine et le transport de l’oxygène par l’hémoglobine. L’exposition a également aggravé l’acidose et augmenté les concentrations de lactate. [1] Cette étude portait sur la truite arc-en-ciel, et non sur le saumon atlantique. Les pourcentages de mortalité ne doivent donc pas être appliqués directement aux saumons sauvages de nos rivières. Elle démontre toutefois clairement le mécanisme physiologique commun aux salmonidés : Un poisson épuisé a besoin de respirer davantage, mais l’exposition à l’air réduit précisément sa capacité à le faire. L’effet combiné de l’effort et de l’exposition à l’air Dans l’expérience de Ferguson et Tufts, la survie observée douze heures après le traitement était d’environ : 88 % chez les poissons ayant subi l’effort sans exposition à l’air; 62 % après l’effort suivi de 30 secondes d’exposition à l’air; 28 % après l’effort suivi de 60 secondes d’exposition à l’air. [1] Ces résultats proviennent d’une expérience de laboratoire sur une autre espèce de salmonidé. Ils ne représentent pas un tableau de mortalité applicable directement au saumon atlantique. Ils illustrent néanmoins un principe fondamental : l’exposition à l’air après un effort intense peut transformer un stress déjà important en une perturbation beaucoup plus grave. Un poisson qui repart n’est pas nécessairement indemne Une erreur fréquente consiste à affirmer : « Le poisson est reparti fort, donc il était correct. » Le départ du saumon ne permet pas de mesurer : son niveau d’oxygène sanguin; son degré d’acidose; ses réserves énergétiques; la durée complète de sa récupération; sa capacité à franchir un obstacle; sa capacité à rejoindre un refuge thermique; sa vulnérabilité aux infections; sa probabilité de réussir sa reproduction; sa survie au cours des heures ou des jours suivants. La mortalité immédiate et visible ne représente donc qu’une partie du problème. Certains effets sont différés. D’autres sont sublétaux : le poisson survit, mais sa migration, son comportement ou sa reproduction peuvent être compromis. L’exposition à l’air peut affecter la reproduction Une étude réalisée sur des saumons atlantiques sauvages de la rivière des Escoumins, au Québec, a évalué les effets de la capture et de la remise à l’eau sur le succès reproducteur. Les chercheurs ont observé une interaction négative entre la température de l’eau et la durée de l’exposition à l’air. Le succès reproducteur des plus gros saumons semblait également davantage affecté par la capture que celui des poissons plus petits. [2] Cette étude est importante parce qu’elle démontre qu’un saumon peut survivre à la remise à l’eau, poursuivre sa migration et néanmoins produire moins de descendants. Une autre étude, menée sur la rivière Rimouski, a montré qu’au moins 83 % des saumons remis à l’eau ayant franchi le barrage étudié avaient réussi à se reproduire. Cependant, le succès reproducteur des femelles remises à l’eau ne représentait qu’environ 73 % de celui des femelles non capturées. Les poissons capturés dans une eau plus chaude étaient également moins susceptibles de se présenter à la passe utilisée pour le suivi. [3] Cela signifie que la survie apparente ne garantit pas une contribution reproductive normale. Des effets possibles jusque dans la génération suivante Les conséquences du stress de capture pourraient même dépasser l’individu relâché. Une expérience menée sur des saumons atlantiques sauvages peu avant la fraie a montré que les traitements simulant la capture, l’exercice et l’exposition à l’air accéléraient la progression de champignons du genre Saprolegnia sur le corps des poissons. Les femelles soumises à l’exercice ou à l’exposition à l’air ont également produit moins d’œufs. [4] Une étude publiée en 2026 a ensuite observé des différences comportementales chez la progéniture de saumons ayant subi des traitements simulant la capture et la remise à l’eau. Les jeunes issus des parents soumis à l’effort et à une exposition prolongée à l’air étaient moins actifs et moins explorateurs. Certains groupes présentaient également davantage d’agressivité. [5] Ces expériences contrôlées ne reproduisent pas parfaitement chaque remise à l’eau réalisée en rivière. Elles montrent toutefois que les effets peuvent être subtils, retardés et difficiles à observer à l’œil nu. La température augmente le risque La température de l’eau est l’un des facteurs les plus importants dans la survie du saumon après une capture. Lorsque l’eau se réchauffe, la quantité d’oxygène disponible diminue, alors que les besoins métaboliques du poisson augmentent. Le combat devient plus coûteux, la récupération devient plus difficile et la marge permettant au saumon d’absorber un stress supplémentaire se rétrécit. Une analyse regroupant plusieurs études sur le saumon atlantique a estimé que la mortalité après remise à l’eau demeurait généralement inférieure à 5 % lorsque la température était inférieure à 12 °C. Entre 18 et 20 °C, les estimations variaient de 7 à 33 %, avec une moyenne d’environ 16 %. [6] Ces nombres représentent des probabilités moyennes obtenues à partir de plusieurs études. Ils ne signifient pas que chaque remise à l’eau réalisée à 19 °C entraînera exactement 16 % de mortalité. Ils démontrent cependant une tendance claire : Plus l’eau est chaude, plus la marge de sécurité du saumon diminue. Une étude publiée en 2024 a également conclu que la température au moment précis de la capture constituait un meilleur prédicteur de la survie que les températures rencontrées par le poisson après sa remise à l’eau. Quatre saumons sur 18 remis à l’eau à une température égale ou supérieure à 20 °C sont morts, comparativement à un saumon sur 13 capturé dans une eau plus fraîche, mais ayant ensuite rencontré des températures moyennes égales ou supérieures à 20 °C. [7] Le gouvernement du Québec reconnaît également que l’augmentation de la température réduit l’oxygène disponible, augmente le stress et diminue la survie des saumons remis à l’eau. La réglementation permet une fermeture lorsque la température dépasse 22 °C le matin et que cette situation risque de se prolonger. [8] Il faut toutefois comprendre qu’un seuil réglementaire n’est pas une garantie de sécurité biologique. Un saumon n’est pas parfaitement protégé à 21,9 °C pour devenir soudainement vulnérable à 22 °C. Le risque augmente progressivement. Pourquoi viser zéro seconde plutôt qu’une limite de dix secondes? Certains recommandent de limiter l’exposition à l’air à cinq ou dix secondes. Une exposition très courte est évidemment préférable à une longue séance de manipulation. Le problème est qu’il n’existe pas de durée universellement sécuritaire. Le risque dépend notamment : de la température de l’eau; de la durée du combat; de la taille du saumon; de son état énergétique; de la proximité de la fraie; de la profondeur de l’eau; de la qualité de la manipulation; du nombre d’expositions successives. Le temps réel est aussi souvent sous-estimé. Une photographie présentée comme une exposition de cinq secondes peut être précédée d’une première sortie au moment de saisir le poisson, d’une autre pendant le décrochage, puis d’une attente pendant que la caméra est préparée. Le saumon peut finalement subir plusieurs expositions successives totalisant beaucoup plus que les quelques secondes rapportées. La règle du zéro seconde est donc plus claire, plus facile à enseigner et plus difficile à interpréter de manière permissive. Il est insensé de sortir un saumon pour les réseaux sociaux Il est insensé de compromettre la survie ou le succès reproducteur d’un saumon uniquement pour obtenir une photographie destinée à Facebook, Instagram ou à une autre plateforme. Une photographie ne constitue pas une étape nécessaire de la remise à l’eau. Elle n’aide pas le saumon à récupérer. Elle ne facilite pas sa migration. Elle n’améliore ni sa survie ni sa reproduction. Elle bénéficie uniquement au pêcheur, alors que tous les risques sont assumés par le poisson. La photographie doit être adaptée au saumon. Le saumon ne doit jamais être adapté ou sacrifié pour la photographie. Un souvenir peut être conservé avec le poisson entièrement immergé. Lorsque les conditions ne permettent pas de prendre correctement la photographie, le geste responsable consiste simplement à renoncer à l’image. Une photographie ratée peut être oubliée. Un saumon blessé, échappé sur les roches ou mort après sa remise à l’eau ne peut pas être remplacé. Une mauvaise manipulation devenue une norme visuelle Sur les réseaux sociaux, nous voyons régulièrement des saumons : tenus à hauteur de poitrine; transportés vers un meilleur arrière-plan; serrés sous l’abdomen; suspendus par la queue; gardés hors de l’eau pendant plusieurs photographies; déposés sur des roches, du gravier ou le fond d’une embarcation. À force d’être répétée, partagée et récompensée par des réactions positives, cette manipulation inadéquate est devenue une norme visuelle. Ce n’est pourtant pas parce qu’une pratique est fréquente qu’elle est responsable. Ce n’est pas parce qu’elle a été répétée pendant des décennies qu’elle demeure conforme aux connaissances actuelles. Les pratiques doivent évoluer avec la science. Les nouveaux pêcheurs imitent les pêcheurs expérimentés Les nouveaux pêcheurs apprennent en observant les autres. Ils reproduisent les gestes des pêcheurs expérimentés, des guides, des responsables de rivière, des créateurs de contenu et des personnes qu’ils considèrent comme des modèles. Lorsqu’un pêcheur expérimenté publie une photographie avec un saumon complètement sorti de l’eau, il ne montre pas seulement sa capture. Il enseigne indirectement que cette manipulation est acceptable. La personne qui regarde la photographie ne connaît pas la durée réelle de l’exposition. Elle ne voit pas les manipulations précédentes. Elle ne connaît pas l’état du saumon une heure ou une journée plus tard. Elle voit seulement un geste à reproduire. Plus une personne possède d’expérience, de visibilité ou d’influence, plus sa responsabilité est grande. Les mauvaises pratiques se transmettent par imitation. Les bonnes pratiques également. Les guides, les gestionnaires, les associations et les pêcheurs expérimentés devraient donc montrer le saumon entièrement immergé dans leurs publications. Une photographie responsable peut aider à créer une nouvelle norme. Sortir le saumon augmente le risque de chute Un saumon vivant est puissant, lourd, glissant et imprévisible. Même s’il semble calme, il peut se débattre brusquement. Un simple mouvement peut le faire glisser des mains du pêcheur. Le poisson peut alors tomber : sur des roches; sur le gravier; sur la berge; sur le fond d’une embarcation; dans une eau insuffisamment profonde pour amortir sa chute. Une telle chute peut provoquer des blessures aux branchies, aux yeux, à la tête, aux nageoires ou à la colonne vertébrale. Elle peut aussi entraîner des lésions internes qui ne seront pas immédiatement visibles. Le poisson peut repartir malgré un traumatisme et mourir plus tard, ou voir sa capacité de migrer et de se reproduire diminuée. Tomber dans l’eau ne signifie pas tomber sans danger Certains croient qu’il est sécuritaire de soulever un saumon parce qu’en cas de chute, il retombera dans la rivière. Ce raisonnement est faux lorsque l’eau est peu profonde. Quelques centimètres d’eau ne suffisent pas nécessairement à amortir le poids et la vitesse d’un saumon qui tombe. Le poisson peut traverser la faible colonne d’eau et frapper directement les pierres ou le fond. Plus il est tenu haut, plus l’impact risque d’être violent. La meilleure prévention consiste à ne jamais le soulever. Il devrait être manipulé près de l’épuisette, horizontalement et entièrement immergé, dans une profondeur suffisante pour qu’il ne puisse pas heurter le fond s’il se débat. Le mucus protecteur doit aussi être préservé Le corps du saumon est recouvert d’une couche de mucus qui participe à sa protection contre les bactéries, les champignons, certains parasites et les abrasions. Des mains sèches, une prise trop serrée ou le contact avec le sable, les roches ou le fond d’une embarcation peuvent retirer une partie de cette protection. Ces dommages ne provoquent pas nécessairement une mortalité immédiate. Ils peuvent cependant augmenter la vulnérabilité du poisson aux infections au cours des jours suivants. Il faut donc toujours mouiller ses mains avant de toucher le saumon, réduire la manipulation au minimum et ne jamais le déposer sur le sol. Protocole de remise à l’eau responsable Avant de pêcher Vérifiez la température de l’eau. Utilisez un équipement suffisamment puissant pour éviter un combat inutilement long. Préparez l’épuisette, les pinces et, lorsque cela est absolument nécessaire, la caméra avant que le poisson arrive. Décidez à l’avance que le saumon ne sera pas sorti de l’eau. Pendant le combat Maintenez une pression constante et suffisante. Évitez de prolonger le combat pour le plaisir. Dirigez le saumon vers un endroit sécuritaire, suffisamment profond et exempt de roches sur lesquelles il pourrait tomber. Dans l’épuisette Utilisez une épuisette à filet sans nœuds ou caoutchouté. Gardez le filet dans l’eau. Mouillez vos mains avant tout contact. Retirez la mouche pendant que la tête et les branchies demeurent entièrement immergées. Lorsque son retrait risque d’occasionner des dommages importants, coupez la mouche ou le bas de ligne. Pour une photographie Gardez le saumon entièrement dans l’eau. Soutenez-le doucement à l’horizontale, sans serrer son abdomen et sans toucher ses branchies. Ne le transportez pas vers un meilleur arrière-plan. Ne reprenez pas plusieurs fois la photographie. Lorsque l’image ne peut pas être prise correctement et rapidement, renoncez-y. Au moment du départ Maintenez le saumon droit dans une eau suffisamment profonde, face à un courant modéré. Évitez les mouvements répétés d’avant en arrière. Laissez-le ventiler normalement ses branchies et partir de lui-même lorsqu’il est stable. Ne le lancez pas et ne le poussez pas brusquement. Conclusion La science ne permet pas d’affirmer que chaque saumon sorti de l’eau mourra. Elle permet cependant d’affirmer que l’exposition à l’air ajoute un stress réel, inutile et évitable à un poisson déjà éprouvé par le combat. Les conséquences possibles comprennent une perturbation de la respiration, une aggravation de l’acidose, une récupération prolongée, une mortalité différée, une modification du comportement migratoire, une diminution du succès reproducteur, une vulnérabilité accrue aux infections et des effets possibles sur la progéniture. À cela s’ajoutent les risques physiques liés à une mauvaise prise, à une chute sur les roches, à une eau trop peu profonde et à la perte du mucus protecteur. La véritable preuve d’expérience n’est pas la capacité de tenir un saumon devant une caméra. C’est la capacité de le manipuler avec suffisamment de respect pour qu’il n’ait jamais besoin de quitter l’eau. Un saumon destiné à être remis à l’eau devrait rester dans l’eau. La photographie n’est jamais plus importante que le poisson. Le remettre à l’eau ne suffit pas : il faut lui donner les meilleures chances de survivre, de migrer et de frayer. Une photo ne vaudra jamais le saumon! Sources [1] Ferguson, R. A. et Tufts, B. L. (1992). Physiological Effects of Brief Air Exposure in Exhaustively Exercised Rainbow Trout: Implications for Catch-and-Release Fisheries. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 49, 1157-1162. DOI : 10.1139/f92-129. [2] Richard, A., Dionne, M., Wang, J. et Bernatchez, L. (2013). Does catch-and-release affect the mating system and individual reproductive success of wild Atlantic salmon? Molecular Ecology, 22, 187-200. DOI : 10.1111/mec.12102. [3] Bouchard, R., Wellband, K., Lecomte, L., Bernatchez, L. et April, J. (2022). Effect of catch-and-release and temperature at release on reproductive success of Atlantic salmon in the Rimouski River, Québec, Canada. Fisheries Management and Ecology, 29, 888-896. DOI : 10.1111/fme.12590. [4] Papatheodoulou, M. et coll. (2022). Simulated pre-spawning catch and release of wild Atlantic salmon results in faster fungal spread and opposing effects on female and male proxies of fecundity. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 79, 267-276. DOI : 10.1139/cjfas-2021-0089. [5] Papatheodoulou, M., Metcalfe, N. B. et Killen, S. S. (2026). Simulated catch and release angling of Atlantic salmon before spawning alters activity, exploratory behaviour and aggression of offspring. Ecological Solutions and Evidence, 7, e70186. DOI : 10.1002/2688-8319.70186. [6] Van Leeuwen, T. E. et coll. (2020). Mortality of Atlantic salmon after catch and release angling: assessment of a recreational Atlantic salmon fishery in a changing climate. Canadian Journal of Fisheries and Aquatic Sciences, 77, 1518-1528. DOI : 10.1139/cjfas-2019-0400. [7] Van Leeuwen, T. E., Keefe, D., Young, M. et Adams, B. (2024). Water temperature at the time of the catch-and-release event is a better predictor of survival in Atlantic salmon than acute water temperature changes before and after. Journal of Fish Biology, 104, 1623-1627. DOI : 10.1111/jfb.15667. [8] Gouvernement du Québec (2026). Gestion réglementaire de la pêche au saumon selon la température des rivières.
- Le vent de Rivière Pentecôte rapporte, les projets avancent ailleurs, mais l’eau potable attend toujours.
À Port-Cartier, des millions pour l’eau… mais toujours pas une goutte potable à Pentecôte ! Usine de 52 millions, piscine de 24 millions, redevances d’Apuiat : pendant ce temps, des familles transportent encore leur eau dans des bidons. Éditorial À Port-Cartier, on a réussi à mener à terme un projet d’usine d’eau potable évalué initialement à 52 millions de dollars, puis ramené autour de 50 millions. On prépare maintenant un projet de piscine municipale estimé à 24 millions de dollars, avec des études terminées, des plans et devis prêts et une campagne complète de mobilisation citoyenne. À quelques kilomètres de Rivière-Pentecôte, le parc éolien Apuiat produit de l’électricité et générera pendant 30 ans d’importantes redevances, dont environ 500 000 dollars annuellement pour la Ville de Port-Cartier. Et pendant ce temps, dans notre secteur, des familles transportent encore leur eau potable dans des bidons de 20 litres. En 2026. Dans la même municipalité. Cette image est difficile à accepter. Elle résume le sentiment d’abandon que vivent depuis trop longtemps les citoyens de Rivière-Pentecôte, de la baie des Homards, de Pointe-aux-Anglais et des secteurs environnants. Nous ne demandons pas un luxe. Nous demandons de l’eau pour boire. Dix-huit kilomètres pour répondre à un besoin essentiel Je demeure à la baie des Homards. Selon les analyses et les problèmes observés à ma résidence, mon eau contient notamment une concentration trop élevée de fer et n’est pas propre à la consommation. Depuis près de quinze ans, je dois parcourir environ 18 kilomètres chaque semaine pour aller chercher entre 60 et 70 litres d’eau osmosée à Rivière-Pentecôte. Cette eau ne sert pas à laver mon camion. Elle ne sert pas à arroser mon terrain. Elle ne sert pas à remplir une piscine. Elle sert à boire, à cuisiner et à nous brosser les dents. Déjà, devoir parcourir 18 kilomètres chaque semaine pour obtenir de l’eau potable n’a jamais été un privilège. C’est une contrainte que ma famille accepte depuis des années, faute d’une meilleure solution. Pourtant, lorsque la Ville a annoncé son nouveau système d’accès à puce, j’ai compris que les citoyens ne payant pas la taxe particulière liée au réseau d’eau pourraient perdre leur accès. Le point d’approvisionnement raisonnablement accessible suivant aurait pu m’obliger à parcourir près de 70 kilomètres. À ce moment-là, la question n’était plus simplement de savoir où remplir mes bidons. Je devais me demander s’il était encore possible d’élever ma famille dans ma maison. Je devais envisager de partir. Pas parce que je n’aime plus mon secteur, mais parce qu’une famille ne peut pas vivre sans accès raisonnable à une eau potable. C’est cette inquiétude qui a mené à ma lettre ouverte. Derrière cette lettre, il n’y avait ni recherche de privilège ni refus de contribuer. Il y avait la peur réelle de perdre notre seule solution. Une annonce publiée, supprimée, puis suspendue Le 20 juillet, la Ville a annoncé qu’à compter du 24 juillet 2026, une puce électronique personnalisée serait nécessaire pour accéder au service d’eau osmosée. La distribution gratuite semblait destinée aux résidents qui paient la taxe d’eau. Quelques heures plus tard, la publication Facebook a disparu. La page d’information sur le site de la Ville a également été retirée ou déplacée. Le lendemain, la Ville a annoncé que le déploiement était temporairement suspendu, que les distributions de puces étaient annulées et que le service demeurait accessible selon les modalités existantes. Le rapport chronologique confirme cette succession rapide d’annonces, de retrait et de suspension. [1] Cette suspension est un soulagement. Mais suspendre n’est pas expliquer. Supprimer une publication n’efface pas le stress qu’elle a causé. Pendant plusieurs heures, des familles ont cru qu’elles allaient perdre leur accès à l’eau potable. La Ville doit-elle vraiment attendre que les citoyens s’inquiètent, écrivent des lettres ouvertes et interpellent leurs élus avant de mesurer les conséquences humaines d’une telle annonce? Notre conseillère municipale m’a répondu qu’elle était très consciente de la situation et que les conseillers travaillaient actuellement sur le dossier. Je reconnais son écoute et je souhaite sincèrement que ce travail mène à une solution. Mais après plus de vingt ans, dire que l’on travaille sur le dossier ne peut plus être considéré comme un résultat. Les citoyens ont besoin de savoir ce qui est étudié, qui pourra obtenir une puce, quelles exemptions seront prévues, combien coûtera l’accès et quand une décision définitive sera prise. Le rapport recommande justement que toute communication municipale concernant l’accès à l’eau précise immédiatement ce qui change, ce qui ne change pas, les exceptions applicables et la solution de remplacement. Il recommande aussi un échéancier public, une pompe de secours et un comité formel de suivi. [1] Ce sont des demandes raisonnables. Une solution temporaire devenue indispensable Le problème de l’eau potable à Rivière-Pentecôte ne date pas de cette nouvelle puce. La non-potabilité ou l’avis permanent est documenté depuis 2001 ou 2002. La date exacte varie selon les sources, mais cela ne change rien à l’essentiel : une génération entière a grandi dans un secteur où l’eau du réseau n’était toujours pas conforme pour la consommation directe. [1] La station d’osmose avait été mise en place comme une solution temporaire. Dans les faits, elle est devenue le principal accès à l’eau potable pour une grande partie du secteur. Le rapport estime qu’environ 500 personnes sont desservies dans le secteur et que près de 450 personnes utiliseraient la station d’osmose inverse. Il rappelle également qu’en 2016, une recherche de solutions plus large portait sur 58 kilomètres de territoire et 335 résidences non raccordées. [1] Lorsque près de 450 personnes dépendent d’un point de remplissage, celui-ci n’est plus un petit service accessoire. C’est un service essentiel. Et sa fragilité a déjà été démontrée. En janvier 2026, un bris de pompe a forcé la fermeture temporaire du point d’approvisionnement. La Ville a dû distribuer des cruches de 18 litres au garage municipal, avec une limite d’une cruche par famille. [2] (Ville de Port-Cartier) Une installation dont dépend une population entière ne devrait pas reposer sur une seule pompe, une seule station et des modalités d’accès qui peuvent être modifiées sans consultation complète. Le poids que les citoyens portent depuis des années Une cruche de 20 litres pèse environ 20 kilogrammes. Quand on en transporte trois ou quatre chaque semaine, ce n’est pas seulement de l’eau que l’on porte. On porte les escaliers à monter. On porte les déplacements en hiver. On porte le temps perdu. On porte l’inquiétude de savoir si la station fonctionnera. On porte la difficulté supplémentaire imposée aux personnes âgées et à mobilité réduite. On porte le sentiment qu’ailleurs, ouvrir le robinet est un geste normal, alors que chez nous il faut organiser une partie de sa vie autour du remplissage des bidons. Les témoignages recueillis au fil des années parlent d’eau colorée, de lavage taché, d’entretien supplémentaire, de bris de station, de puits vulnérables, de familles sans eau courante en hiver et d’un frein important au développement du secteur. Ce ne sont pas des plaintes superficielles. Ce sont les conséquences concrètes d’un problème que les citoyens vivent quotidiennement pendant que les projets se succèdent sur papier. Des promesses qui changent, mais pas l’eau Le rapport chronologique rassemble 56 sources publiques couvrant la période de 2001 à juillet 2026. Il démontre que le dossier n’est pas un simple retard ponctuel, mais une longue succession de projets, de promesses, de changements de portée, de demandes de financement, de refus et de reports. [1] En 2014, on promettait que l’eau potable arriverait rapidement. Le budget de 2015 annonçait des travaux évalués entre 6 et 8 millions de dollars. En 2016, un montage financier de 7 millions était présenté comme pratiquement bouclé pour un projet visant 55 résidences. Quelques mois plus tard, un projet global de 28 millions était refusé. Les budgets suivants ont continué de présenter l’eau de Pentecôte comme une priorité. En février 2024, la construction était envisagée « en principe » pour 2025. Mais en 2026, au lieu d’un chantier, les citoyens apprennent que les analyses et les études se poursuivent toujours. Il est légitime que les projets évoluent. Les coûts changent, les programmes de financement ont leurs règles et le traitement de l’eau de la rivière Riverin présente de véritables difficultés techniques. Mais après autant d’années, ces difficultés ne peuvent plus tout justifier. À un moment donné, une priorité qui ne mène jamais à une réalisation cesse d’être une priorité. Elle devient une promesse répétée. Le faux débat entre ceux qui paient et ceux qui ne paient pas À la suite de ma lettre ouverte, plusieurs commentaires ont ramené la discussion à une seule question : pourquoi les personnes qui ne paient pas la taxe particulière sur l’eau devraient-elles avoir accès à l’eau osmosée? Je comprends que les résidents raccordés au réseau paient une contribution spécifique. Je ne leur demande pas d’assumer seuls le coût du service utilisé par d’autres. Je ne demande pas la gratuité. Je suis prêt à payer une contribution annuelle raisonnable. Je suis prêt à payer une puce. Je suis prêt à fournir une analyse démontrant que mon eau est impropre à la consommation. Mais pourquoi la Ville ne nous a-t-elle jamais offert cette possibilité officiellement avant d’annoncer une mesure qui pouvait nous exclure? Pourquoi choisir d’abord la restriction au lieu de proposer une contribution équitable? Le débat ne devrait pas opposer les citoyens raccordés aux citoyens non raccordés. La Ville devrait simplement établir un système juste : inscription obligatoire, preuve de résidence, contribution raisonnable, volume encadré au besoin et exemptions pour les familles vulnérables. Je paie mes taxes municipales à Port-Cartier. La Ville elle-même rappelle que la taxe foncière générale constitue sa principale source de revenus et qu’elle sert à financer les dépenses prévues dans son budget de fonctionnement. [3] (Ville de Port-Cartier) Je demeure sur le territoire de Port-Cartier. Ma famille fait partie de Port-Cartier. Suis-je un citoyen de Port-Cartier uniquement lorsqu’arrive le compte de taxes? Une usine de 52 millions au centre, toujours des études à Pentecôte Le contraste devient particulièrement frappant lorsqu’on regarde le projet d’agrandissement de l’usine de filtration et de pompage de Port-Cartier. Le coût total avait d’abord été projeté à 52 millions de dollars, avant d’être réévalué à environ 50 millions. Québec devait contribuer 27 millions, ArcelorMittal 10 millions et la Ville assumer le reste. Selon les informations publiées en 2023, 82 % de la production d’eau potable était alors utilisée par la minière. Le projet devait augmenter la capacité de traitement et permettre d’accueillir jusqu’à 4 000 citoyens supplémentaires. [4] (Portail Constructo) Cette modernisation pouvait être nécessaire. Une ville industrielle doit sécuriser son eau, soutenir ses citoyens et prévoir son développement économique. Mais pendant que ce projet de 50 millions avançait, on annonçait également que les plans et devis de Rivière-Pentecôte étaient en préparation et que les travaux devaient commencer quelque part en 2025. [4] (Portail Constructo) L’usine principale a été complétée en 2025. En 2026, Port-Cartier commence à rembourser l’emprunt lié à sa construction. Pour Pentecôte, le budget 2026 annonce encore la poursuite des études. [5] (Ma Côte-Nord) Voilà l’incohérence. La Ville a démontré qu’elle pouvait planifier un projet majeur, trouver des partenaires, obtenir du financement, accorder des contrats et mener un chantier à terme. Mais pour une communauté qui attend depuis plus de vingt ans, on retourne encore aux analyses. Nous ne demandons pas qu’un réseau de 50 millions apparaisse demain matin. Nous demandons la même détermination. Nous demandons un projet clair, un échéancier public et une responsabilité politique assumée. Vingt-quatre millions pour de l’eau de baignade À cela s’ajoute maintenant le projet de rénovation et d’agrandissement de la piscine municipale, estimé à environ 24 millions de dollars. La Ville a réalisé les études techniques. Les plans et devis sont prêts. L’analyse des besoins a été faite. Une campagne de mobilisation citoyenne est en cours. La Ville en est à une troisième demande de financement. Jusqu’à 66,3 % du projet pourrait être financé par Québec, tandis qu’environ 33,7 % serait assumé par la municipalité. [6] (Ville de Port-Cartier) La Ville qualifie la piscine de service essentiel. Elle rappelle que l’installation compte environ 21 500 utilisations annuellement et que, sans elle, les citoyens devraient parcourir un minimum de 122 kilomètres aller-retour pour atteindre la piscine municipale la plus proche. [6] (Ville de Port-Cartier) Je ne suis pas contre une piscine moderne et sécuritaire. Apprendre à nager est important. Les enfants, les écoles, les familles, les personnes âgées, les organismes et les clubs sportifs ont besoin d’installations convenables. Mais une question demeure incontournable : Depuis quand l’eau de baignade passe-t-elle avant l’accès à l’eau potable à Pentecôte? La Ville trouve inacceptable que ses citoyens parcourent 122 kilomètres pour aller nager. Elle a raison. Mais comment aurait-elle pu trouver acceptable que certaines familles parcourent près de 70 kilomètres pour aller chercher de quoi boire? Pourquoi la distance nécessaire pour accéder à un loisir devient-elle un argument central de mobilisation, alors que les déplacements hebdomadaires pour remplir des cruches d’eau potable semblent avoir été normalisés? Les programmes de financement ne sont pas les mêmes. L’argent destiné à une infrastructure sportive ne peut pas automatiquement être transféré dans un projet d’aqueduc. Mais la volonté politique, l’énergie administrative et la capacité de défendre un dossier sont des choix. Pour la piscine, la Ville possède une page complète, des plans finalisés, une stratégie de financement, une campagne publique et un mur de témoignages. Pour Pentecôte, après plus de vingt ans, les citoyens demandent encore quel est le projet actuel, combien il coûtera et quand il sera réalisé. Une piscine améliore la qualité de vie. L’eau potable rend la vie possible. Le vent souffle près de Pentecôte, mais les retombées s’en éloignent L’incohérence est encore plus difficile à accepter lorsqu’on examine le parc éolien Apuiat. Le projet est situé sur des terres publiques de Port-Cartier et du territoire non organisé de Lac-Walker, à environ 7 kilomètres de Rivière-Pentecôte. [7] (Parc Eolien Apuiat) Apuiat est entré en service commercial en 2025. Le contrat d’achat d’électricité porte sur 30 ans et le projet versera un million de dollars de redevances annuelles pendant 30 ans, partagées entre Uashat mak Mani-utenam et Port-Cartier. [8] (Parc Eolien Apuiat) La Ville a elle-même évalué sa part à environ 500 000 dollars par année. Lorsqu’elle annonçait le projet en 2021, elle parlait d’un projet rassembleur, d’un impact économique important et de retombées pour toute la communauté. [9] (Ville de Port-Cartier) Pourtant, l’idée d’utiliser ces redevances pour l’eau de Pentecôte n’est pas nouvelle. En 2017, Alain Thibault proposait publiquement d’affecter les futures redevances du projet éolien au financement des installations d’eau potable de Pentecôte. Il soutenait également que la part municipale de la mise aux normes pourrait être payée à même ces redevances afin de ne pas alourdir la dette de la Ville. [10] (Le Nord-Côtier) Alors, que reste-t-il aujourd’hui de cette proposition? Pourquoi ces redevances représentaient-elles une solution crédible lorsqu’il fallait défendre le projet, mais semblent-elles maintenant appartenir à une autre discussion? Quand il faut accueillir les éoliennes, le projet est à Port-Cartier. Quand il faut annoncer les retombées, elles sont destinées à toute la communauté. Quand il faut encaisser les redevances, l’argent revient à Port-Cartier. Mais lorsque Pentecôte demande qu’une partie de ces revenus serve à régler son problème d’eau potable, on trace soudainement une frontière entre Port-Cartier et notre secteur. Mais Pentecôte fait partie de quelle ville? On ne peut pas utiliser notre territoire lorsqu’il produit des revenus, puis nous traiter comme une communauté extérieure lorsqu’il faut répartir les bénéfices. Personne ne demande que toutes les redevances d’Apuiat soient consacrées exclusivement à Pentecôte. Mais réserver une partie de ces revenus à un fonds pour les infrastructures essentielles du secteur serait logique, juste et conforme au discours tenu autrefois. Le vent qui souffle près de Pentecôte ne devrait pas seulement remplir les coffres de Port-Cartier. Il devrait aussi contribuer à remplir les verres des familles qui vivent ici. Une municipalité à deux vitesses C’est ce double discours qui donne l’impression que Port-Cartier fonctionne à deux vitesses. Au centre urbain, on augmente la capacité de production d’eau potable, on prévoit le développement futur et on prépare une piscine pour les 40 ou 50 prochaines années. À Pentecôte, on transporte des cruches. Au centre, on parle de projets structurants. À Pentecôte, on parle encore d’études. Au centre, la distance de 122 kilomètres pour aller nager est jugée inacceptable. À Pentecôte, les déplacements hebdomadaires pour boire semblent faire partie de la vie normale. Au centre, on demande aux citoyens de partager leurs témoignages pour démontrer l’importance de la piscine. À Pentecôte, une annonce touchant notre seul accès raisonnable à l’eau potable a été publiée, retirée et suspendue avant que les personnes concernées obtiennent des réponses complètes. Ce n’est pas une guerre entre Port-Cartier et Pentecôte. Ce n’est pas une attaque contre les citoyens qui veulent une piscine. C’est un appel à la cohérence. Une municipalité ne peut pas parler de rétention des familles, de développement, de vitalité et de qualité de vie tout en laissant une partie de son territoire dépendre de bidons pendant plus de vingt ans. Ce que nous demandons réellement Nous ne demandons pas d’abandonner la piscine. Nous ne contestons pas la nécessité de moderniser l’usine principale. Nous ne réclamons pas toutes les redevances d’Apuiat. Nous demandons que l’eau potable de Pentecôte devienne enfin une priorité réelle, mesurable et suivie publiquement. La Ville doit garantir le maintien du service d’eau osmosée jusqu’à la réalisation d’une solution permanente. Elle doit permettre aux résidents non raccordés de s’inscrire et de contribuer financièrement au service plutôt que de les exclure. Elle doit prévoir une pompe de secours, un protocole d’urgence et une solution pour les personnes âgées ou à mobilité réduite. Elle doit publier les critères du système à puce, expliquer les exemptions, rendre publics les résultats des études du CREDEAU et présenter un échéancier comprenant les étapes techniques, financières et administratives. Une partie des redevances d’Apuiat devrait être réservée à un fonds d’infrastructures essentielles pour Pentecôte et les secteurs environnants. Enfin, un comité de suivi doit être créé avec de véritables représentants de Rivière-Pentecôte, de la baie des Homards, de Pointe-aux-Anglais et des propriétés non desservies. Pas une autre rencontre sans lendemain. Un suivi formel, avec des dates, des réponses écrites et des comptes rendus publics. Nous portons plus que de l’eau Depuis près de quinze ans, je transporte mes bidons. Je l’ai fait sans faire de scandale. Je l’ai fait parce que je n’avais pas d’autre choix. Je l’ai fait parce que j’aime ma maison, ma communauté et la Baie des Homards. Mais lorsque j’ai vu qu’on pouvait maintenant m’enlever même cette solution imparfaite, j’ai compris qu’il fallait parler. Une cruche de 20 litres pèse 20 kilogrammes. Mais après autant d’années, ce n’est plus seulement le poids de l’eau que nous portons. Nous portons le poids des promesses. Le poids des échéances reportées. Le poids des projets annoncés puis modifiés. Le poids des publications supprimées. Le poids du sentiment que notre secteur compte lorsqu’il paie, lorsqu’il accueille un projet ou lorsqu’il génère des redevances, mais beaucoup moins lorsqu’il réclame un service essentiel. Port-Cartier a réalisé une usine d’eau potable d’environ 50 millions de dollars. Elle prépare une piscine de 24 millions. Elle touchera autour de 500 000 dollars par année en redevances grâce à un parc éolien situé à seulement quelques kilomètres de Rivière-Pentecôte. Et nos familles transportent toujours leur eau potable dans des bidons. Ce n’est plus seulement une question technique. C’est une question de priorités. C’est une question d’équité. C’est une question de dignité. Avant de demander aux citoyens de se mobiliser pour l’eau dans laquelle Port-Cartier souhaite nager, la Ville doit se mobiliser avec la même force pour l’eau que Pentecôte doit boire. Jocelyn LeBlanc Résident de la Baie des Homards et Citoyen de Port-Cartier Sources numérotées [1] L’eau potable à Rivière-Pentecôte — Chronologie médiatique, état du dossier et analyse des engagements, 2001-2026. Rapport regroupant 56 sources publiques, vérifié au 21 juillet 2026. Il documente les promesses, les changements de projet, les reports, les témoignages, la dépendance à l’osmose et la suspension du système à puce. [2] Ville de Port-Cartier, « Avis d’interruption temporaire du point d’approvisionnement en eau osmosée à Rivière-Pentecôte », 19 janvier 2026. Bris de pompe et distribution temporaire de cruches de 18 litres. (Ville de Port-Cartier) [3] Ville de Port-Cartier, « Taxes municipales », taux et fonctionnement de la taxe foncière générale pour 2026. (Ville de Port-Cartier) [4] Émilie Lavergne, « Port-Cartier : des travaux de 50 M$ pour mieux répondre au besoin d’eau potable », Portail Constructo, 27 juillet 2023. Projet initialement évalué à 52 M$, puis à 50 M$; contributions de Québec et d’ArcelorMittal; utilisation industrielle et échéance alors envisagée pour Pentecôte. (Portail Constructo) [5] Jean St-Pierre, « Budget municipal Port-Cartier 2026 : la mairesse Danielle Beaupré se donne un an pour évaluer les priorités en immobilisation », Ma Côte-Nord, 28 janvier 2026. Usine principale complétée en 2025 et poursuite des études pour Pentecôte en 2026. (Ma Côte-Nord) [6] Ville de Port-Cartier, « Nouvelle piscine », 2026. Projet estimé à 24 M$, plans et devis finalisés, financement demandé, mobilisation citoyenne, environ 21 500 utilisations annuelles et distance minimale de 122 km aller-retour vers une autre piscine. (Ville de Port-Cartier) [7] Parc éolien Apuiat, « À propos ». Projet situé sur des terres publiques de Port-Cartier et du TNO de Lac-Walker, à environ 7 km de Rivière-Pentecôte. (Parc Eolien Apuiat) [8] Apuiat, « Mise en service commerciale du parc éolien Apuiat », 2025. Un million de dollars en redevances annuelles pendant 30 ans, partagées entre Uashat mak Mani-utenam et Port-Cartier. (Parc Eolien Apuiat) [9] Ville de Port-Cartier, communiqué sur l’entente du parc éolien Apuiat, 4 février 2021. La Ville évaluait ses redevances annuelles à environ 500 000 $. (Ville de Port-Cartier) [10] Le Nord-Côtier, articles des 21 juillet et 19 septembre 2017. Alain Thibault proposait d’affecter les futures redevances du projet éolien au financement de la mise aux normes de l’eau potable et des eaux usées de Pentecôte. (Le Nord-Côtier)
- ANALYSE COMPARATIVE | JUILLET 2026 TEMPÉRATURE DE L’EAU :MATANE VS NOUVELLE-ÉCOSSE
Nouvelle section — Série Analyse Avec Avant le premier lancer, mon objectif a toujours été de mettre le saumon avant la pêche, de mieux comprendre nos rivières et de donner aux pêcheurs les outils nécessaires pour prendre des décisions plus responsables. Aujourd’hui, j’ajoute une nouvelle sous-section plus technique au blogue : la Série Analyse. Cette série ira plus loin que les capsules habituelles. Elle servira à examiner en profondeur des publications, des décisions de gestion, des rapports scientifiques, des tableaux, des graphiques et certaines affirmations diffusées dans le milieu du saumon. Chaque analyse cherchera à répondre à des questions simples, mais essentielles : Est-ce que le message présenté correspond réellement aux études? Les données sont-elles utilisées correctement? Les seuils proposés protègent-ils vraiment le saumon? Fait-on la différence entre un seuil administratif et un seuil biologique? Quelles informations importantes ont été simplifiées, oubliées ou sorties de leur contexte? La Série Analyse ne sera pas conçue pour attaquer un organisme, une rivière ou une personne. Elle aura plutôt pour objectif de comparer les messages avec les connaissances disponibles, de reconnaître ce qui est bien fait, de relever ce qui mérite d’être nuancé et de proposer des améliorations lorsque cela est nécessaire. Les articles pourront comprendre : une mise en contexte claire; une analyse point par point; des tableaux comparatifs; des graphiques; les résultats des principales études; des sources numérotées; les limites et incertitudes; une conclusion pratique pour les pêcheurs et les gestionnaires. Première analyse : Matane contre Nouvelle-Écosse La première publication de cette nouvelle série portera sur deux infographies concernant la température de l’eau et la remise à l’eau du saumon atlantique : Rivière Matane – ZEC Saumon contre Nova Scotia Salmon Association Les deux publications utilisent une échelle verte, jaune et rouge, mais elles ne donnent pas le même message. À Matane, les conditions sont présentées comme favorables jusqu’à 20 °C, la prudence est recommandée entre 20 et 22 °C, puis le saumon est considéré à risque à partir de 22 °C. En Nouvelle-Écosse, la prudence commence dès 18,3 °C et la zone rouge débute au-dessus de 20 °C. Cette différence de seulement deux degrés peut sembler petite, mais pour un saumon épuisé par un combat, elle peut représenter une différence importante dans sa capacité de récupération et dans son risque de mortalité après la remise à l’eau. L’analyse comparera donc les deux messages avec les études disponibles afin de déterminer lequel représente le mieux la progression réelle du risque thermique. Pourquoi cette série? Dans le domaine du saumon, une belle image ou un message simple peut rapidement devenir une référence. Mais lorsqu’on simplifie trop un sujet complexe, on peut aussi créer un faux sentiment de sécurité. Un saumon ne devient pas soudainement vulnérable lorsque le thermomètre atteint exactement 22 °C. Le risque augmente progressivement. Il dépend de la température, du débit, de la durée du combat, de la blessure, de l’exposition à l’air, de la condition du poisson et de plusieurs autres facteurs. La Série Analyse aura donc comme principe de ne pas seulement demander : Est-ce légal de pêcher? Elle demandera aussi : Est-ce réellement responsable de pêcher dans ces conditions? Parce qu’avant le premier lancer, il faut comprendre ce que nos décisions peuvent représenter pour le saumon. Avant le premier lancer — Série Analyse Comprendre les données. Comparer les messages. Protéger le saumon. Cliquez pour télécharger les analyses Matane VS Nouvelle Écosse Analyse Matane Analyse Nouvelle Écosse
- Le saumon et l’omble de Fontaine anadrome ne doivent pas devenir les dommages collatéraux du bar rayé
Plan de gestion du bar rayé 2026 : protéger une espèce ne doit pas fragiliser les autres Le saumon atlantique et l’omble de fontaine anadrome doivent devenir de véritables critères de décision Le Québec vient de publier son Plan de gestion du bar rayé 2026. Il s’agit d’un document sérieux, structuré autour de six orientations, quatorze objectifs et quarante-trois actions. Le plan reconnaît la nécessité de suivre les populations de bars rayés, de protéger leurs habitats, d’encadrer leur exploitation et de mieux comprendre leur place dans les écosystèmes du Saint-Laurent. [1] C’est un progrès. Mais lorsqu’on analyse ce plan du point de vue du saumon atlantique et de l’omble de fontaine anadrome, une faiblesse majeure apparaît : le document demeure principalement conçu pour gérer, protéger et mettre en valeur le bar rayé. Les salmonidés sont observés autour du plan. Ils ne sont pas encore placés au centre de ses décisions. Le saumon atlantique bénéficie d’un objectif particulier visant à évaluer ses interactions avec le bar rayé. L’omble de fontaine anadrome, lui, n’est même pas nommé directement dans les objectifs. Il se retrouve indirectement dans une catégorie générale regroupant les « espèces qui interagissent avec le bar rayé ». [2] Pour une espèce emblématique et déjà fragilisée comme le saumon, et pour un écotype aussi particulier et aussi mal documenté que l’omble anadrome, ce n’est pas suffisant. Un bon plan pour gérer le bar, mais pas encore un plan de protection des salmonidés Le cadre décisionnel du gouvernement repose principalement sur deux critères : l’abondance de la population de bar rayé; sa tendance démographique, soit une population stable, en croissance ou en diminution. Le plan prévoit ensuite d’adapter les modalités d’exploitation selon ces deux indicateurs. En 2025, la population reproductrice du sud du golfe du Saint-Laurent était estimée à environ 547 300 individus. Elle demeure officiellement dans la zone de prudence, avec une tendance considérée comme stable. [1] Ces informations sont essentielles pour éviter une nouvelle surexploitation du bar rayé. Mais une question fondamentale est absente du cadre décisionnel : Quel est le risque que cette population de prédateurs représente pour les populations locales de saumon atlantique et d’omble de fontaine anadrome? Une population de bar peut être suffisamment abondante pour soutenir une certaine exploitation, tout en produisant une mortalité localement importante sur une petite population de salmonidés. Les deux réalités ne sont pas contradictoires. On peut protéger le bar rayé contre la surexploitation, tout en intervenant dans une passe migratoire, une embouchure ou une portion d’eau douce où quelques prédateurs concentrés causent une mortalité disproportionnée. C’est pourquoi l’état des salmonidés doit devenir un troisième critère obligatoire dans toute décision touchant l’accès, les limites de prises et les secteurs d’exploitation du bar rayé. Tableau 1 — Ce que le plan prévoit et ce qu’il faut ajouter Enjeu Ce que prévoit le plan Ce qu’il faut ajouter Cadre décisionnel Abondance et tendance du bar rayé Un critère obligatoire de risque pour les salmonidés Saumon atlantique Étudier les interactions et la prédation Des seuils d’intervention, des échéanciers et des rivières prioritaires Omble anadrome Placé parmi les autres espèces pouvant interagir avec le bar Le nommer expressément et lui consacrer un programme distinct Côte-Nord Reconnue comme un secteur moins étudié Un réseau permanent de rivières sentinelles Prédation locale Résultats souvent résumés à l’échelle provinciale Des analyses par rivière, habitat et fenêtre migratoire Changements climatiques Intégration générale dans la gestion du bar Suivre le déplacement temporel et géographique du chevauchement avec les salmonidés Reddition de comptes Publication éventuelle de résultats et de bilans Budget, responsables, échéanciers, indicateurs et cibles annuelles Effet cumulatif Pressions généralement étudiées séparément Une approche de type Running the Gauntlet Le plan d’actions reconnaît lui-même que la Côte-Nord fait partie des territoires moins étudiés qui doivent être priorisés. Il prévoit également de caractériser l’utilisation des rivières à saumon par le bar dans différentes régions salmonicoles et d’évaluer la prédation sur les jeunes stades de saumon. [2] L’intention est donc présente. Ce qui manque, c’est le passage de l’intention à l’obligation : quelles rivières seront étudiées, à partir de quelle année, pendant combien de temps, avec quel budget, selon quelle méthode et à partir de quel résultat une intervention sera-t-elle déclenchée? L’ironie de la rivière Ouelle Le cas de la rivière Ouelle illustre parfaitement pourquoi il faut être extrêmement prudent avant de généraliser un résultat local. La rivière Ouelle est la seule rivière québécoise où un suivi télémétrique avait démontré une présence soutenue de bars rayés à l’embouchure au printemps, pendant une période favorable à la migration des saumoneaux. Au printemps 2018, le contenu stomacal de 184 bars rayés y a été analysé. Aucun saumoneau n’a été identifié. Ce résultat mérite d’être considéré. Mais le même rapport reconnaît explicitement que la faible abondance du saumon atlantique dans la rivière Ouelle pourrait expliquer l’absence de saumoneaux dans les estomacs des bars. Malgré cette réserve majeure, le document utilise ensuite ce résultat pour conclure à un faible risque de prédation des saumoneaux par le bar rayé sur l’ensemble du territoire québécois. [3] Voilà toute l’ironie. On étudie la prédation dans une rivière produisant relativement peu d’habitat salmonicole et où le saumon est faiblement abondant. On n’y retrouve pas de saumoneaux dans les estomacs. Puis on utilise ce résultat pour rassurer la population à propos de rivières beaucoup plus grandes et complètement différentes. C’est comme aller compter les loups dans un stationnement, ne pas en trouver, puis conclure qu’il n’y en a pas dans la forêt. Le problème n’est pas d’avoir étudié la rivière Ouelle. Toute donnée est utile. Le problème est de transformer une absence de détection, obtenue dans un contexte de faible abondance des proies, en conclusion générale applicable à toutes les rivières du Québec. Une absence de saumoneau dans un échantillon ne prouve pas une absence universelle de prédation. Elle prouve seulement qu’aucun saumoneau n’a été identifié dans cet échantillon précis, à cet endroit précis et pendant cette période précise. La Côte-Nord n’est pas la rivière Ouelle La comparaison des unités de production salmonicole montre à quel point les systèmes diffèrent. La rivière Ouelle compte environ 673 476 unités de production d’habitat. À titre comparatif, les valeurs répertoriées atteignent notamment : 2,14 millions pour la Godbout; 2,22 millions pour Aux Rochers; 4,02 millions pour la Saint-Jean de la Côte-Nord; 9,04 millions pour la Moisie; plus de 16 millions pour la Natashquan. [3] Ces unités de production ne représentent pas le nombre réel de saumoneaux produits ou dévalant chaque année. Elles correspondent à une superficie d’habitat accessible pondérée selon sa qualité pour le stade tacon. Elles démontrent néanmoins une chose essentielle : les rivières comparées ne possèdent absolument pas la même capacité d’habitat ni la même échelle écologique. Graphique 1 — Comparaison de la rivière Ouelle et de plusieurs rivières nord-côtières Télécharger le graphique en haute résolution La Côte-Nord possède également des dévalaisons plus tardives à mesure que l’on progresse vers l’est. Les saumoneaux quittent les rivières lorsque les conditions de débit, de température et de développement physiologique deviennent favorables. Le risque dépend donc moins d’une moyenne provinciale que de la réponse à trois questions : Le bar est-il présent? Les saumoneaux ou les ombles migrateurs sont-ils présents au même moment? Les deux espèces sont-elles concentrées dans le même corridor? Lorsque les trois réponses sont positives, le risque mérite une étude intensive, peu importe ce que démontre une moyenne calculée à partir de dizaines de secteurs différents. Quand la moyenne provinciale cache le risque local Les résultats québécois sont souvent présentés sous la forme suivante : depuis 2014, plus de 1 200 contenus stomacaux de bars rayés ont été analysés et les salmonidés, tous stades confondus, représentaient moins de 1 % du volume total des proies. Cette statistique est pertinente. Mais elle peut également être trompeuse lorsqu’elle est utilisée seule. Elle mélange des bars capturés dans différentes régions, différentes saisons et différents habitats. Plusieurs de ces poissons n’avaient probablement aucune possibilité réelle de rencontrer un saumon ou un omble. Lorsqu’on cible plutôt les bars qui sont entrés dans les portions d’eau douce de rivières à saumon, le portrait change considérablement. Sur 87 bars analysés dans cinq rivières, 71 % s’étaient alimentés et 23 % contenaient des tacons ou des salmonidés qui ne pouvaient pas être identifiés précisément. Des bars avaient également été observés dans la portion d’eau douce de 22 rivières en 2017. [3] La prédation n’est donc pas imaginaire. Elle est documentée. La véritable incertitude concerne son intensité, sa répartition et ses conséquences démographiques sur chaque population. Une moyenne provinciale inférieure à 1 % peut coexister avec un foyer local où près du quart des bars échantillonnés ont consommé un jeune salmonidé. Ce n’est pas une contradiction statistique. C’est une démonstration de l’importance de l’échelle d’analyse. Pour une grande population de saumons, une mortalité supplémentaire peut parfois être absorbée. Pour une rivière qui ne reçoit plus que quelques dizaines de grands saumons, ou dont la déposition d’œufs est déjà déficitaire, chaque perte supplémentaire prend une tout autre importance. L’omble de fontaine anadrome : le grand oublié Le problème devient encore plus évident lorsqu’on examine la situation de l’omble de fontaine anadrome. Le Plan de gestion de l’omble de fontaine 2020-2028 reconnaît que les populations anadromes n’ont pas été intégrées au plan général parce que leur écologie est très différente de celle des populations résidentes. Il reconnaît également que les informations demeurent fragmentaires et que les outils de suivi ne sont pas standardisés à l’échelle provinciale. [4] Autrement dit, l’omble anadrome est suffisamment différent pour être exclu du plan général, mais il ne bénéficie toujours pas d’un cadre permanent comparable à celui du saumon ou du bar rayé. Pendant ce temps, il continue d’être exposé à plusieurs pressions : exploitation récréative; pêche alimentaire; pêche commerciale dans certains secteurs de la Côte-Nord; captures accidentelles; dégradation et fragmentation de l’habitat; réchauffement de l’eau; perte de refuges thermiques; prédation en rivière, en estuaire et en milieu côtier. Le rapport gouvernemental sur la pêche commerciale reconnaît que plusieurs populations d’ombles de fontaine ont décliné au cours des dernières décennies et que les connaissances sur l’état des stocks anadromes demeurent fragmentaires. Il précise également que la récolte en mer retire des individus migrateurs qui ne pourront plus revenir contribuer à la reproduction en eau douce. [5] L’omble anadrome utilise précisément les habitats où le risque d’interaction avec le bar rayé peut devenir important : embouchures, estuaires, zones côtières peu profondes, corridors migratoires et portions inférieures des rivières. Contrairement au saumoneau, qui quitte la rivière pour une longue migration océanique, l’omble anadrome peut effectuer des migrations côtières saisonnières et revenir en eau douce après quelques mois. Il est donc susceptible de traverser plusieurs fois certaines zones de concentration de prédateurs. Pourtant, le plan du bar rayé ne le nomme pas explicitement. C’est une lacune qui doit être corrigée. Running the Gauntlet : le problème n’est peut-être pas une seule menace Le débat public cherche souvent un coupable unique. Le bar rayé. Les phoques. Les changements climatiques. La pêche. L’aquaculture. La perte d’habitat. La faible disponibilité des proies en mer. Mais le saumoneau ne rencontre jamais une seule menace. Lorsqu’il quitte sa rivière, il commence un véritable parcours du combattant. Il doit traverser une embouchure où peuvent se concentrer les oiseaux piscivores, les phoques et les poissons prédateurs. Il doit s’adapter physiologiquement à l’eau salée. Il doit trouver rapidement suffisamment de nourriture, alors que les petites proies dont il dépend sont elles-mêmes recherchées par plusieurs espèces. Ensuite viennent les modifications du milieu marin, la compétition alimentaire, les maladies, les parasites, le réchauffement, le déplacement des réseaux trophiques et les milliers de kilomètres à parcourir. S’il survit et revient comme adulte, il doit encore traverser les pêches, les prédateurs côtiers, les faibles débits, les épisodes d’eau chaude et les obstacles présents dans sa rivière. C’est le principe développé dans Running the Gauntlet. Cette hypothèse ne prétend pas que le bar rayé explique seul le déclin du saumon. Elle propose plutôt que nous sous-estimons peut-être l’effet cumulatif de toutes les pressions subies successivement par le même poisson. [6] Le bar rayé n’a pas besoin d’être responsable de 50 % de la mortalité pour devenir biologiquement important. Il suffit qu’il ajoute quelques points de mortalité à une population qui a déjà perdu sa marge de sécurité à cause de toutes les autres pressions. Une mortalité considérée comme faible de manière isolée peut devenir déterminante lorsqu’elle s’ajoute à dix autres mortalités considérées, elles aussi, comme faibles ou modérées. Cette logique s’applique également à l’omble de fontaine anadrome. Ce que le Québec devrait faire maintenant Il ne s’agit pas de lancer une guerre contre le bar rayé. La population du sud du golfe demeure dans la zone de prudence, et le bar rayé lui-même est vulnérable à la surexploitation. Une réduction aveugle et généralisée serait difficile à défendre scientifiquement. [1] La solution efficace est une gestion ciblée, mesurable et adaptée à chaque rivière. 1. Ajouter un troisième critère au cadre décisionnel Toute modification de la pêche au bar rayé devrait évaluer : l’état de la population de bar; sa tendance démographique; le risque pour les populations locales de salmonidés. Une augmentation des prises ne devrait pas être autorisée dans un secteur où une population de saumon ou d’omble est en déclin et où un chevauchement migratoire important est documenté. 2. Créer un réseau de rivières sentinelles sur la Côte-Nord Le réseau devrait couvrir, au minimum, des rivières représentatives de différentes tailles et régions : Godbout, Trinité, Aux Rochers, Moisie, Sheldrake, Saint-Jean, Mingan et Natashquan. Chaque station devrait suivre simultanément : la dévalaison des saumoneaux; les mouvements de l’omble anadrome; la présence et l’abondance du bar; les incursions en eau douce; la température; le débit; la salinité; les autres prédateurs. 3. Étudier la véritable fenêtre migratoire Les études ne doivent pas commencer à une date fixe décidée plusieurs mois à l’avance. Elles doivent commencer avant la première dévalaison et se poursuivre jusqu’au passage des derniers saumoneaux. La fenêtre doit être déterminée par les conditions réelles de chaque rivière. Étudier quelques jours en dehors du sommet de migration peut produire une conclusion complètement différente de celle obtenue pendant la semaine critique. 4. Combiner plusieurs méthodes L’analyse visuelle des estomacs ne suffit pas toujours. Une proie partiellement digérée peut devenir impossible à identifier. Il faut combiner : télémétrie acoustique; émetteurs capables de signaler une prédation; métabarcoding génétique; ADN environnemental; caméras et sonars; contenu stomacal; suivi des dévalaisons et des retours adultes. 5. Prévoir des seuils d’intervention Lorsque des bars entrent dans une passe migratoire, un refuge thermique ou une portion d’eau douce où se concentrent des jeunes salmonidés, une équipe autorisée devrait pouvoir intervenir rapidement. Les interventions pourraient comprendre : retrait ciblé; déplacement ou effarouchement; fermeture temporaire d’un secteur; intensification de l’échantillonnage; protection renforcée de la population locale de salmonidés. 6. Nommer officiellement l’omble anadrome L’omble de fontaine anadrome ne doit plus être caché dans une catégorie générale d’« autres espèces ». Il doit bénéficier : d’un objectif spécifique dans le plan du bar rayé; d’un nouveau plan d’action provincial; d’indicateurs de population; d’un réseau de suivi; de seuils de conservation; d’une réévaluation complète de toutes ses sources de mortalité. 7. Mesurer l’effet cumulatif La gestion doit cesser d’examiner chaque menace dans une boîte séparée. Une étude moderne devrait suivre des cohortes de saumoneaux et d’ombles à travers plusieurs étapes de leur migration afin de déterminer comment la prédation, la température, le débit, l’alimentation, les captures et les habitats interagissent. C’est seulement ainsi que l’hypothèse Running the Gauntlet pourra être confirmée, corrigée ou rejetée scientifiquement. Conclusion — L’absence de preuve ne doit plus devenir une preuve d’absence Le Plan de gestion du bar rayé 2026 est une base utile. Il reconnaît l’importance de mieux comprendre les interactions avec le saumon. Il identifie la Côte-Nord comme une région moins étudiée. Il prévoit de poursuivre les recherches et de publier les résultats. Mais il demeure encore trop orienté vers la mise en valeur du bar rayé et pas assez vers la protection obligatoire des salmonidés qui partagent les mêmes habitats. L’utilisation de la rivière Ouelle pour produire une conclusion rassurante à l’échelle du Québec démontre exactement pourquoi nous devons changer d’approche. Le rapport reconnaît que la faible abondance du saumon dans cette rivière pouvait expliquer l’absence de saumoneaux dans les estomacs. Malgré cela, on a généralisé ce résultat à des rivières possédant des superficies d’habitat, des dévalaisons et des réalités écologiques complètement différentes. Ce n’est pas une démonstration que le bar rayé menace toutes les rivières. Mais ce n’est certainement pas non plus une démonstration qu’il ne représente aucun problème important sur la Côte-Nord. La réponse honnête est que nous ne le savons pas encore suffisamment. Et lorsque nous ne savons pas, la prudence scientifique ne consiste pas à choisir l’hypothèse la plus rassurante. Elle consiste à aller étudier le phénomène là où le risque est le plus grand : dans les rivières possédant des dévalaisons importantes, pendant la véritable sortie des saumoneaux, aux endroits où le bar est présent en nombre et dans les passages où les poissons sont concentrés. Le saumon atlantique et l’omble de fontaine anadrome n’ont plus assez de marge pour que l’absence de connaissances serve de justification à l’inaction. Protéger le bar rayé est légitime. Mais une gestion réellement écosystémique doit aussi garantir que cette protection et sa mise en valeur ne se feront jamais au détriment des salmonidés les plus vulnérables. Le véritable enjeu n’est pas de choisir entre le bar, le saumon et l’omble. Le véritable enjeu est de construire une gestion capable de les considérer ensemble, au bon endroit, au bon moment et à la bonne échelle. Sources [1] Gouvernement du Québec. Plan de gestion du bar rayé au Québec 2026 — Document synthèse. État des populations, six orientations, quatorze objectifs, quarante-trois actions et cadre décisionnel. (CDN Contenu Québec) [2] Gouvernement du Québec. Orientations, objectifs et actions du Plan de gestion du bar rayé 2026. Actions concernant la Côte-Nord, le saumon atlantique, les espèces interagissant avec le bar et les changements climatiques. (CDN Contenu Québec) [3] Pêches et Océans Canada. Information sur le saumon atlantique au Québec. Résultats des contenus stomacaux, cas de la rivière Ouelle, incursions en eau douce et unités de production des rivières. (Publications Canada) [4] Gouvernement du Québec. Plan de gestion de l’omble de fontaine au Québec 2020-2028. Exclusion des populations anadromes en raison de leur écologie distincte et des lacunes de suivi. (CDN Contenu Québec) [5] Gouvernement du Québec. Caractérisation des débarquements de la pêche commerciale à l’omble de fontaine anadrome sur la Côte-Nord. État des connaissances, exploitation, pressions et effets sur les populations d’eau douce. (CDN Contenu Québec) [6] Jocelyn LeBlanc. Running the Gauntlet. Hypothèse portant sur l’effet cumulatif des pressions rencontrées par le saumoneau pendant sa migration. (Shed à Plumes - Feather Shed)
- Nous savons quoi faire. Alors pourquoi attendons-nous?
2024. 2025. 2026. Le temps joue contre le saumon. Depuis maintenant deux ans, une question revient constamment dans mon esprit : combien de temps reste-t-il au saumon avant que nous prenions enfin les décisions qui s'imposent? En 2024, plusieurs d'entre nous tiraient déjà la sonnette d'alarme. Les faibles montaisons, les canicules de plus en plus fréquentes, les faibles débits et les effets des températures élevées sur la survie du saumon étaient déjà bien documentés. Les études scientifiques existaient. Les biologistes en parlaient. Les pêcheurs l'observaient sur le terrain. Nous savions déjà que les épisodes de chaleur pouvaient compromettre la survie des saumons remis à l'eau et réduire leur capacité à atteindre les frayères et à se reproduire. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2093710/remise-eau-obligatoire-saumons Malgré tout cela, les mesures sont demeurées timides. On nous expliquait qu'il ne fallait pas fermer les rivières, que les organismes de gestion avaient besoin des revenus générés par la pêche pour poursuivre leur mission et que la présence des pêcheurs contribuait à limiter le braconnage. Je comprends ces préoccupations. Je comprends l'importance du travail accompli par les ZEC, les associations et les organismes de gestion. Vidéo Radio Canada Publié le 25 mai à 8 h 18 HAE Alexandre Courtemanche https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2256401/saumon-eau-chaude-interdiction-peche Mais je me pose une question toute simple : à quoi serviront ces revenus si les populations continuent de s'effondrer? Si certaines rivières n'ont bientôt plus assez de saumons pour soutenir une pêche, que restera-t-il à gérer? La saison 2025 devait nous apporter un peu d'espoir. Pourtant, les montaisons ne se sont pas améliorées de façon significative. Plusieurs rivières sont demeurées ouvertes malgré des retours toujours aussi préoccupants. Encore une fois, les mesures structurantes ont été repoussées. Nous avons continué d'espérer que la situation finirait par se corriger d'elle-même, alors que tout indiquait le contraire. Nous sommes maintenant en 2026. Cette année, la nature nous a offert un cadeau. Depuis le début de la saison, l'eau est demeurée haute et froide. Pour le saumon, ce sont des conditions presque idéales. Après les dernières années, cette météo nous redonne un peu d'espoir et offre aux poissons une remontée beaucoup moins stressante. Mais ce répit est fragile. Le mois de juillet approche rapidement. Nous savons tous qu'une seule vague de chaleur peut faire basculer une rivière en quelques jours. Les niveaux d'eau chutent, les températures augmentent et le stress imposé aux saumons grimpe rapidement. Pourtant, malgré ce que nous avons appris depuis plusieurs années, le Québec ne possède toujours pas un véritable protocole de chaleur uniforme pour protéger tous les saumons de toutes ses rivières. Les premières données provenant de plusieurs passes migratoires ne sont pas particulièrement rassurantes. Oui, la saison est encore jeune et une partie importante des madeleineaux reste à venir. C'est probablement eux qui nous donneront la meilleure indication de ce qui s'est réellement passé en mer. Les saumoneaux partis au printemps 2025 ont-ils réussi leur incroyable migration? Ont-ils trouvé suffisamment de nourriture? Ont-ils survécu à la prédation, aux changements de l'écosystème marin et à tous les défis qui les attendaient? Nous le saurons très bientôt. J'espère sincèrement que ces madeleineaux seront nombreux. J'espère qu'ils nous redonneront enfin un peu d'espoir. Mais une question me hante. Sommes-nous prêts à les accueillir... mieux que nous avons accueilli nos grands saumons jusqu'à maintenant ? Extrait du Balado Saumon Québec https://www.facebook.com/reel/2791474911215701 Cette question ne s'adresse pas uniquement aux pêcheurs sportifs. Elle s'adresse à nous tous. Au ministère. Aux organismes de gestion. Aux associations. À la Fédération. Aux biologistes. Aux gestionnaires. Aux pêcheurs. À tous ceux qui, de près ou de loin, prennent des décisions qui influencent l'avenir du saumon. Sommes-nous enfin prêts à mettre sa survie avant nos habitudes? Sommes-nous prêts à agir avant qu'une nouvelle canicule ne frappe? Sommes-nous prêts à protéger les derniers reproducteurs plutôt qu'à gérer leurs pertes une fois qu'il sera trop tard? Depuis deux ans, nous savons que certaines populations sont extrêmement fragiles. Nous savons que les températures élevées augmentent les risques associés à la remise à l'eau. Nous savons également que, sur plusieurs rivières, chaque saumon qui atteint les frayères peut faire une différence pour la génération suivante. Alors pourquoi attendons-nous encore? Pourquoi les saumons d'une rivière auraient-ils droit à une protection différente de ceux d'une autre rivière? Pourquoi attendre que l'eau atteigne des niveaux critiques avant de prendre des décisions que nous savons inévitables? À mes yeux, le Québec devrait appliquer un véritable protocole de chaleur sur l'ensemble de ses rivières à saumon. Un protocole uniforme, transparent et basé sur les connaissances scientifiques. Les saumons ne connaissent ni les limites administratives, ni les territoires de gestion. Ils méritent tous la même protection. Je crois également que, tant que les montaisons demeurent aussi faibles, la remise à l'eau obligatoire de tous les saumons devrait être appliquée sur l'ensemble des rivières du Québec. Non pas parce que la pêche sportive est responsable du déclin. Elle ne l'est pas. Les problèmes sont multiples et se trouvent en grande partie en mer. Mais lorsque certaines rivières ne comptent plus que quelques dizaines ou une centaine de saumons, chaque mortalité évitable devient importante. Chaque femelle qui atteint les frayères représente des milliers d'œufs. Chaque reproducteur qui survit augmente les chances de rebâtir la population. Le plus inquiétant dans tout cela, c'est que le temps continue de passer. Depuis 2024, nous discutons. Depuis 2025, nous espérons. Nous sommes maintenant en 2026. Pendant que nous débattons encore des mêmes questions, les saumons continuent de revenir en trop petit nombre. Le calendrier, lui, n'attend personne. Chaque saison perdue est une génération qui s'affaiblit un peu plus. Contrairement à nous, le saumon ne peut pas reporter sa migration à l'année suivante. Il n'a qu'une seule occasion de compléter son cycle de vie. Je refuse de croire que nous devons attendre que certaines rivières soient pratiquement vides avant de prendre des décisions courageuses. Si nous continuons d'agir seulement lorsque les populations sont au bord de l'effondrement, nous serons toujours une saison... et parfois une génération... en retard. Le saumon atlantique est bien plus qu'un poisson. Il fait partie de notre histoire. Il façonne nos rivières, nos communautés et notre identité depuis des siècles. Nous avons eu le privilège de le voir revenir de la mer, de l'admirer, de le photographier et de le pêcher avec respect. Aujourd'hui, c'est à notre tour de lui rendre ce respect. Les madeleineaux qui s'apprêtent à revenir nous offriront peut-être une nouvelle raison d'espérer. Si c'est le cas, nous aurons aussi une immense responsabilité : les accueillir mieux que nous avons accueilli nos grands saumons jusqu'à maintenant. Cela demandera du courage. Cela demandera de mettre de côté certains intérêts à court terme. Cela demandera de prendre des décisions qui ne feront peut-être pas l'unanimité. Mais si ces décisions permettent à davantage de saumons d'atteindre les frayères aujourd'hui, elles offriront aussi une meilleure chance aux générations futures. Au fond, la véritable question n'est plus de savoir si nous connaissons le problème. Nous le connaissons depuis longtemps. La véritable question est beaucoup plus simple. Aurons-nous enfin le courage d'agir pendant qu'il est encore temps... ou continuerons-nous d'attendre jusqu'au jour où le saumon n'aura plus besoin de protection parce qu'il aura disparu de nos rivières?
- Protéger le saumon ou remplir les rivières?
13 620 permis, 49 458 jours-pêche et 13 133 saumons comptés : où se trouve la limite? Éditorial sur la pression de pêche au saumon au Québec en 2025 Le bilan 2025 du saumon atlantique au Québec impose une réflexion qui dépasse largement la simple question du succès de pêche. Il nous oblige à nous demander si notre manière de fréquenter, d’exploiter et de promouvoir les rivières à saumon demeure adaptée à l’état actuel de la ressource. Pour la saison 2025-2026, 13 620 permis de pêche au saumon ont été vendus au Québec : 11 486 à des résidents et 2 134 à des non-résidents. Ces ventes comprennent les permis annuels, les permis de trois jours et les permis avec remise à l’eau obligatoire. Les données sont indiquées comme préliminaires. [1] Pendant la saison 2025, la fréquentation des rivières s’est élevée à 49 458 jours-pêche. Parallèlement, 13 133 saumons adultes ont été observés en montaison dans les 34 rivières où un dénombrement a été effectué. [2] Ces chiffres ne peuvent pas être comparés comme s’ils représentaient exactement les mêmes personnes, les mêmes poissons et les mêmes rivières. Pourtant, leur rapprochement soulève une question légitime : Quelle pression une population de saumons en déclin peut-elle encore supporter? Les principaux résultats de 2025 Indicateur Résultat Précision Permis vendus 13 620 Permis, et non nécessairement pêcheurs uniques Permis vendus aux résidents 11 486 Toutes catégories de permis au saumon Permis vendus aux non-résidents 2 134 Toutes catégories de permis au saumon Fréquentation 49 458 jours-pêche Journées ou parties de journée de pêche Saumons adultes observés 13 133 Dénombrements dans 34 rivières Captures déclarées 10 918 Poissons conservés et remis à l’eau Remises à l’eau déclarées 10 016 Nombre minimal, car la déclaration n’est pas obligatoire Saumons conservés 902 902 saumons déclaré Proportion remise à l’eau 92 % Part des captures déclarées Baisse des montaisons 45 % Par rapport à la moyenne des cinq années précédentes Un contraste difficile à ignorer Au premier regard, le contraste est saisissant : 13 620 permis vendus contre 13 133 saumons comptés. Il serait cependant incorrect d’affirmer qu’il y avait davantage de pêcheurs que de saumons dans l’ensemble du Québec. Premièrement, un permis ne représente pas nécessairement une personne différente. Certains permis peuvent être combinés, et une même personne peut acheter plus d’un permis pendant la saison. [3] Deuxièmement, les 13 133 saumons ont été comptés dans seulement 34 rivières, alors que le Québec compte 114 cours d’eau officiellement désignés comme rivières à saumon. Ce dénombrement ne représente donc pas tous les saumons revenus dans la province. [2] Troisièmement, les 10 918 captures déclarées ne correspondent pas nécessairement à 10 918 poissons différents. Un même saumon peut être capturé, remis à l’eau, puis repris une seconde fois. Ces précisions empêchent toute comparaison simpliste. Elles ne font toutefois pas disparaître le problème : une pression de pêche importante demeure exercée au moment où les retours de saumons chutent fortement. Près de 50 000 jours de présence sur les rivières Le nombre de permis donne une indication de la popularité de la pêche. Le nombre de jours-pêche décrit mieux la pression exercée sur les rivières. En 2025, 49 458 jours-pêche ont été enregistrés. Cela représente environ 3,6 jours-pêche par permis vendu, même si cette moyenne ne tient pas compte des permis multiples ni des personnes qui ont acheté un permis sans l’utiliser. Chaque journée ne mène évidemment pas à une capture. Plusieurs pêcheurs terminent leur saison sans prendre un seul saumon. Malgré cela, près de 50 000 jours de pêche représentent des milliers d’heures passées à lancer des mouches dans les fosses où les saumons se reposent avant leur reproduction. À l’échelle du Québec, cette pression peut sembler répartie. À l’échelle d’une petite rivière où seulement quelques dizaines ou quelques centaines de poissons reviennent, elle peut devenir considérable. La remise à l’eau n’élimine pas tous les impacts La remise à l’eau est une mesure de conservation importante. En 2025, 10 016 des 10 918 captures déclarées ont été remises à l’eau, soit 92 %. Seulement 902 saumons ont été conservés. [2] Un saumon correctement remis à l’eau peut poursuivre sa migration et atteindre les frayères. Cependant, une remise à l’eau n’est jamais totalement sans conséquence. Depuis 2015, le ministère applique un taux estimé de mortalité de 7 % aux saumons remis à l’eau dans ses calculs de gestion. Cette mesure permet d’éviter de surestimer le nombre de reproducteurs encore présents dans les rivières. [2] Appliqué théoriquement aux 10 016 remises à l’eau déclarées en 2025, ce taux représenterait environ : 701 mortalités potentielles. Ce chiffre ne correspond pas à 701 poissons retrouvés morts. Il s’agit d’une estimation théorique fondée sur le taux utilisé par le ministère. À cela peuvent s’ajouter l’épuisement causé par le combat, les blessures, les manipulations, le temps passé hors de l’eau, les captures répétées et les effets aggravants d’une eau trop chaude. Le bilan précise également que la déclaration des remises à l’eau n’est pas obligatoire. Le nombre de 10 016 constitue donc un minimum. [2] La chute des grands saumons La diminution de 68 % des rédibermarins est probablement le résultat le plus préoccupant du bilan 2025. Les rédibermarins sont des saumons ayant passé plus d’un hiver en mer. Ils sont généralement plus gros et comprennent une proportion plus élevée de femelles que les madeleineaux. Leur contribution à la reproduction est donc particulièrement importante. [2] Une baisse des grands saumons ne représente pas seulement une diminution du nombre de poissons recherchés par les pêcheurs. Elle signifie aussi une diminution possible du nombre d’œufs déposés et du potentiel de renouvellement des populations. Lorsque les grandes femelles deviennent rares, chaque poisson qui atteint les frayères prend une valeur biologique encore plus grande. La question ne devrait donc pas seulement être de savoir si un grand saumon peut survivre après une capture. Il faut aussi se demander si certaines populations devraient être davantage laissées tranquilles. Une contradiction dans notre approche La pêche au saumon possède une réelle valeur culturelle, sociale et économique. Elle soutient des guides, des pourvoiries, des gestionnaires de rivières, des commerces et plusieurs communautés régionales. Les pêcheurs sont aussi souvent parmi les défenseurs les plus engagés des rivières et de l’habitat du saumon. Il serait donc injuste de les présenter comme l’unique cause du déclin. Le saumon subit de nombreuses pressions : changements climatiques, réchauffement de l’eau, faibles débits, conditions marines, perte d’habitat, prédation et autres activités humaines. La pêche sportive demeure toutefois l’une des pressions que le Québec peut réglementer immédiatement. Pendant que les montaisons baissent, des organismes continuent d’organiser du mentorat, des ateliers et des activités de promotion pour attirer de nouveaux pêcheurs. Former de nouveaux adeptes n’est pas mauvais en soi. Une personne bien formée peut devenir un meilleur défenseur du saumon et adopter de bonnes pratiques. Mais une contradiction demeure : Peut-on continuer à recruter toujours plus de pêcheurs sans d’abord déterminer combien de pression les rivières peuvent réellement supporter? On ne peut pas annoncer que la situation du saumon est inquiétante tout en développant constamment la clientèle comme si la ressource était encore abondante. Gérer l’effort de pêche, pas seulement la récolte Pendant longtemps, la gestion s’est surtout concentrée sur le nombre de saumons pouvant être conservés. Lorsque les populations ont diminué, la remise à l’eau est devenue la principale solution. Mais remplacer la récolte par la remise à l’eau ne règle pas nécessairement tout si le nombre de captures et la pression de pêche demeurent élevés. Une stratégie plus complète pourrait comprendre : des limites saisonnières de remises à l’eau par pêcheur; un contingentement du nombre de jours-pêche sur certaines rivières; des fermetures automatiques lorsque l’eau atteint une température critique; des fosses ou des secteurs refuges interdits à la pêche; une réduction de la promotion des rivières en situation critique; une gestion adaptée à chaque population; une déclaration obligatoire des captures et des remises à l’eau; un meilleur calcul du nombre réel de pêcheurs uniques. L’objectif ne serait pas nécessairement de mettre fin à la pêche. Il serait de faire évoluer la pêche au même rythme que la ressource. Changer notre définition du succès Le succès d’une saison ne devrait plus seulement être mesuré par le nombre de captures, le succès par jour-pêche ou la satisfaction des pêcheurs. Une bonne saison devrait aussi être une saison où : davantage de saumons atteignent les frayères; les grandes femelles sont protégées; les captures répétées sont réduites; les fermetures liées à la température sont rapides; les populations faibles commencent à se rétablir. La meilleure saison de pêche n’est peut-être plus celle où le plus grand nombre de saumons est capturé. Ce pourrait être celle où le plus grand nombre de saumons est laissé tranquille. Conclusion Les chiffres de 2025 ne permettent pas d’affirmer directement qu’il existe un pêcheur pour chaque saumon. Les permis ne représentent pas nécessairement des individus uniques, le dénombrement concerne seulement 34 rivières et un même saumon peut être capturé plusieurs fois. Mais le contraste demeure préoccupant : 13 620 permis vendus; 49 458 jours-pêche; 10 918 captures déclarées; 13 133 saumons comptés dans les rivières suivies; une baisse de 45 % des montaisons; une baisse de 68 % des rédibermarins. La question n’est donc plus uniquement : Combien de saumons pouvons-nous encore pêcher? Elle devrait maintenant devenir : Combien de saumons devons-nous absolument laisser tranquilles pour assurer leur avenir? Et surtout : Avec si peu de saumons, y a-t-il encore de la place pour toujours plus de pêcheurs? Sources [1] Gouvernement du Québec — Ventes des permis de pêche.Données préliminaires 2025-2026 : permis annuels, permis de trois jours et permis avec remise à l’eau obligatoire, ventilés entre résidents et non-résidents. [2] Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs.Exploitation du saumon au Québec — Bilan 2025. Données sur les montaisons, les captures, les remises à l’eau, les jours-pêche, les variations quinquennales et le taux de mortalité utilisé pour les poissons remis à l’eau. [3] Gouvernement du Québec — Se procurer un permis de pêche sportive.Description des catégories de permis, des différences entre résidents et non-résidents et des règles concernant l’utilisation et la combinaison des permis.
- Saumon Atlantique en Péril : Quand les Prélèvements d’Aujourd’hui Effacent les Droits de Demain
Pêche de subsistance, pêche récréative et saumon atlantique : il faut avoir le courage d’en parler Parler de pêche de subsistance, de pêche récréative et de droits ancestraux au Canada, ce n’est pas simple. C’est un sujet délicat. Il y a de l’histoire là-dedans. Il y a des droits, des traditions, des blessures, des réalités sociales et culturelles qu’on ne peut pas balayer du revers de la main. Mais il y a aussi une autre réalité qu’on ne peut plus éviter : le saumon atlantique est en train de disparaître de plusieurs de nos rivières. Et quand une espèce décline comme ça, le silence ne protège personne. Il ne protège pas les pêcheurs. Il ne protège pas les communautés. Et surtout, il ne protège pas le saumon. On peut respecter les droits ancestraux et les droits issus de traités sans fermer les yeux sur l’état de la ressource. On peut respecter les communautés autochtones sans refuser de parler des prélèvements. On peut aussi demander des efforts à la pêche récréative sans faire semblant qu’elle est la seule responsable du problème. La conservation commence quand on est capable de tout regarder en face. Le saumon atlantique ne baisse pas à cause d’un seul facteur. Il y a l’océan, les changements climatiques, l’eau chaude, les habitats abîmés, les prédateurs, le manque de poisson-fourrage, les barrages, les captures accidentelles et les prélèvements directs. Mais justement, parce que le saumon est frappé de tous les côtés, chaque mortalité devient plus importante. Quand il y a beaucoup de saumons, une rivière peut encaisser une certaine pression. Mais quand les retours sont faibles, chaque saumon qu’on retire de la rivière compte. Un saumon mort ne fraie pas. Une femelle qui ne revient pas au gravier ne déposera pas ses œufs. C’est aussi simple que ça. Les données scientifiques récentes montrent que la situation est sérieuse. Le rapport ICES/WGNAS 2026 indique que les retours de saumons 2SW vierges en Amérique du Nord, donc les grands saumons qui reviennent après deux hivers en mer, étaient en 2025 les plus faibles de la série historique de 56 ans. Ce n’est pas une petite alerte. C’est un signal majeur. [1] Pendant ce temps, on continue souvent de parler du Groenland comme si la grande pression venait surtout de l’extérieur. Oui, le Groenland doit faire partie de la discussion. Oui, cette pêche a un impact. Mais si on veut être honnête, il faut aussi regarder ce qui se passe ici, au Canada. En 2025, les données présentées à la NASCO indiquent que les captures retenues au Canada étaient de 81,1 tonnes, tandis que Saint-Pierre-et-Miquelon était à 1,5 tonne. Du côté du Groenland, ICES indique que la capture déclarée totale en 2025 était de 29,9 tonnes, soit 28,9 tonnes à l’ouest du Groenland et 1,0 tonne à l’est. [2][3] Quand on regroupe les données de 2014 à 2025 à partir des rapports ICES/WGNAS, des statistiques NASCO et des bilans gouvernementaux, le portrait est clair. La récolte autochtone/FSC au Canada représente environ 719,9 tonnes. La pêche récréative conservée au Canada représente environ 602,0 tonnes. La récolte déclarée du Groenland représente environ 370,9 tonnes. Donc, de 2014 à 2025, la récolte combinée autochtone/FSC et récréative conservée au Canada représente environ 1 321,9 tonnes. C’est environ 3,56 fois la récolte déclarée du Groenland sur la même période. Ce n’est pas dit pour pointer du doigt. Ce n’est pas dit pour blâmer un groupe. C’est dit parce que les chiffres parlent. Et si on veut vraiment protéger le saumon, il faut être capable d’écouter ce que les chiffres disent. Même en 2025, une année où la pêche récréative conservée a beaucoup diminué, le portrait demeure frappant. Les données utilisées indiquent 51,8 tonnes pour la récolte autochtone/FSC au Canada, 28,1 tonnes pour la pêche récréative conservée au Canada et 29,9 tonnes pour le Groenland déclaré. Ensemble, la récolte autochtone/FSC et la pêche récréative conservée au Canada représentent donc 79,9 tonnes en 2025. C’est environ 2,67 fois la récolte déclarée du Groenland cette même année. Au Québec, le constat est encore plus dur à accepter. Les données historiques du bilan québécois montrent que les prises totales atteignaient 51 299 saumons en 1988. En 2025, elles tombent à 4 617 saumons. C’est une baisse d’environ 91 %. On peut tourner ça dans tous les sens, mais une baisse de 91 %, ce n’est pas une petite variation. Ce n’est pas juste une mauvaise année. C’est un signal d’alarme. La pêche commerciale au saumon a été éliminée au Québec depuis plusieurs décennies. La pêche récréative a été restreinte. La remise à l’eau est devenue beaucoup plus présente. Plusieurs rivières ont vu les règles se resserrer. Pourtant, le saumon continue de reculer. En 2025, au Québec, la pêche sportive conservée représente 902 saumons. De son côté, la récolte ARS/FSC représente 3 715 saumons. Cela veut dire que la récolte ARS/FSC représente environ 4,1 fois la récolte sportive conservée au Québec en 2025. [4] Encore une fois, il ne faut pas tout mélanger. La pêche de subsistance et la pêche récréative ne sont pas la même chose sur le plan culturel, social ou juridique. Les réalités ne sont pas les mêmes. Les droits ne sont pas les mêmes. Mais biologiquement, le résultat est le même : un saumon prélevé ne fraiera pas. C’est ici que les droits ancestraux et le jugement Marshall 2 deviennent importants. Les droits autochtones et les droits issus de traités sont protégés par l’article 35 de la Constitution canadienne. Ces droits sont réels. Ils sont importants. Ils doivent être respectés. La pêche à des fins alimentaires, sociales et rituelles, souvent appelée FSC ou ARS, est un droit collectif protégé. Le MPO précise que ce n’est pas un droit individuel, et que les poissons capturés dans ce cadre servent aux besoins alimentaires, sociaux ou rituels de la communauté. Le MPO indique aussi que cette pêche ne donne pas l’occasion de vendre les captures. [5] Au Québec, le MPO rappelle aussi une phrase très importante : le droit de pêche alimentaire, sociale et rituelle a priorité après la conservation sur les autres utilisateurs de la ressource. C’est là que se trouve le cœur du débat. Après la conservation. Pas avant. [6] L’arrêt Marshall 1, en 1999, a reconnu à certaines Premières Nations, notamment les Mi’kmaq, Wolastoqey/Malécites et Peskotomuhkatiyik, un droit issu des traités de paix et d’amitié de 1760-1761 de pêcher, chasser et cueillir pour assurer une subsistance convenable, souvent appelée moderate livelihood. [7] Mais Marshall 2 est venu préciser quelque chose de très important : ce droit n’est pas sans limite. La Cour suprême du Canada a confirmé que les droits ancestraux et les droits issus de traités peuvent être réglementés, si cette réglementation est justifiée, notamment pour des raisons de conservation. [8] C’est un point majeur. Marshall 2 ne dit pas que les droits disparaissent. Il ne nie pas les droits. Il ne dit pas que ces droits ne sont pas importants. Il dit plutôt qu’un droit peut être encadré quand la conservation l’exige. Et dans le cas du saumon atlantique, c’est exactement la question qu’il faut poser. À partir de quel moment est-ce qu’on arrête de parler seulement de droits, de traditions, de loisirs ou d’habitudes, pour parler d’abord de la survie du saumon? Le même principe se retrouve dans l’arrêt Sparrow. Cette décision est fondamentale parce qu’elle reconnaît les droits ancestraux, mais confirme aussi que l’État peut réglementer la pêche lorsqu’il y a une justification, et que la conservation est au cœur de cette analyse. [9] Donc, la logique est simple : avant de partager le saumon, il faut d’abord s’assurer qu’il reste assez de saumons pour que l’espèce continue. C’est là que la vraie question arrive : où se situe le saumon dans tout ça? Est-ce que le saumon est seulement une ressource à partager? Est-ce qu’il est seulement un droit à exercer? Est-ce qu’il est seulement un loisir? Est-ce qu’il est seulement une tradition? Ou est-ce qu’il est d’abord une espèce vivante qui doit survivre? Parce que sans saumon, il n’y a plus rien à partager. Sans saumon, il n’y a plus de pêche de subsistance. Sans saumon, il n’y a plus de pêche récréative. Sans saumon, il n’y a plus de tradition vivante. Sans saumon, il ne reste que des souvenirs et des droits théoriques sur une ressource disparue. Il n’existe pas de clause magique qui garantit la survie du saumon. Aucun jugement, aucune loi, aucun traité ne peut garantir biologiquement qu’une espèce va survivre si les montaisons s’effondrent, si l’eau se réchauffe, si les habitats se dégradent et si les prélèvements dépassent ce que la rivière peut supporter. Ce qui existe, par contre, c’est un principe de base : la conservation doit passer avant l’allocation. Avant de décider qui peut prendre du saumon, il faut d’abord décider combien de saumons doivent rester dans la rivière pour frayer. Avant de parler de partage, il faut parler de survie. Avant de parler de droits, il faut parler de seuils de conservation. C’est pour cette raison que la conservation ne peut pas être sélective. On ne peut pas demander à la pêche récréative de réduire ses captures, d’accepter la remise à l’eau obligatoire, de fermer des secteurs, de respecter des protocoles d’eau chaude et de subir toute la pression sociale, tout en refusant de regarder les autres prélèvements avec le même sérieux. Mais on ne peut pas non plus faire comme si les droits ancestraux étaient un simple loisir. Ce n’est pas le cas. Le problème, c’est quand on refuse d’avoir la vraie discussion. Parler des prélèvements FSC ou ARS, ce n’est pas être contre les Autochtones. Parler de la pêche récréative, ce n’est pas être contre les pêcheurs sportifs. Parler du Groenland, ce n’est pas chercher un bouc émissaire. Parler de tous les prélèvements, c’est simplement accepter que le saumon, lui, ne fait pas de politique. Le saumon ne sait pas si la mortalité vient d’une pêche de subsistance, d’une pêche récréative, d’une pêche au Groenland, d’une capture accidentelle ou d’une mauvaise gestion. Mort, il ne fraie pas. Le rythme actuel est infernal. On ferme des rivières. On réduit des quotas. On attend les bilans. On commente les mauvaises montaisons. On espère que l’océan fera mieux l’an prochain. On parle de prudence, de consultation, de juridiction et de complexité. Pendant ce temps, le saumon continue de baisser. Si on n’arrête pas ce rythme, certaines rivières vont devenir des rivières à saumon seulement de nom. Les faibles montaisons vont devenir la nouvelle normale. Les fermetures temporaires vont devenir permanentes. Les jeunes pêcheurs ne connaîtront jamais ce que les générations précédentes ont connu. Les communautés vont perdre une partie de leur identité. Et les droits eux-mêmes deviendront de plus en plus difficiles à exercer, non pas parce qu’ils auront été niés, mais parce que le saumon ne sera plus là. C’est ça, le vrai danger. Un droit sans ressource devient un symbole vide. C’est pour ça que Marshall 2 devrait nous rappeler une chose simple : reconnaître un droit ne veut pas dire ignorer les limites de la ressource. Encadrer un prélèvement pour protéger une espèce en déclin n’est pas une attaque contre un droit. C’est parfois la seule façon de préserver la possibilité de l’exercer dans l’avenir. Le Canada doit donc avoir le courage de bâtir un cadre clair, juste et transparent. Les données doivent être publiques. Les prélèvements doivent être connus. Les mortalités doivent être comptabilisées. Les seuils de conservation doivent être respectés. Les fermetures doivent s’appliquer quand une rivière ne peut plus supporter de pertes. Et tous les groupes doivent être appelés à faire leur part lorsque l’état du saumon l’exige. Il faut aussi arrêter de gérer le saumon comme si chaque dossier était séparé. Le Groenland, la pêche autochtone, la pêche récréative, les prises accidentelles, les conditions marines, les prédateurs, les refuges thermiques, les habitats et les températures d’eau font tous partie du même problème. Mais les prélèvements directs sont parmi les rares choses qu’on peut contrôler rapidement. On ne contrôle pas l’océan demain matin. On ne refroidit pas une rivière en claquant des doigts. Mais on peut décider combien de saumons on laisse monter, frayer et produire la prochaine génération. La question n’est pas de savoir quel groupe doit porter le blâme. La question est de savoir si nous sommes capables d’agir avant qu’il soit trop tard. Respecter les droits ancestraux et issus de traités, oui. Respecter l’importance de la pêche récréative, oui. Reconnaître la valeur culturelle du saumon pour plusieurs communautés, oui. Mais au-dessus de tout cela, il faut placer une vérité simple : le saumon doit d’abord survivre. Parce qu’une rivière sans saumon devient une mémoire. Parce qu’un droit sans ressource devient un symbole vide. Parce qu’une conservation qui choisit ses angles morts n’est pas une vraie conservation. Parler franchement de pêche de subsistance, de pêche récréative, de Marshall 2 et du déclin du saumon n’est pas diviser. C’est refuser de continuer à gérer la disparition avec des demi-vérités. C’est accepter que le respect des droits et la survie de l’espèce doivent être pensés ensemble. Et c’est peut-être la première étape pour changer les choses avant que le saumon atlantique ne devienne, lui aussi, une histoire qu’on raconte au passé. Sources et références [1] ICES — Working Group on North Atlantic Salmon, WGNAS 2026 Report. Rapport scientifique principal sur l’état des stocks de saumon atlantique dans l’Atlantique Nord. Le résumé indique que les retours de saumons 2SW vierges en Amérique du Nord en 2025 étaient les plus faibles de la série historique de 56 ans. (ICES Library) [2] NASCO — CNL(26)43, Presentation of ICES Advice on North Atlantic Salmon Stocks to Council, 2026. Présentation utilisée pour les données 2025 de captures retenues en Amérique du Nord, notamment Canada 81,1 t et Saint-Pierre-et-Miquelon 1,5 t. (Nasco) [3] ICES — Atlantic salmon in the West Greenland Commission Area, 2026. Source utilisée pour la capture déclarée du Groenland en 2025 : 28,9 t à l’ouest du Groenland et 1,0 t à l’est, pour un total déclaré de 29,9 t. (ICES Library) [4] Gouvernement du Québec / MELCCFP — Plan de gestion du saumon atlantique et Bilan de l’exploitation du saumon au Québec, saison 2025. Source officielle utilisée pour les données québécoises 2025 : captures sportives conservées, remises à l’eau, jours-pêche, récolte ARS/FSC, prises totales et historique annuel. La page du gouvernement du Québec renvoie au bilan 2025 et indique que la pêche au saumon est encadrée selon les réalités propres à chaque rivière et selon la situation du saumon dans le nord de l’Atlantique. (Gouvernement du Québec) [5] MPO — Food, social and ceremonial fisheries. Le MPO indique que le droit de pêcher à des fins alimentaires, sociales et rituelles est protégé par l’article 35 de la Constitution, qu’il s’agit d’un droit collectif et que la pêche FSC ne donne pas l’occasion de vendre les prises. (Pêches et Océans Canada) [6] MPO — Indigenous Fisheries in Quebec. Le MPO précise que les poissons capturés pour des fins alimentaires, sociales et rituelles ne peuvent pas être vendus, troqués ou échangés, et que ce droit prend priorité, après la conservation, sur les autres utilisateurs de la ressource. (Pêches et Océans Canada) [7] Cour suprême du Canada — R. c. Marshall, 1999. Décision reconnaissant le droit issu des traités de paix et d’amitié de pêcher, chasser et cueillir pour obtenir les nécessités d’une subsistance convenable. (SCC Decisions) [8] Cour suprême du Canada — R. c. Marshall 2, 1999. Décision clarifiant que les droits autochtones et issus de traités peuvent être soumis à une réglementation justifiée, notamment pour la conservation. (SCC Decisions) [9] Cour suprême du Canada — R. c. Sparrow, 1990. Décision fondamentale sur les droits ancestraux protégés par l’article 35 et sur le cadre de justification, incluant la place centrale de la conservation dans l’analyse. (SCC Decisions) Note méthodologique. Les cumuls et ratios utilisés dans cet éditorial ont été calculés à partir de données officielles provenant d’ICES/WGNAS, de la NASCO, du MPO et du Gouvernement du Québec. Les tableaux de travail servent seulement à regrouper, harmoniser et comparer les données. Les sources originales demeurent les rapports et documents officiels cités ci-dessus. Note de prudence. Ce texte est un éditorial de conservation et d’analyse citoyenne. Il ne constitue pas un avis juridique. Toute publication officielle touchant directement les droits ancestraux, les droits issus de traités ou l’application de Marshall 2 devrait être relue par une personne compétente en droit autochtone et en droit des pêches.
- La force tranquille derrière la protection de nos rivières
Il y a des personnes qui passent dans la vie d’une rivière sans faire de bruit, mais qui laissent derrière elles une trace immense. Pour moi, Sonie Poulin fait partie de ces personnes-là. Sonie est une femme extraordinaire. Une femme de cœur, de conviction, de terrain, mais surtout une femme d’action. Depuis des années, elle consacre une grande partie de sa vie à la protection du saumon atlantique, à la conservation de nos rivières et à l’avenir du territoire de la Côte-Nord. Directrice générale de la rivière aux Rochers, elle porte cette mission avec rigueur, respect et une connaissance profonde de sa rivière. Sonie ne travaille pas seulement avec des idées ou des principes. Elle connaît les chiffres. Elle connaît les montaisons. Elle connaît les enjeux biologiques, les enjeux de conservation, mais aussi les enjeux économiques qui entourent une rivière à saumon. Elle sait qu’une rivière, ce n’est pas seulement de l’eau qui coule. C’est une communauté, une histoire, une économie locale, une culture, un patrimoine naturel et une responsabilité collective. Le saumon, chez Sonie, ce n’est pas seulement un dossier ou un travail. C’est une histoire de famille. Elle vient d’une vraie lignée de saumoniers, autant du côté des Beaudin que du côté des Poulin. Elle a grandi avec cette culture, avec ce respect de la rivière et avec cette responsabilité envers le saumon et les générations futures. Sonie a été une personne clé dans plusieurs décisions importantes pour la conservation de la rivière aux Rochers. C’est elle qui a piloté le dossier de la remise à l’eau obligatoire des grands saumons. C’est aussi elle qui a travaillé à l’abolition du quota de récolte sur la rivière, dans une vision claire : protéger les grands reproducteurs, protéger la ressource et donner une vraie chance au saumon de revenir. Elle a aussi joué un rôle important dans l’abolition de la récolte des madelaineaux. En 2023, Sonie a sonné l’alarme devant la baisse inquiétante des madelaineaux. Là où certains auraient attendu encore, elle a regardé les chiffres, elle a compris le signal que la rivière envoyait et elle a agi. C’est ça, être proactive. C’est ne pas attendre que le déclin soit irréversible avant de poser les bons gestes. Son parcours ne se limite pas à la rivière aux Rochers. Sonie a aussi été une personne importante dans la grande bataille de la rivière Pentecôte, ce combat contre les projets de mini-centrales hydroélectriques. Ce fut une bataille difficile, menée contre des intérêts puissants, contre la ville de Port-Cartier, contre le gouvernement libéral de l’époque et contre la compagnie Hydro. Mais des gens se sont levés. Sonie en faisait partie. Avec son courage, sa détermination et son amour profond pour les rivières, elle a contribué à protéger la rivière Pentecôte de l’emprise d’un projet de barrage qui aurait pu changer son avenir pour toujours. Un barrage sur une rivière à saumon, ce n’est jamais banal. Ça transforme un cours d’eau, ça modifie son rythme naturel, ça fragilise les habitats et ça peut briser l’équilibre d’une rivière pour des générations. Quand on regarde aujourd’hui ce que les barrages ont fait à plusieurs rivières, on comprend encore mieux l’importance de cette bataille. Certaines victoires ne se mesurent pas seulement à ce qu’on obtient, mais à ce qu’on empêche de perdre. La rivière Pentecôte est encore là. Elle coule encore librement. Et ça, ce n’est pas arrivé par hasard. C’est arrivé parce que des gens ont eu le courage de se tenir debout au bon moment. Sonie fait partie de ces gens-là. Elle est fière de son territoire. Fière de la Côte-Nord. Fière de ses rivières à saumon. Elle comprend l’importance de la rivière aux Rochers, mais aussi celle des grandes rivières qui font partie de notre identité : la Moisie, la Saint-Jean, la Godbout, la Trinité, la Pentecôte, la rivière au Bouleau sans oublier la Romainr, et toutes ces rivières qui portent une partie de notre histoire. Ces rivières ne sont pas seulement des endroits où l’on pêche. Ce sont des lieux de mémoire, des lieux de transmission, des lieux qui ont façonné des familles, des communautés et toute une culture du saumon. Sonie comprend tout ça. Elle comprend que protéger une rivière, ce n’est pas seulement protéger des poissons. C’est protéger un territoire, une économie locale, une culture, une fierté régionale et un héritage que nous avons le devoir de remettre debout aux générations qui vont suivre. C’est ça, le cheminement de Sonie Poulin. Savoir quand travailler dans l’ombre. Savoir quand parler. Savoir quand se lever. Savoir quand militer. Savoir quand prendre des décisions difficiles, même quand elles ne plaisent pas à tout le monde. Et surtout, savoir protéger ce qui mérite d’être protégé avant qu’il soit trop tard. Dans un monde où l’on parle souvent de conservation sans toujours passer à l’action, Sonie fait partie de celles qui ont agi. Elle a donné du temps, de l’énergie, du cœur et une grande partie de sa vie pour les rivières, pour le saumon et pour le territoire. Elle a porté des dossiers difficiles. Elle a vu venir des problèmes avant bien du monde. Elle a défendu sa rivière avec intelligence, avec courage et avec amour. Des grandes dames de la conservation, il n’y en a pas beaucoup. Sonie Poulin en est une. Et comme conjoint, comme pêcheur, comme homme qui aime profondément les rivières et le saumon, je peux dire une chose bien simplement : voir une femme porter cette mission avec autant de force, de courage, d’intelligence et d’amour pour la ressource, c’est de toute beauté. Merci Sonie, pour ce que tu as fait, pour ce que tu fais encore, et pour tout ce que ton travail laissera derrière toi. Parce qu’une rivière sauvée, une rivière protégée, une rivière respectée, ça devient un cadeau pour ceux qui viendront après nous.
- Running the Gauntlet
Le parcours du combattant du saumon atlantique Lorsque nous parlons du déclin du saumon atlantique, une question revient constamment : qu'est-ce qui est responsable? Depuis des années, nous cherchons une réponse simple à un problème qui, lui, est tout sauf simple. Une année, nous parlons du réchauffement climatique. L'année suivante, du bar rayé. Puis viennent les phoques, l'aquaculture, les maladies, le manque de nourriture, les captures accidentelles ou encore les épisodes de chaleur dans les rivières. Chaque nouvelle étude ajoute une pièce au casse-tête. Pourtant, j'ai parfois l'impression que nous regardons chacune de ces pièces séparément, sans jamais prendre le temps de regarder l'image complète. C'est cette réflexion qui m'a amené à développer une hypothèse que j'appelle Running the Gauntlet. Je ne prétends pas avoir trouvé la réponse au déclin du saumon. Ce que je propose est simplement une autre façon d'observer son parcours. Une hypothèse qui, selon moi, mérite d'être étudiée. Lorsque le saumoneau quitte sa rivière au printemps, il ne commence pas seulement une migration. Il entreprend probablement le voyage le plus dangereux de toute sa vie. Son instinct le pousse vers le large, en direction des aires d'alimentation du Groenland, où il passera un ou deux hivers avant de revenir frayer dans sa rivière natale. Entre ces deux destinations se trouvent des milliers de kilomètres... et une succession presque ininterrompue de dangers. En observant les dates de dévalaison des saumoneaux sur plusieurs rivières du Québec, un détail a retenu mon attention. Au Saguenay, les jeunes saumons quittent généralement leur rivière entre la fin mai et le début juin. Sur la rivière de la Trinité, cette migration survient environ une semaine plus tard. Plus on se déplace vers l'est, vers la Haute-Côte-Nord, la Minganie et la Basse-Côte-Nord, plus la dévalaison est tardive, parfois jusqu'au début de juillet. Cette progression est logique : les eaux froides retardent le développement des saumoneaux. Mais en regardant cette carte, une autre observation m'est venue. Pendant que les saumoneaux progressent graduellement vers l'est, le bar rayé semble lui aussi remonter progressivement le Saint-Laurent et la Côte-Nord. Aujourd'hui, il est bien établi dans le fjord du Saguenay et sa présence est de plus en plus fréquente aux embouchures de nombreuses rivières nord-côtières. Je tiens à être extrêmement prudent : je n'affirme pas que le bar rayé suit les saumoneaux. Je n'ai aucune preuve scientifique permettant de soutenir une telle affirmation. Mais lorsque deux phénomènes semblent évoluer dans le même corridor et à des périodes qui se chevauchent, il me semble légitime de se demander si cette synchronisation pourrait avoir un impact sur la survie des jeunes saumons. C'est ici que, selon moi, la discussion devient intéressante. Le véritable sujet n'est pas le bar rayé. Le véritable sujet est l'accumulation des pressions. Le saumoneau ne rencontre jamais un seul obstacle. Il doit traverser des estuaires où se concentrent plusieurs prédateurs. Il doit éviter les phoques, les oiseaux piscivores, les gros poissons et, possiblement, des concentrations importantes de bars rayés. Il doit également trouver suffisamment de nourriture pour poursuivre sa migration. Les lançons, les capelans, harengs, les amphipodes et les autres petites proies dont il dépend sont eux aussi recherchés par de nombreuses espèces. Le saumoneau ne lutte donc pas seulement pour éviter d'être mangé. Il lutte aussi pour réussir à manger. Puis vient l'océan. Là encore, les défis se multiplient : compétition alimentaire, changements climatiques, parasites, maladies, modifications de la répartition des proies et, sur certaines routes migratoires, les secteurs d'aquaculture marine. Après un ou deux hivers, lorsqu'il entreprend enfin le voyage du retour, le parcours recommence. Les phoques sont toujours là. Les épisodes de chaleur frappent certaines rivières. Les faibles débits compliquent la migration. Les obstacles naturels et artificiels s'ajoutent au stress déjà accumulé. Et c'est peut-être là que se trouve le cœur de mon hypothèse. Nous étudions les phoques. Nous étudions le bar rayé. Nous étudions les changements climatiques. Nous étudions l'aquaculture. Nous étudions les maladies. Mais combien d'études regardent réellement l'effet cumulatif de toutes ces pressions sur un même saumon, tout au long de son parcours? À mes yeux, c'est exactement cela, Running the Gauntlet. Le saumon n'affronte pas une seule menace. Il doit survivre à une succession d'épreuves qui commencent dès qu'il quitte sa rivière et qui ne prennent fin que lorsqu'il revient y frayer. Peut-être que je me trompe. Peut-être que cette hypothèse sera un jour complètement réfutée. Et si c'est le cas, tant mieux. C'est précisément le rôle de la science. Mais je crois sincèrement que cette question mérite d'être posée. Parce qu'à force de chercher le responsable, nous risquons peut-être de passer à côté du véritable problème : ce n'est pas une seule menace qui fait disparaître le saumon. C'est peut-être l'accumulation de toutes les autres.
- Projet pilote sans fin : la protection à rabais devient la règle
On officialise un minimum et on s'en contente. Pendant que les rivières chauffent, la protection reste limitée. L'annonce du ministère concernant la fermeture temporaire de certaines rivières lorsque la température de l'eau dépasse 22 °C le matin est, à mon avis, une bonne nouvelle. Pourquoi? Parce qu'elle reconnaît enfin officiellement une réalité que plusieurs pêcheurs, biologistes et gestionnaires observent depuis des années : lorsqu'une rivière atteint certaines températures, le saumon entre dans une zone de stress physiologique importante où sa capacité de récupération diminue considérablement. Le ministère reconnaît lui-même que la remise à l'eau peut alors devenir problématique et que la survie des saumons peut être compromise. C'est un constat important, car il confirme ce que plusieurs disent depuis longtemps : à certaines températures, même une pêche pratiquée avec les meilleures intentions peut avoir des conséquences importantes sur la ressource. Je suis entièrement d'accord avec cette mesure. Mais cette annonce soulève plusieurs questions importantes. Pourquoi seulement quatre rivières? Pourquoi la Malbaie, la rivière à Mars, la Petit-Saguenay et la Saint-Jean du Saguenay bénéficient-elles d'un protocole de fermeture alors que plusieurs rivières de la Côte-Nord vivent exactement les mêmes réalités? Je pense à la Sainte-Marguerite. Je pense à la Godbout. Je pense à la Pentecôte. Je pense à la rivière aux Rochers. Je pense aux Escoumins. Je pense à la Laval. Je pense à la Saint-Jean Côte-Nord. Je pense à la Mingan. Je pense à la Moisie. Je pense également aux rivières d'Anticosti et à plusieurs rivières gaspésiennes qui subissent elles aussi des épisodes de chaleur importants. Mais je pense surtout à la Trinité. Pourquoi? Parce que la Trinité n'est pas une rivière comme les autres. La Trinité est une rivière témoin. Depuis des décennies, le ministère y recueille des données essentielles sur le saumon atlantique. Les employés du ministère sont présents sur place tout au long de la saison. Ils comptent les saumons, suivent les montaisons, analysent les retours, mesurent les températures de l'eau et disposent probablement de l'une des meilleures banques de données sur le saumon au Québec. Lorsque des journées de 25 °C, 27 °C ou même 29 °C sont observées et que les nuits demeurent anormalement chaudes, le ministère le sait. Il ne l'apprend pas après coup. Il le constate en temps réel. C'est précisément ce qui rend la situation difficile à comprendre. Si une rivière témoin comme la Trinité, où l'on dispose des données les plus complètes et où les biologistes sont présents sur le terrain pendant toute la saison, ne déclenche pas automatiquement une réflexion sur l'application d'un protocole thermique, alors quelles conditions faut-il atteindre avant d'agir? À mes yeux, la Trinité devrait être l'une des premières rivières utilisées pour guider les décisions de gestion lors des épisodes de chaleur extrême, et non l'une des grandes absentes du protocole actuel. Et si une rivière témoin n'est pas utilisée pour déclencher des mesures de protection lorsque les conditions deviennent critiques, alors il devient légitime de se demander à quoi servent exactement toutes les données recueillies depuis des décennies. Le saumon de la Côte-Nord n'est pourtant pas différent de celui du Saguenay. À 22 °C, un saumon demeure un saumon. La physiologie ne change pas selon les frontières administratives. Si le ministère reconnaît que le stress thermique justifie une fermeture sur certaines rivières, pourquoi ce même principe n'est-il pas appliqué partout où les mêmes conditions existent? La question mérite d'être posée. Mais à mes yeux, le débat ne devrait pas s'arrêter à la pêche sportive. Si le ministère reconnaît qu'un saumon est suffisamment stressé pour qu'une remise à l'eau puisse devenir mortelle, alors il faut aussi reconnaître que toute perturbation inutile devient problématique. Pendant les périodes de canicule, les saumons se regroupent souvent dans quelques refuges thermiques où l'eau demeure plus fraîche. Ces refuges deviennent alors des zones vitales de survie. Chaque déplacement forcé. Chaque fuite. Chaque dérangement. Chaque dépense d'énergie supplémentaire. Tout cela augmente le stress subi par le poisson. Le problème n'est donc pas uniquement la pêche sportives. Le problème est le stress supplémentaire imposé à un animal déjà au bout de ses capacités physiologiques. À certaines périodes critiques, le meilleur saumon à remettre à l'eau est probablement celui que personne n'a dérangé. Voilà pourquoi la réflexion devrait aller plus loin que la seule pêche sportive. Lorsqu'une rivière atteint des températures critiques, toutes les activités susceptibles de déranger les saumons dans les refuges thermiques devraient être réévaluées. Si l'objectif est réellement la conservation, il faut réduire au minimum toute perturbation lorsque les poissons sont les plus vulnérables. Et cela nous amène à un autre sujet dont on parle beaucoup trop peu: le couvert forestier. On ne peut pas discuter de stress thermique sans parler des arbres. Les arbres qui bordent les rivières jouent un rôle essentiel dans la survie du saumon. Ils procurent de l'ombre. Ils limitent le réchauffement de l'eau. Ils contribuent au maintien des refuges thermiques. Ils stabilisent les berges. Ils participent à la santé globale de l'écosystème. Pourtant, au fil des années, certaines interventions ont parfois privilégié l'accès à la pêche au détriment de la végétation riveraine. Je ne dis pas que tout débroussaillage est mauvais. Certaines interventions sont nécessaires. Mais dans un contexte où les changements climatiques augmentent déjà la température de l'eau, chaque arbre mature qui protège une fosse a probablement plus de valeur aujourd'hui qu'il y a trente ans. Partout en Amérique du Nord, les spécialistes parlent maintenant de restauration des bandes riveraines, de protection du couvert forestier et de création de corridors d'ombre comme mesures d'adaptation aux changements climatiques. Pourquoi? Parce qu'une rivière qui demeure froide a moins besoin de fermetures. Une rivière qui conserve ses refuges thermiques protège naturellement ses saumons. Une rivière qui conserve son couvert forestier est mieux préparée pour affronter les canicules de demain. L'annonce du ministère représente donc un pas dans la bonne direction. Mais elle ressemble davantage à un traitement des symptômes qu'à une véritable stratégie globale. Fermer temporairement une rivière lorsque l'eau atteint un seuil critique est une bonne mesure. Protéger les habitats qui permettent à cette rivière de rester froide est tout aussi important. À mes yeux, trois priorités devraient guider les prochaines années. Premièrement, étendre les protocoles thermiques à toutes les rivières où les conditions le justifient. Deuxièmement, protéger agressivement les refuges thermiques et le couvert forestier riverain. Troisièmement, réduire au minimum toute perturbation des saumons lorsque ceux-ci vivent déjà une situation de stress thermique critique. Le gouvernement reconnaît maintenant que le stress thermique peut rendre la pêche incompatible avec la conservation du saumon. Il possède les données. Il possède les outils réglementaires. Il possède les moyens d'intervenir. Alors pourquoi ne pas appliquer cette logique partout où les saumons vivent les mêmes conditions? Parce qu'à la fin, le saumon ne se préoccupe pas des frontières administratives. Il ne se préoccupe pas des intérêts économiques. Il ne se préoccupe pas des débats entre pêcheurs, gestionnaires ou organismes. Il tente simplement de survivre. Et si nous voulons réellement écouter le saumon, il faut commencer par lui donner la paix lorsqu'il est le plus vulnérable. Car la véritable victime de cette crise n'est ni le pêcheur, ni la ZEC, ni les organismes de gestion, ni même la FQSA, dont le mandat est notamment de porter des recommandations auprès du ministère. La véritable victime, c'est le saumon lui-même, celui qui continue de payer le prix de l'inaction. La véritable victime, c'est le saumon lui-même. Et c'est lui que nous prétendons vouloir sauver.
- La Rivière aux Rochers : un véritable joyau de la Côte-Nord
Nichée au cœur d'un territoire sauvage et alimentée par les eaux cristallines du majestueux Lac Walker, le plus profond lac du Québec, la Rivière aux Rochers est sans contredit l'un des trésors les mieux gardés de la Côte-Nord. Réputée pour la qualité de son habitat à saumon et la beauté de ses paysages, la rivière se distingue également par une gestion exemplaire de sa ressource. Depuis de nombreuses années, les gestionnaires font figure de pionniers en matière de conservation. La remise à l'eau intégrale des saumons, l'adaptation constante des pratiques face aux enjeux des températures élevées et une gestion rigoureuse du piège de montaison afin de minimiser le stress sur les poissons témoignent d'une volonté claire : protéger le saumon atlantique tout en offrant une expérience de pêche exceptionnelle. Présentement, les niveaux d'eau sont élevés, mais tout indique que les conditions seront très prometteuses dès que la rivière retrouvera son niveau estival. Avec une température de l'eau d'environ 11 °C, les conditions sont actuellement excellentes pour le saumon. L'un des aspects les plus appréciés des pêcheurs demeure sans doute la formule unique des fosses. Chaque fosse peut accueillir jusqu'à quatre perches, mais un seul pêcheur est en action à la fois. Cette approche favorise une expérience conviviale où les amis et les membres d'une même famille peuvent partager leur journée ensemble, échanger, observer les saumons et profiter pleinement de chaque instant passé sur la rivière. Et le meilleur est à venir. Le prime time approche à grands pas. Les prochaines semaines représentent traditionnellement l'une des plus belles périodes de la saison, alors que les conditions deviennent souvent idéales et que les saumons continuent d'entrer dans la rivière. Que vous soyez un habitué ou que vous souhaitiez découvrir cette rivière exceptionnelle pour la première fois, c'est le moment de vous informer. Pour connaître les disponibilités, obtenir plus de renseignements ou même participer au populaire tirage 48 heures, communiquez avec l'équipe de la Rivière aux Rochers au 418-766-2777. La Rivière aux Rochers : une rivière où la qualité de pêche, la conservation du saumon et le plaisir de partager de bons moments entre amis vont de pair.
- Le saumon revient de la mer. À nous de lui donner une chance.
Quand la survie du saumon dépend encore de nous La première semaine de pêche au saumon de la saison 2026 est maintenant derrière nous. Pourtant, encore une fois, les réseaux sociaux se remplissent de photos de saumons sortis complètement de l'eau pour quelques secondes de gloire. Ce qui est encore plus inquiétant, c'est que plusieurs des mesures les plus importantes pour réduire les impacts sur la survie des saumons lors de leur montaison demeurent encore aujourd'hui floues, incomplètes ou simplement non officielles à l'échelle du Québec. Pourtant, dans un contexte où les retours de smolts sont historiquement faibles et où les causes exactes de la mortalité en mer continuent d'être étudiées, chaque géniteur qui atteint la rivière représente une ressource précieuse. Nous savons que les principaux facteurs responsables du déclin du saumon atlantique se trouvent probablement en mer. Cependant, tant que ces causes ne seront pas pleinement comprises et corrigées, la logique voudrait que tout soit mis en œuvre pour maximiser les chances de survie des saumons qui réussissent à revenir frayer dans nos rivières. Chaque géniteur perdu aujourd'hui est un poisson qui ne participera pas à la reproduction de demain. Pendant ce temps, les messages clairs sur les bonnes pratiques tardent à venir. La seule annonce marquante de la Fédération jusqu'à maintenant concerne l'écrasement des ardillons. Oui, vous avez bien lu. La mesure qui a probablement le moins d'impact sur la survie des saumons lorsqu'on la compare à la durée des combats, à la manipulation hors de l'eau, aux protocoles de chaleur ou à l'utilisation d'équipements adaptés est devenue la première grande campagne de sensibilisation de la saison. De son côté, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a eu l'audace d'imposer la remise à l'eau obligatoire de tous les saumons atlantiques au Québec. Pourtant, certaines exceptions demeurent sur quelques rivières, comme si on craignait encore de traiter toutes les rivières sur un pied d'égalité. Encore une fois, cela démontre que, pour plusieurs intervenants, la protection d'une culture, d'une tradition ou d'un folklore semble passer avant la protection du saumon lui-même. Pourtant, sans saumon, il n'y aura plus de culture du saumon, plus de tradition et plus de folklore. Il ne restera que des souvenirs. Si les principaux problèmes se trouvent en mer, les solutions à long terme devront également venir de la mer. Mais tant que nous n'aurons pas identifié et corrigé ces causes, la moindre des choses est de protéger au maximum les saumons qui réussissent encore à revenir dans nos rivières. Chaque géniteur perdu aujourd'hui réduit les chances de rétablissement de demain. Les mesures qui devraient être priorisées Si l'objectif est réellement de protéger la ressource, voici les mesures qui devraient être priorisées, particulièrement sur les rivières qui n'atteignent pas leur seuil de déposition d'œufs, mais également sur celles qui l'atteignent de justesse. Lorsqu'une rivière ne produit déjà pas suffisamment d'œufs pour assurer le renouvellement optimal de sa population, la prudence devrait toujours l'emporter. 1. Suspension complète des prélèvements de saumons, y compris des pêches de subsistance Chaque saumon qui survit a la possibilité de participer à la reproduction. Lorsque les montaisons sont faibles, quelques dizaines de géniteurs supplémentaires peuvent faire une différence importante pour la génération suivante. Lorsque plusieurs rivières n'atteignent plus leur seuil de déposition d'œufs ou l'atteignent de justesse, aucun prélèvement ne devrait être considéré comme négligeable. La protection de la ressource doit passer avant tous les types de récolte, qu'ils soient sportifs, commerciaux ou de subsistance. Une population en déclin ne fait aucune distinction entre les différents types de prélèvements. Chaque saumon qui échappe à la récolte conserve son potentiel reproducteur et augmente les chances de rétablissement de la rivière. 2. Protection intégrale des géniteurs et des saumons de dévalaison Les grands saumons transportent souvent la majorité des œufs d'une rivière et les saumons de dévalaison sont des survivants exceptionnels qui peuvent revenir frayer une deuxième, voire une troisième fois. Contrairement à un smolt qui quitte la rivière et dont le retour n'est jamais garanti, un saumon de dévalaison est déjà un survivant confirmé de la mortalité en mer. Chaque saumon de dévalaison protégé représente une possibilité réelle d'ajouter un géniteur supplémentaire lors d'une future montaison. Alors que le recrutement de nouveaux reproducteurs dépend d'un retour de smolts de plus en plus incertain, la protection des saumons de dévalaison constitue l'une des rares mesures capables d'offrir un gain relativement rapide pour la population. 3. Fermeture de la pêche lors des épisodes de chaleur et d'étiage sévère Lorsque l'eau atteint des températures critiques ou que les débits deviennent extrêmement faibles, le saumon lutte déjà pour sa survie. En période de chaleur extrême, les saumons se regroupent dans des refuges thermiques, des secteurs d'eau plus froide qui leur permettent de traverser des conditions autrement mortelles. Toute perturbation devient alors problématique. La pêche, mais également la baignade, le canot, le kayak, le paddleboard, les traversées répétées de rivière ou même une présence importante sur les berges à proximité de ces refuges peuvent provoquer du stress et faire fuir les saumons. Or, lorsqu'un saumon est forcé de quitter un refuge thermique, même temporairement, il est souvent contraint de retourner dans une eau beaucoup plus chaude. Dans les situations les plus critiques, ce simple dérangement peut devenir un facteur de mortalité. Au-delà de 20 °C, le saumon subit déjà un stress physiologique important. Sa capacité à récupérer après un combat diminue rapidement et les risques de mortalité post remise à l'eau augmentent considérablement. Chaque pêcheur devrait avoir un thermomètre avec lui, au même titre qu'une pince ou une épuisette sans nœuds. Lorsque l'eau approche ou dépasse les seuils critiques, la meilleure décision pour le saumon est parfois de laisser la canne dans le véhicule. 4. Réduction maximale du temps de combat Même dans des conditions favorables, un combat prolongé provoque un épuisement extrême, une accumulation d'acide lactique et augmente considérablement le temps de récupération du poisson. Utiliser un équipement adapté, éviter les combats inutiles et mettre rapidement le poisson sous contrôle sont des gestes simples qui augmentent ses chances de survie. 5. Interdiction de sortir les saumons de l'eau Le saumon continue de respirer dans l'eau. Chaque seconde passée hors de l'eau augmente son niveau de stress, compromet sa récupération et accroît les risques de mortalité post-remise à l'eau. 6. Limitation de la manipulation et utilisation d'épuisettes sans nœuds Moins on touche au poisson, moins on endommage son mucus protecteur, ses nageoires, ses yeux et ses écailles. L'utilisation d'une épuisette sans nœuds permet de réduire considérablement les blessures causées lors de la capture et de la remise à l'eau. À l'inverse, les épuisettes munies de nœuds peuvent abraser la peau du saumon, arracher une partie de son mucus protecteur et provoquer des lésions parfois importantes. Ces blessures peuvent sembler mineures à première vue, mais elles agissent comme de véritables portes d'entrée pour les bactéries, les champignons et diverses maladies. Une abrasion causée par une épuisette à nœuds peut être comparée à une plaie ouverte qui augmente la vulnérabilité du poisson dans les jours ou les semaines suivant sa remise à l'eau. 7. Réduction du nombre de jours de pêche Cette mesure devrait être particulièrement envisagée sur les rivières qui n'atteignent pas leur seuil de déposition d'œufs ou qui peinent à l'atteindre année après année. Réduire le nombre de jours de pêche ne règle pas le problème à lui seul, mais permet de diminuer la pression exercée sur une population déjà fragilisée. 8. Utilisation obligatoire d'hameçons simples Les hameçons simples causent généralement moins de blessures, sont plus faciles à retirer et réduisent les risques de dommages aux branchies, aux yeux et aux organes vitaux. 9. Écrasement obligatoire des ardillons Cette mesure facilite le décrochage et réduit certaines blessures. Elle est bénéfique et devrait être appliquée partout. Toutefois, son impact sur la survie des saumons demeure beaucoup plus limité que celui des mesures précédentes. Une responsabilité qui nous appartient Personne ne prétend que ces mesures régleront à elles seules les nombreux problèmes que rencontre le saumon en mer. Les changements climatiques, la diminution de la biomasse, les captures accidentelles, la prédation et plusieurs autres facteurs continuent d'exercer une pression importante sur l'espèce. Cependant, lorsque les taux de retour des smolts tombent sous la barre des 0,2 %, que plusieurs rivières peinent à atteindre leur seuil de déposition d'œufs et que certaines comptent moins de 50 ou 100 géniteurs, chaque saumon qui survit devient d'une importance capitale. L'urgence n'est plus de débattre à savoir si la situation est préoccupante. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'urgence est d'agir pendant qu'il reste encore suffisamment de géniteurs pour assurer la reproduction naturelle de nos rivières. Malheureusement, malgré l'ampleur de la crise, plusieurs des mesures les plus importantes demeurent volontaires, incomplètes ou inexistantes sur une grande partie des rivières du Québec. Dans ce contexte, la première ligne de défense du saumon n'est ni une fédération, ni une association, ni même un ministère. C'est le pêcheur qui se trouve au bord de la rivière. Chaque fois qu'un pêcheur décide de ranger sa canne parce que l'eau est trop chaude, de garder un saumon dans l'eau pour la photo, de raccourcir un combat, d'éviter un refuge thermique ou simplement de renoncer à pêcher lorsque les conditions deviennent critiques, il pose un geste concret pour la survie de l'espèce. Nous ne pouvons pas contrôler ce qui se passe dans l'Atlantique Nord, le détroit de Belle Isle ou le golfe Saint-Laurent. Nous ne pouvons pas contrôler la température de l'océan, les changements dans la biomasse dont dépend le saumon, les captures accidentelles en mer, la prédation ou les nombreuses autres menaces qu'il rencontre durant son séjour océanique. Nous pouvons toutefois contrôler ce qui se passe chez nous, sur nos rivières. Nous pouvons choisir de ne pas pêcher lorsque l'eau dépasse 20 °C. Nous pouvons garder les saumons dans l'eau lors des photos. Nous pouvons utiliser un puise sans nœuds, écraser nos ardillons, raccourcir nos combats et éviter de déranger les refuges thermiques. Nous pouvons également adapter la pression de pêche sur les rivières les plus fragiles et protéger davantage les géniteurs qui réussissent encore à revenir. Aucune de ces mesures, prise individuellement, ne sauvera le saumon atlantique. Mais ensemble, elles peuvent faire une différence réelle pour les poissons qui ont déjà survécu à toutes les épreuves de la mer et qui ont réussi à revenir jusqu'à nos rivières. Lorsque les retours sont aussi faibles qu'aujourd'hui, Chaque géniteur compte. Chaque femelle qui atteint sa frayère compte. Chaque saumon de dévalaison qui survit compte. Chaque poisson qui échappe à un stress inutile compte. Nous avons très peu de contrôle sur ce qui se passe à des milliers de kilomètres de nos rivières. En revanche, nous avons un contrôle presque total sur la façon dont nous traitons les saumons qui se trouvent devant nous. Et dans le contexte actuel, cette responsabilité n'a jamais été aussi importante. Aujourd'hui, plus que jamais, être pêcheur de saumon ne devrait pas seulement être un privilège. Cela devrait être une responsabilité. Car sans saumon, il n'y aura plus rien à gérer, plus rien à protéger et plus rien à transmettre aux générations futures. Deux exemples frappants provenant des régions les plus affectées par la baisse du saumon atlantique sont la rivière Sainte-Marguerite au Saguenay et la rivière Trinité sur la Côte-Nord. Malgré leur statut de rivières de référence pour le suivi des populations, elles affichent aujourd'hui des montaisons historiquement faibles. Tableau 1 Rivière Trinité Côte Nord (Rivière Témoins) Tableau 2 Rivière Sainte- Marguerite Principal (Saguenay) Merci de partager cet article de blogue et son lien afin d'aider à faire circuler l'information. Deep In Backing (blog) | Shed à Plumes - Feather Shed
- Choisir une cape de coq grizzly parfaite pour le montage de mouches
Coq-Rooster | Shed à Plumes - Feather Shed Le choix d’une cape de coq grizzly est une étape essentielle pour tout monteur de mouches, qu’il soit débutant ou expérimenté. La qualité de la plume influence directement la réussite de vos montages et la performance de vos mouches à la pêche. Dans cet article, je vous guide pour sélectionner la cape de coq grizzly parfaite, en vous donnant des conseils pratiques et des critères précis à considérer. Pourquoi choisir une cape de coq grizzly ? La cape de coq grizzly est très prisée pour le montage des mouches sèches. Elle offre des plumes fines, régulières et résistantes, idéales pour imiter les pattes et les hackles des insectes aquatiques. Le motif grizzly, avec ses barbes alternant clair et foncé, apporte un réalisme et une texture naturelle à vos créations. Voici les avantages principaux d’une bonne cape de coq grizzly : Uniformité des plumes : facilite le montage et garantit une apparence homogène. Résistance : les plumes doivent supporter plusieurs sorties de pêche sans se dégrader. Souplesse : pour un bon mouvement dans l’eau et une meilleure imitation. Taille adaptée : selon le type de mouche que vous souhaitez monter. Ces critères sont indispensables pour choisir une cape qui vous accompagnera longtemps. Vue rapprochée d'une cape de coq grizzly avec des plumes fines et régulières Comment choisir une cape de coq grizzly ? Pour bien choisir une cape de coq grizzly, il faut examiner plusieurs aspects. Je vous détaille les points clés à vérifier avant l’achat. 1. La qualité des plumes Observez la régularité des barbes. Elles doivent être bien alignées, ni trop espacées ni trop serrées. Une bonne cape présente des plumes sans défauts, sans cassures ni trous. La couleur doit être bien contrastée, avec un motif grizzly net. 2. La taille des plumes La taille des plumes dépend du type de mouche que vous montez. Pour les mouches sèches classiques, privilégiez des plumes minces et longues. Pour les modèles plus grands, comme les streamers, optez pour des plumes plus longues et larges. 3. La souplesse et la rigidité Une cape de qualité offre un bon équilibre entre souplesse et rigidité. Les plumes doivent être assez rigides pour tenir la forme du hackle, mais suffisamment souples pour bouger naturellement dans l’eau. 4. La provenance et la sélection Privilégiez la Shed à Plumes qui sélectionnent leurs capes avec soin. Une cape de coq grizzly bien triée garantit une meilleure homogénéité et une qualité constante. 5. Le prix Coq-Rooster | Shed à Plumes - Feather Shed Le prix reflète souvent la qualité. Une cape de coq grizzly haut de gamme coûte plus cher, mais elle vous évite des frustrations lors du montage et améliore la durabilité de vos mouches. Is saddle hackle for grosse dry flies ou Wolly Bugger? Le saddle hackle, ou cape de selle, est une autre source de plumes utilisée pour le montage des mouches sèches. Elle provient de la partie inférieure du dos du coq, juste avant la queue. Ces plumes sont plus longues et plus fines que celles de la cape. Le saddle hackle est particulièrement apprécié pour : Les mouches sèches légères : grâce à ses plumes fines, il permet un montage délicat. Les mouches à hackle palmer : il facilite l’enroulement autour du corps. La polyvalence : il peut aussi servir pour des nymphes ou des streamers. Cependant, la cape de coq grizzly reste la référence pour un hackle dense et robuste. Le saddle hackle complète bien la cape, mais ne la remplace pas totalement. Vue en gros plan d'une cape de selle avec des plumes longues et fines Conseils pratiques pour monter avec une cape de coq grizzly Une fois la cape choisie, il faut savoir l’utiliser correctement. Voici quelques conseils pour optimiser vos montages. Préparation des plumes Sélectionnez les plumes les plus régulières et adaptées à la taille de votre mouche. Éliminez les barbes abîmées ou trop courtes. Humidifiez légèrement les plumes pour faciliter leur manipulation. Montage du hackle Fixez la plume par la base sur le corps de la mouche. Enroulez le hackle en spirale régulière, en veillant à ne pas trop serrer. Utilisez une pince à hackle pour un meilleur contrôle. Terminez par un nœud solide pour éviter que le hackle ne se défasse. Entretien des plumes Après chaque sortie, rincez vos mouches à l’eau claire. Stockez-les à l’abri de l’humidité et de la lumière directe. Ces gestes simples prolongent la vie de vos montages et améliorent leur performance. Améliorer ses montages grâce à une cape de coq grizzly parfaite Le choix d’une cape de coq grizzly de qualité transforme votre expérience de montage. Vous gagnez en précision, en esthétique et en durabilité. Une bonne cape facilite le travail, réduit les pertes de plumes et donne un rendu naturel à vos mouches. En investissant dans une cape soigneusement sélectionnée, vous améliorez vos chances de succès à la pêche. Le réalisme et la robustesse de vos mouches séduiront les poissons les plus méfiants. N’hésitez pas à tester différentes capes pour trouver celle qui correspond le mieux à votre style et à vos besoins. Le montage de mouches est un art qui s’affine avec le temps et le matériel adapté. En suivant ces conseils, vous serez en mesure de choisir la cape de coq grizzly parfaite pour vos montages. La qualité des plumes est un facteur clé pour réussir vos mouches sèches et optimiser vos sorties de pêche. Prenez le temps de bien sélectionner votre cape, elle fera toute la différence. Coq-Rooster | Shed à Plumes - Feather Shed
- Les refuges thermiques : la dernière ligne de défense du saumon atlantique
On entend souvent parler des protocoles de chaleur sur les rivières à saumon, mais peu de gens comprennent réellement leur rôle et leur importance dans le contexte actuel. Pourtant, le principe est relativement simple. Lorsque la température de l'eau augmente, la quantité d'oxygène disponible diminue alors que les besoins du saumon augmentent. Le poisson doit donc dépenser davantage d'énergie simplement pour maintenir ses fonctions vitales. Dans ces conditions, chaque effort supplémentaire devient plus difficile à supporter. C'est là qu'intervient la pêche sportive, même lorsqu'elle est pratiquée exclusivement en remise à l'eau. Un saumon capturé doit fournir un effort important durant le combat. Il accumule du stress physiologique, produit de l'acide lactique et puise dans ses réserves d'énergie. Dans une eau froide et bien oxygénée, la plupart des poissons récupèrent relativement bien lorsqu'ils sont manipulés adéquatement. Mais lorsque l'eau atteint des températures élevées, cette récupération devient beaucoup plus difficile. Un saumon peut sembler repartir en bonne condition après sa remise à l'eau, mais subir des conséquences importantes plusieurs heures ou même plusieurs jours plus tard. Dans un contexte où les populations de saumon atlantique étaient abondantes, certains pouvaient considérer cette mortalité comme négligeable. Aujourd'hui, la situation est complètement différente. Plusieurs rivières du Québec connaissent des montaisons historiquement faibles et peinent à atteindre leurs objectifs de conservation. Certaines rivières voient revenir moins de 100 saumons adultes. D'autres en comptent moins de 50. À ce stade, chaque reproducteur qui réussit à atteindre les frayères représente une contribution importante à la survie de la population. Il est également important de comprendre qu'en période d'étiage sévère et de fortes chaleurs, ce n'est pas uniquement la pêche qui peut avoir un impact sur les saumons. À mesure que la température de l'eau augmente, les saumons se regroupent souvent dans des refuges thermiques, c'est-à-dire des secteurs où une source souterraine, un affluent ou un petit ruisseau apporte une eau plus froide. Ces endroits deviennent alors essentiels à leur survie. Dans ces refuges, les saumons sont extrêmement vulnérables. Ils se positionnent souvent de façon très précise afin de profiter du mince corridor d'eau fraîche disponible. Lorsqu'un nageur traverse le secteur, qu'un canot passe directement dans le refuge ou que des personnes circulent à répétition dans l'eau, les poissons peuvent être déplacés de leur position optimale. Chaque déplacement leur demande une dépense d'énergie supplémentaire à un moment où ils tentent justement d'économiser chaque calorie disponible pour survivre à la période chaude. C'est pourquoi plusieurs protocoles de chaleur modernes ne s'intéressent pas uniquement à la pêche. Ils cherchent également à sensibiliser le public à l'importance de respecter les refuges thermiques et à limiter les activités susceptibles de déranger les saumons dans ces zones critiques. Lorsqu'un poisson lutte déjà contre le manque d'oxygène, les températures élevées et parfois plusieurs semaines sans alimentation, le moindre dérangement peut avoir davantage de conséquences qu'on ne l'imagine. Bien entendu, la pêche sportive n'est pas responsable à elle seule du déclin du saumon atlantique. Les problèmes sont beaucoup plus vastes et incluent notamment les changements qui surviennent en mer, le réchauffement climatique, la dégradation de certains habitats, la prédation et plusieurs autres facteurs encore mal compris. Cependant, le fait que la pêche sportive ne soit pas la cause principale ne signifie pas qu'elle n'a aucun impact, particulièrement dans les rivières où les montaisons sont devenues extrêmement faibles. Lorsque le taux de retour des saumons vers les rivières est aussi faible qu'il l'est aujourd'hui, chaque poisson qui survit pour se reproduire prend une valeur immense. Dans ce contexte, l'objectif d'un protocole de chaleur n'est pas d'empêcher les gens de pratiquer leur passion, mais bien de protéger temporairement les derniers géniteurs lorsque les conditions environnementales réduisent leurs chances de survie. C'est une mesure de précaution qui reconnaît une réalité simple : nous ne pouvons pas contrôler ce qui se passe en mer, mais nous pouvons faire en sorte que les saumons qui ont réussi à revenir dans nos rivières aient les meilleures chances possibles de compléter leur cycle de vie. Au fond, la question n'est pas de savoir si nous aimons pêcher le saumon. La plupart d'entre nous sommes ici précisément parce que nous l'aimons. La véritable question est de savoir ce que nous sommes prêts à faire pour assurer sa présence dans nos rivières pour les générations futures. Car lorsque certaines populations se retrouvent à quelques dizaines de poissons seulement, la conservation ne peut plus être considérée comme une option. Elle doit devenir la priorité absolue. Un protocole de chaleur est une assurance-vie pour les derniers géniteurs !
- Les Matériaux Synthétiques de la Shed à Plumes
Les matériaux synthétiques : quand la technologie rencontre l'art du montage Pendant des générations, les monteurs de mouches ont bâti leur réputation sur l'utilisation de plumes, de poils et de fourrures naturelles. Ces matériaux demeurent aujourd'hui essentiels et continuent de produire certaines des plus belles mouches au monde. Mais depuis quelques décennies, les matériaux synthétiques ont ouvert un tout nouvel univers de possibilités. Reflets holographiques, fibres UV, phosphorescence, mouvements améliorés, résistance accrue et durabilité exceptionnelle : les matériaux synthétiques modernes permettent de créer des mouches plus visibles, plus attrayantes et souvent plus efficaces que jamais. Chez La Shed à Plumes, nous sélectionnons des matériaux synthétiques de qualité qui complètent parfaitement les matériaux naturels pour offrir aux monteurs le meilleur des deux mondes. Pourquoi les matériaux synthétiques sont-ils si efficaces? Dans la nature, les poissons prédateurs réagissent principalement à quelques stimuli : Les reflets lumineux. Les contrastes. Les mouvements. Les silhouettes. Les signaux UV. Les changements subtils de couleur selon l'angle de la lumière. Les matériaux synthétiques modernes ont été développés précisément pour amplifier ces signaux et rendre une mouche plus visible et plus attrayante. Flashabou UV Phosphorescent Glow 0,6 mm & Flashabou UV Pearl Phosphorescent Glow 0,6 mm Flashabou UV phosphorescent glow 0,6 mm et le Flashabou UV pearl phosphorescent glow 0,6 mm sont des matériaux conçus pour attirer l'attention même lorsque les conditions deviennent plus difficiles. Grâce à sa capacité à réfléchir les rayons UV et à conserver un effet phosphorescent après exposition à la lumière, il continue à produire un éclat perceptible dans les eaux profondes, teintées ou lors des journées nuageuses. Seulement quelques fibres suffisent à donner de la vie à une aile de streamer, une queue de mouche à saumon ou une imitation destinée aux prédateurs. Fibres UV pour streamers et intruders Les fibres UV modernes permettent d'ajouter une dimension supplémentaire aux montages. Contrairement aux fibres conventionnelles, elles réfléchissent davantage certaines longueurs d'onde présentes dans l'environnement aquatique. Le résultat est une mouche qui demeure visible même lorsque la luminosité diminue ou que l'eau devient plus sombre. Ces fibres sont particulièrement appréciées pour : Les streamers à truite. Les intruders à saumon et steelhead. Les mouches à brochet. Les montages destinés au bar rayé. Elles permettent également de créer des effets de profondeur et de transparence impossibles à obtenir avec les matériaux traditionnels. Carte de Fibres flash ondulées Gliss Lateral Scale Flashabou Le Lateral Scale Flashabou imite remarquablement les reflets produits par les écailles d'un poisson-fourrage. Spécifications Largeur : 0,7 à 1 mm (0,028" à 0,039") Longueur : environ 28 à 30 cm (11,02" à 11,81") Poids par paquet : 7 à 8 grammes Sa texture particulière et ses reflets nacrés produisent des éclats changeants qui reproduisent parfaitement les mouvements d'un poisson blessé ou en fuite. Dans l'eau, chaque fibre agit comme une petite écaille réfléchissante qui capte et diffuse la lumière sous plusieurs angles. C'est un matériau de choix pour les streamers modernes destinés : Au saumon atlantique. À la truite. Au brochet. Au maskinongé. Au bar rayé. Flashabou holographique plat 0,4 mm et Fibres flash ondulées Gliss & Glow 1mm Le tinsel plat holographique demeure l'un des matériaux les plus polyvalents dans le monde du montage. Matériau flash synthétique plat, fin et très réfléchissant, conçu pour ajouter de l’éclat, du mouvement et des reflets attractifs aux ailes, queues et corps de mouches. Son fini holographique capte la lumière sous différents angles, même en faible luminosité. Idéal pour le montage de mouches à saumon, steelhead, truite et autres modèles nécessitant un effet lumineux réaliste et durable. Les versions modernes holographiques créent des reflets multidirectionnels qui changent constamment selon l'angle de la lumière et du courant. Que ce soit pour les mouches à saumon traditionnelles, les streamers ou les modèles destinés à la pêche en mer, le tinsel plat conserve sa place parmi les matériaux les plus efficaces jamais créés. Fibres synthétiques flash ondulées conçues pour apporter brillance, mouvement et volume aux montages de mouches. Leur texture gaufrée crée des reflets multidirectionnels qui imitent les éclats naturels des poissons-appâts. Grâce à leur effet lumineux Gliss & Glow, elles offrent une excellente visibilité sous l’eau, même en conditions de faible luminosité. Idéales pour les ailes, queues et corps de mouches à saumon, steelhead et truite. Douces, légères et faciles à intégrer dans tous types de montages. Yeux holographiques 3D & Yeux holographiques 4D : la touche finale S'il existe un détail capable de transformer complètement une mouche ou un streamer, ce sont les yeux. Les yeux holographiques 4D reproduisent l'apparence tridimensionnelle des yeux naturels d'un poisson-fourrage. De nombreuses études sur le comportement des prédateurs démontrent que les yeux constituent un point de focalisation important lors de l'attaque d'une proie. L'ajout d'yeux réalistes permet : D'augmenter le réalisme. D'améliorer le profil général du leurre. De créer un point d'attaque naturel. D'ajouter des reflets visibles de loin. Ils sont devenus pratiquement indispensables dans les streamers modernes pour le brochet, le maskinongé, le bar rayé, la truite trophée et plusieurs espèces marines. Les fibres Minnow Synthétique Ondulée : du volume sans poids Les fibres synthétiques de type Minnow représentent une évolution majeure dans la conception des streamers modernes. Leur texture légèrement ondulée imperméable ne retient pas l'eau, crée du mouvement et permet d'obtenir des profils imposants sans rendre la mouche difficile à lancer. Elles permettent de créer des imitations réalistes d'éperlans, d'alevins, de harengs ou d'autres poissons-fourrages tout en conservant une excellente mobilité. Longueur : 32 à 35 cm Poids : 7 à 9 g Teintes : 14 couleurs disponibles Matériau : Fibres synthétiques ondulées, totalement imperméables Utilisation : Montage de mouches streamer, eau douce et eau salée Cibles : Truite, brochet, musky, saumon, bar rayé, et bien d'autres Tradition et innovation Les meilleurs monteurs savent qu'il ne s'agit pas de choisir entre matériaux naturels et matériaux synthétiques. Une aile de Finn Raccoon rehaussée de Flashabou UV. Une mouche à saumon classique agrémentée de quelques fibres holographiques. Un streamer en fibres Minnow muni d'yeux 4D. C'est souvent cette combinaison qui produit les mouches les plus efficaces. Chez La Shed à Plumes, nous croyons que l'innovation doit servir la créativité du monteur. C'est pourquoi nous offrons autant des plumes et fourrures haut de gamme que les matériaux synthétiques les plus performants disponibles aujourd'hui. Parce qu'au final, qu'elle soit montée avec une plume rare ou une fibre holographique de dernière génération, une bonne mouche n'a qu'un seul objectif : prendre vie dans l'eau et convaincre le poisson qu'elle est réelle.
- Le saumon atlantique étouffe pendant qu’on protège encore l’industrie
L’article de Radio-Canada Bas-Saint-Laurent met en lumière un problème que plusieurs refusent encore de regarder en face : les rivières à saumon du Québec atteignent maintenant des températures dangereuses pour la survie des saumons, au point où des interdictions de pêche temporaires deviennent nécessaires. On parle de rivières qui dépassent régulièrement les seuils critiques durant les épisodes de chaleur. Le vrai problème, c’est qu’on agit encore comme si ces températures étaient exceptionnelles… alors qu’elles risquent de devenir la nouvelle normalité. Photo Riviere Trinité 2025 Pendant qu’on débat encore pour savoir si la pêche sportive “a un impact” ou non, les saumons, eux, encaissent : des eaux à 24, 25, parfois près de 30 °C; des combats supplémentaires; des manipulations souvent inadéquates; un stress énorme sur des populations déjà historiquement faibles. Quand une rivière tombe sous les 100 saumons… ou pire, sous les 50… chaque reproducteur compte. Absolument chaque poisson vivant devient précieux pour assurer une déposition d’œufs minimale et éviter l’effondrement complet de la rivière. Ce qui est troublant et les discours de Mme Bergeron pourtant la DG de la FQSA, elle parle souvent des solutions à long terme :reboisement, restauration des berges, recherche en mer, changements climatiques, survie au Groenland… Mais pendant qu’on attend ces solutions qui prendront des années, pourquoi hésite-t-on encore à appliquer immédiatement tous les outils disponibles pour réduire la mortalité? Protocoles de chaleur. Pêche limitée le matin. Remise à l’eau stricte. Ardillons écrasés. Réduction des combats etc. On ne peut plus prétendre qu’on “manque de données” ou qu’on “ne sait pas vraiment ce qui se passe” alors qu’il existe aujourd’hui un immense réseau de thermographes déployés dans les rivières à saumon, incluant plusieurs sur la Côte-Nord. La FQSA elle-même a participé au déploiement de nombreux thermographes et reconnaît disposer d’une quantité importante de données de température en continu sur les rivières à saumon. Ces données existent. Elles sont mesurées. Elles sont enregistrées. Et elles montrent noir sur blanc que plusieurs rivières atteignent des températures critiques pour le saumon. Le gouvernement du Québec reconnaît lui-même qu’au-delà de certains seuils — notamment autour de 22 °C — le stress physiologique augmente fortement et que la survie des saumons remis à l’eau diminue. Donc quand on voit des rivières de la Côte-Nord atteindre 24, 25, parfois même près de 30 °C dans certains secteurs, on ne parle plus d’un simple “inconfort” pour le saumon. On parle : d’un manque d’oxygène; d’un stress thermique majeur; d’une hausse du risque de mortalité après remise à l’eau; et d’un impact direct sur des populations déjà en chute libre. Le plus difficile à comprendre pour plusieurs pêcheurs, c’est qu’on possède maintenant les outils pour agir : thermographes; données en temps réel; refuges thermiques identifiés; protocoles de chaleur; études scientifiques; historiques de température. Mais malgré ça, on hésite encore à appliquer des mesures fortes sur plusieurs rivières. Et pendant qu’on débat… le saumon, lui, continue de disparaître. Le discours voulant que la majorité des rivières à saumon du Québec soient encore « relativement épargnées » par la chaleur devient de plus en plus difficile à défendre lorsqu’on regarde les données réelles du terrain. La rivière Trinité — une rivière témoin de la Côte-Nord suivie depuis 1984 avec passe migratoire et système de comptage — a déjà atteint jusqu’à 29,5 °C en soirée. On parle ici d’une rivière à saumon atlantique. Pas d’un étang peu profond en pleine sécheresse. Et la Trinité n’est pas seule. La Moisie, la Godbout, la Pentecôte, les Escoumins et plusieurs autres rivières enregistrent elles aussi des températures de 24, 25 °C et plus durant l’été. À ces températures, le saumon ne “s’adapte” pas. Il survit comme il peut. Il cesse souvent de migrer. Il se concentre dans les rares refuges thermiques. Son niveau de stress explose. L’oxygène disponible diminue. Les risques de mortalité augmentent. Et chaque manipulation supplémentaire devient un risque réel. Pendant ce temps, on nous explique encore qu’il faut faire attention avant de fermer des rivières parce que les pêcheurs servent de “gardiens du territoire”, parce que les organismes sont fragiles économiquement, parce qu’il faut protéger l’industrie. Mais il faut finir par comprendre une chose fondamentale : Sans saumon, il n’y aura plus rien à gérer. Plus d’industrie. Plus de pourvoiries. Plus de ZEC. Plus de tourisme salmonicole. Plus de relève. Plus de folklore. Juste des rivières vides et des souvenirs. Oui, protéger les bandes riveraines et replanter des arbres est essentiel. Oui, protéger les refuges thermiques est indispensable. Mais ce sont des solutions qui prendront des années, parfois des décennies, avant d’avoir un effet réel. Le saumon, lui, est en train de subir la crise maintenant. Alors refuser ou retarder des protocoles de chaleur sous prétexte que “certaines rivières sont encore correctes”, c’est jouer avec une ressource déjà extrêmement fragilisée. Les données sont là. Les températures sont là. Les signaux d’alarme sont là. La vraie question est simple : Combien de rivières devront atteindre 25, 27 ou 29 °C avant qu’on cesse enfin de traiter cette crise comme un problème du futur? Parce qu’au rythme où vont les choses, la question n’est plus :« Peut-on encore pêcher le saumon? » La vraie question devient :« Veut-on encore qu’il en reste? »
- Les derniers survivants ne sont pas des trophées
Le saumon atlantique traverse probablement l’une des plus graves crises de son histoire moderne. Et malgré cela, la saison 2026 commence exactement comme les précédentes : mêmes comportements, mêmes excuses, même incapacité collective à reconnaître l’ampleur réelle de l’effondrement. Nos saumons de dévalaisons. Nos kelts. Nos saumons noirs, maigres et affaiblis qui ont passé tout l’hiver en rivière après avoir frayé à l’automne. Des poissons qui n’ont pratiquement pas mangé depuis des mois. Des survivants épuisés qui entreprennent maintenant une migration extrêmement dangereuse vers les zones de pâturage du Groenland pour tenter de se refaire physiquement avant, peut-être, de revenir frayer une autre fois. Ce sont probablement les poissons les plus vulnérables de toute la population. Et malgré cela, certains sont encore sortis de l’eau, manipulés, photographiés et exhibés comme des trophées de début de saison. Voir des saumons de dévalaison suspendus à bout de bras dans des bateaux en 2026, après les effondrements historiques de 2024 et 2025, ce n’est pas seulement un manque de jugement. C’est le signe qu’une partie du milieu refuse encore de comprendre à quel point la situation est devenue grave. Et trop de pêcheurs mettent encore les pieds dans une rivière sans même connaître les chiffres de montaison qu’elle reçoit. C’est là le véritable problème. On continue de parler du saumon comme d’une passion, d’une tradition ou d’un patrimoine, mais trop peu de gens semblent prêts à accepter ce que la situation exige réellement lorsque les populations s’effondrent. Les saumons qui reviennent aujourd’hui ne représentent pas une abondance. Ils représentent ce qu’il reste. Les survivants d’une mortalité multifactorielle brutale : réchauffement des eaux, manque de nourriture, prédation, maladies, prises accidentelles, dégradation des habitats, perturbations marines dans le golfe et en Atlantique Nord. Des poissons qui ont survécu à l’océan. Des poissons qui ont survécu à l’hiver avec des réserves énergétiques presque inexistantes. Des poissons amaigris qui reviennent frayer avec ce qu’il leur reste de forces. Et malgré cela, nous continuons encore trop souvent à les traiter comme des trophées biologiquement disponibles. Le malaise est là. Nous savons. Les chiffres existent. Les signaux sont partout. Mais collectivement, nous refusons encore d’agir à la hauteur de la crise. Parce qu’agir réellement demanderait du courage. Le courage d’imposer des protocoles de chaleur obligatoires. Le courage de suspendre les pêches de subsistance sur les populations effondrées. Le courage de fermer temporairement certaines rivières sous des seuils biologiquement critiques. Le courage d’admettre publiquement qu’une simple remise à l’eau ne constitue pas une stratégie de rétablissement. La remise à l’eau est une mesure minimale. Rien de plus. Quand une rivière reçoit moins de 150 saumons, chaque géniteur devient biologiquement important. À ces niveaux-là, même une pression jugée “acceptable” dans un contexte normal peut devenir lourde de conséquences. Et pourtant, au lieu de remettre profondément nos pratiques en question, nous continuons souvent à protéger autre chose : nos habitudes, notre confort, notre image de saumonier et notre besoin de continuer comme avant. C’est peut-être la partie la plus choquante de toute cette crise. Pas seulement l’effondrement du saumon. Mais notre capacité à normaliser cet effondrement pendant qu’il se produit sous nos yeux. Comme si le simple fait de relâcher un poisson suffisait maintenant à effacer toute responsabilité morale envers une population en déclin. La réalité est beaucoup plus dure. Une espèce ne disparaît pas uniquement à cause de ce qui se passe en mer. Elle disparaît aussi lorsque ceux qui prétendent l’aimer deviennent incapables de renoncer à eux-mêmes pour lui laisser une réelle chance de survivre.
- Journal de route — Ontario
Partie 3 — L’île Manitoulin, les grands steelheads et le début du retour Après ma traversée d’environ deux heures depuis Tobermory jusqu’à South Baymouth, j’ai finalement atteint les côtes de l’île Manitoulin. Déjà en arrivant, je sentais que quelque chose était différent ici. L’eau de la baie Georgienne était d’une beauté presque irréelle. Des verts turquoise, des bleus profonds, une clarté incroyable. Les îles semblaient flotter dans la lumière du soir. Par moments, on aurait presque dit la mer. Le traversier avançait tranquillement entre les îles pendant que je regardais le paysage défiler avec un café à la main. Après plusieurs jours de route, de rivières et de kilomètres, cette traversée-là faisait du bien. On dirait qu’elle ralentissait le temps un peu. En débarquant à South Baymouth, je me suis dirigé tranquillement vers la rivière Manitou, probablement la rivière la plus réputée de l’île pour le steelhead. Les routes étaient belles. Peu de circulation. Des forêts partout. Encore un peu de neige dans les sous-bois à certains endroits. Depuis le début du voyage, la température ne voulait jamais vraiment monter. Même en pleine après-midi, on parlait souvent de 6 ou 7 degrés seulement. Le printemps était encore fragile ici. En arrivant près du lac Manitou, j’ai vu quelques pêcheurs près d’un barrage. Certains pêchaient aux sacs d’œufs, d’autres attendaient patiemment le long des fosses. Mais honnêtement… ce n’était pas ce que je cherchais. Alors j’ai continué à suivre la rivière vers son embouchure. Et là… wow. La place était magnifique. Des sentiers longeaient la rivière dans une forêt encore humide du printemps. L’eau était haute, froide, puissante. On voyait clairement que la neige fondait encore dans le nord. Les locaux me disaient même que la rivière était dans une crue historique. Il y avait encore de la neige dans les bois à certains endroits. Et malgré ça, malgré le froid et le gros débit, les premiers steelheads frais commençaient à remonter. La saison venait juste d’ouvrir, le deuxième samedi de mai seulement. On sentait que tout commençait à peine. Les oiseaux étaient partout. Des bernaches. Des canards. Des urubus à tête rouge qui tournaient haut dans le ciel. Des pygargues à tête blanche, même des immatures. Puis ce silence particulier des grandes rivières froides du printemps. Il y avait très peu de déchets comparativement à d’autres endroits que j’avais vus durant le voyage. Quelques papiers ici et là, oui, mais rien de dramatique. Rien à voir avec certaines petites rivières urbaines de l’Ontario qui m’avaient tellement découragé plus tôt dans le voyage. Ici, on sentait encore la nature. La vraie. J’ai finalement préparé ma canne à deux mains. Une 14 pieds. Puis je me suis mis à observer l’eau. Pas longtemps après, j’ai aperçu des poissons. Des vrais beaux steelheads frais. J’ai attaché une imitation que j’avais montée l’année passée avant mon voyage. Une imitation style œuf avec du crystal chenille orange flash très vif et un peu de marabout pour donner du mouvement. Premier lancer. Rien. J’ajoute un peu de poids pour faire descendre la mouche davantage. Deuxième présentation. Bang. Le combat a explosé immédiatement. Le steelhead est parti dans le courant comme un train. Il sautait haut, utilisait toute la force de la rivière. Avec le gros débit et la vitesse de l’eau, je savais que je ne pouvais pas faire d’erreur. Puis quand je l’ai finalement vu apparaître dans l’eau claire près de la grosse roche en bas dans le croche de Falls Pool… j’ai rapidement compris. C’était le plus gros steelhead de ma vie. Une immense femelle chrome. Épaisse. Fraîche. Les yeux dorés. Un poisson absolument magnifique. Environ 31 pouces. Probablement entre 12 et 14 livres. J’étais seul avec elle dans cette rivière immense, entouré par les oiseaux, le bruit de l’eau puis les arbres encore humides du printemps. Honnêtement… j’avais le cœur qui battait fort. Quand je l’ai remise à l’eau, j’ai pris quelques secondes juste pour regarder le courant. Des moments comme ça… ça ne s’achète pas. Quelques lancers plus tard, j’en ai pris un autre. Un beau mâle argenté, plus petit, mais extrêmement combatif. Puis un autre. Puis d’autres suivis. Jusqu’à la noirceur, j’ai vécu une soirée incroyable. J’en ai perdu quelques-uns aussi. Un gros poisson m’a même ouvert complètement un vieux hameçons Mustad que j’utilisais encore depuis l’année passée. Le leader n’a pas cassé. L'hameçon s’est littéralement ouvert. Mais honnêtement, ça faisait partie du moment. La rivière était vivante. Et moi aussi. Le seul côté plate, c’est qu’on ne pouvait pas rester dans le parc après 11 h le soir. Donc, malgré que j’aurais voulu rester encore, écouter la rivière puis refaire quelques présentations dans la noirceur, il fallait repartir. Vers 9 h, j’ai commencé à marcher vers le camion. J’étais fatigué. Gelé un peu .Mais profondément heureux. J’ai trouvé un vieux chemin forestier pas très loin d’un lac pour installer le campeur. Un endroit tranquille, perdu dans le bois. Je me suis reculé dans le sentier, j’ai monté le campement puis j’ai allumé la chaleur. Cette nuit-là, il ne faisait pas si froid. Et pour la première fois depuis plusieurs jours… j’ai vraiment bien dormi. Il n’y avait aucun bruit humain. Seulement le vent dans les arbres. Quelques ratons laveurs qui couraient autour du campeur. Puis des coyotes qu’on entendait au loin dans la nuit. À un moment donné, je suis même sorti dehors en riant un peu :« Bon… laissez-moi dormir » Puis je suis retourné sous les couvertes. Le lendemain matin, je suis redescendu vers South Baymouth pour mettre de l’essence. Je commençais tranquillement à penser au retour. La route allait être longue. Très longue. J’étais à plus de 2000 kilomètres de la maison, puis je savais qu’il fallait que je commence à revenir tranquillement parce que le travail m’attendait, puis plusieurs choses aussi à la maison. Mais avant de repartir, il y a eu un petit moment simple que je n’oublierai probablement jamais. Je suis entré dans un petit poste d’essence tenu par des gens plus âgés. J’avais besoin d’un jus d’orange puis d’un café. Puis là… cette odeur-là. Un vrai bon café fraîchement moulu. Pas un café de machine. Le monsieur m’a regardé puis il m’a dit :« Ça sent bon hein? Ça, c’est mon café personnel. » Il est parti en arrière me préparer un café avec ses propres grains artisanaux qu’il achetait près d’un brûleur local. Un lait. Un sucre. Mais ce café-là goûtait le voyage au complet. Je suis ensuite retourné une dernière fois vers le le Falls Pool. Cette fois-là, il y avait plus de pêcheurs. Et un en particulier ne semblait vraiment pas content de me voir arriver. Un gars arrogant. Condescendant. Très snob envers la pêche à la mouche. Il pêchait aux sacs d’œufs puis il semblait convaincu que personne d’autre ne pouvait prendre de poisson. Quand il a accroché dans les branches, il a même essayé de me faire croire que c’était de ma faute. Mais pendant qu’il s’obstinait… moi je regardais dans l’eau. Et je voyais les steelheads. Des beaux poissons juste devant nous. Je me suis placé tranquillement un peu plus bas, entre lui et son ami, puis j’ai commencé à faire quelques petits roll casts. Troisième lancer bang, un autre steelhead pas énorme, mais un superbe specimen. Et pendant qu’il me regardait avec son air bête… lui venait juste de prendre un meunier. Puis un autre meunier, le fameux karma pour le "Sucker". Moi, je souriais. Pas pour me moquer. Mais parce que j’étais heureux d’être exactement là où j’étais. Dans cette rivière froide du nord. Avec ma mouche. Mes oiseaux. Puis le printemps qui commençait enfin à respirer. Après quelques autres poissons remis à l’eau, j’ai décidé que c’était assez. Le voyage touchait tranquillement à sa fin. Je suis reparti vers l’est. J’ai roulé longtemps ce soir-là. Passé North Bay puis finalement, je me suis installé près d’une ligne de transport dans le bois, pas loin d’un pipeline qui descend vers le Québec. Et oui Un autre petit campement improvisé, simple, silencieux et parfait. Le lendemain, près de la rivière Bécancour, à environ 100 kilomètres de Québec, j’ai vu une grande grue du Canada debout près du chemin. J’ai arrêté le camion. Je suis descendu doucement. Puis je l’ai regardée. Et là, j’ai pensé au début du voyage. Le matin de mon départ, des grues du Canada avaient passé au-dessus de la maison. Comme si elles accompagnaient la route. Je les ai toujours trouvées magnifiques, ces oiseaux-là. Immenses. Élégants. Sauvages. Puis je trouvais ça triste de penser que certains veulent encore les chasser. Je suis resté là quelques minutes à simplement regarder la rivière puis l’oiseau. Puis je suis remonté dans le camion. Le retour était commencé. Mais au fond de moi, je savais déjà une chose : Ce voyage-là était seulement le premier de la saison. Pas le dernier.
- Journal de route — Ontario Partie 2
Partie 2 — La Saugeen, le vent et la Baie Georgienne La première journée sur la rivière Saugeen a surtout été une journée d’exploration. Beaucoup de kilomètres. Beaucoup de routes de campagne. Beaucoup d’arrêts pour essayer de trouver des points d’accès où je pouvais réellement faire du wading avec mes waders, parce que la Saugeen, ce n’est pas une petite rivière intime comme certaines rivières du lac Ontario. C’est large. Très large par endroits. Une vraie grosse rivière avec du débit, des longues fosses et beaucoup d’eau à couvrir. Je suis monté vers Walkerton. Cette ville-là me disait quelque chose. C’est là qu’il y avait eu la grande tragédie de l’eau contaminée au début des années 2000. Je me rappelais vaguement de ça. Une histoire qui avait marqué le Canada au complet. J’ai arrêté dans une petite fishing shop du coin. Belle place encore une fois. Du bon monde. J’ai jasé un peu avec eux, demandé quelques conseils sur les niveaux d’eau et les secteurs accessibles. Ils m’ont dirigé vers un accès près de la concession road 10. La journée était magnifique. Du soleil. Un peu de vent. Mais une vraie belle journée de printemps. Je me suis rendu au point d’accès numéro 7, si je me rappelle bien. Il y avait une belle place pour installer le campeur près de la rivière. Tranquille. Propre. Naturelle. Exactement ce que je recherchais. En après-midi, j’ai commencé à explorer la Saugeen. Le premier soir, j’ai vu quelques poissons. Quelques mouvements. Quelques suivis sur ma mouche. Mais rien de concret. Aucun combat. Aucun vrai contact. Puis, en fin de soirée, juste avant de retourner manger, je l’ai vu. Un énorme steelhead. Un vrai géant. Probablement autour de 8 - 10 kilos. Un des plus gros steelheads que j’ai vus de proche dans ma vie. Le poisson était stationné là, calme, dans peu d’eau. J’ai commencé à lui présenter différentes mouches. Aucune réaction. Puis soudainement, tout a changé. Le poisson s’est mis à gober en surface. Des petites mouches sortaient et il les mangeait devant moi. Lentement. Avec confiance. Un spectacle incroyable. Le problème, c’est que j’étais monté pour pêcher à la noyée. J’ai changé mon setup rapidement. J’ai ajouté une caddis sèche. Une orange rouille montée récemment par mon ami Didier Lafleur, qu’il m’avait envoyée par la poste il n’y a pas longtemps. Le steelhead est monté deux fois dessus. Deux fois. Mais sans jamais toucher la mouche. Je l’ai ensuite suivi le long de la rivière. Le poisson descendait tranquillement en gobant à différents endroits. Je lui ai tout lancé. Des petites sèches. Des hoppers. Des sedges. Des Blue Wing Olive. Des petites émergentes. Rien. Il venait voir. Il inspectait. Il snobait tout. Je suis même revenu à la fameuse caddis orange rouille de Didier. Encore une fois, il est monté dessus… sans jamais la prendre. Le poisson circulait près des berges, parfois dans moins de deux pieds d’eau, totalement en contrôle de la situation. Et moi… complètement obsédé par ce poisson-là. J’ai essayé jusqu’à la noirceur. Jusqu’à la dernière minute. Mais ce steelhead-là ne m’a jamais donné sa chance. Je suis finalement retourné au campeur en me disant que peut-être, le lendemain, nos chemins allaient se recroiser. Cette nuit-là, il a fait plus doux que les autres nuits du voyage. Peut-être 9 ou 10 degrés. J’ai moins chauffé. J’ai dormi profondément. Une vraie bonne nuit de sommeil. Et honnêtement, j’en avais besoin. Parce qu’au fond, ce voyage-là n’est pas seulement un voyage de pêche. C’est un voyage pour voir du pays. Explorer. Rencontrer des gens. Voir différentes cultures. Découvrir d’autres façons de vivre les rivières. C’est aussi une façon de faire face à moi-même un peu. Observer ce qui se passe autour de moi. Voir la nature dans un autre contexte. Comprendre les différentes saisons, les différents comportements des poissons, les différentes techniques, les différentes mentalités. Toutes ces choses-là qui passionnent profondément les vrais pêcheurs. Le lendemain matin, je me suis levé tranquillement. Il y avait plusieurs personnes près du débarcadère qui préparaient leurs canots pour descendre la rivière. J’ai quand même décidé de refaire la rivière au complet à la noyée. Mais cette journée-là… rien. Pas un poisson. Je n’ai absolument rien vu. Par contre, j’ai vu autre chose. La rivière. Les arbres. Les oiseaux. La pluie légère qui tombait parfois doucement et soudainement le tonnerre les éclaires, le vent s’est levé très fort. Assez fort pour casser des branches d’arbres qui tombaient près de moi. À ce moment-là, j’ai compris que la Saugeen allait être partie remise. J’ai décidé de reprendre la route. Direction : la baie Georgienne. Je me suis dirigé vers Tobermory pour prendre le traversier vers South Baymouth, sur l’île Manitoulin. Et honnêtement… quelle place magnifique. La péninsule Bruce est d’une beauté spectaculaire. L’eau du grand lac Huron est tellement claire qu’on dirait presque la mer dans certains endroits. Des verts. Des bleus turquoise. Des couleurs qui me rappelaient presque certaines images de la Côte d’Azur. Le traversier dure environ 1 h 50. Un superbe bateau, opéré par les communautés autochtones du secteur. Magnifique navire avec de très belles œuvres et peintures autochtones dessus. La traversée elle-même est un spectacle. Des îles partout .Des formations rocheuses. La lumière qui frappe l’eau. Les eaux turquoise de la baie Georgienne qui changent constamment de couleur. Les îles Manitoulin forment pratiquement une frontière naturelle à travers toute cette partie de la baie Georgienne. C’est difficile à expliquer correctement avec des mots. Il faut le voir. Ce soir, je vais essayer de me trouver un endroit où dormir. Et demain, je vais continuer ma route vers les rives nord du lac Supérieur. Le voyage continue. Et plus j’avance… plus j’ai l’impression de retrouver quelque chose que j’avais besoin de retrouver depuis longtemps.
- Journal de route — Ontario
Partie 1 — Retrouver quelque chose de vrai Dimanche 3 mai matin, 6 h. J’ai quitté la maison en direction de l’Ontario. La route était belle. Pas trop de trafic, pas trop chaud, juste un petit vent qui brassait un peu le camion. Une vraie journée de printemps pour prendre la route et avaler du kilomètre. J’avais hâte de retourner en Ontario. Mon premier arrêt a été à Montréal, plus précisément à Beloeil, avant de continuer vers l’ouest. Ensuite, arrêt obligatoire chez Sail pour refaire quelques réserves : bout callant , leaders, puis surtout mon fluorocarbone préféré de Yo-Zuri, le rose. Sérieusement, ce produit là est exceptionnel. Quand tu trouves quelque chose de fiable sur la rivière, tu restes avec. Je suis ensuite parti en direction d’Indian Falls, une petite communauté tranquille Ontarienne sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Une place qui ressemble presque à un vieux site historique avec une ancienne écluse transformée en marina. Quelques pêcheurs, des campeurs installés près de l’eau, puis surtout du calme. Je me suis installé là pour la nuit. Une petite pluie tombait doucement. Rien de méchant. Mais il faisait froid. Vraiment froid pour le temps de l’année. Peut-être 2 degrés. Peut-être proche de zéro. Ce genre de froid humide qui te rentre dans les os quand le soleil disparaît. Le lendemain matin, j’ai été réveillé par un couple de cygnes. J’avais déjà vu des cygnes auparavant en Ontario, mais jamais un couple d’aussi près. Je les regardais glisser sur l’eau dans le silence du matin et je me suis dit que le voyage commençait bien. J’ai fermé le toit du campeur puis je suis parti vers Port Hope. Il ventait énormément cette journée-là, mais il faisait beau. Peut-être 10 ou 12 degrés. J’avais hâte d’arriver, alors j’ai roulé fort. Beaucoup trop de vent de face, beaucoup de gaz brûlé, mais peu importe. Quand t’as hâte de voir une rivière, les kilomètres passent autrement. Je suis arrivé à Port Hope avant le dîner. J’ai rencontré des connaissances, jasé un peu, mangé avec eux, puis on a décidé d’aller voir la rivière Ganaraska en amont. La rivière était petite, intime, avec beaucoup de steelheads. Il devait y avoir énormément de poissons là-dedans. Mais il y a quelque chose qui m’a frappé solide. Je n’ai jamais vu autant de déchets sur le bord d’une rivière. Pour moi, la Ganaraska était pratiquement devenue le dépotoir officiel de Tim Hortons de l’Ontario. Des verres rouges partout. Des couvercles. Des sacs. Des déchets dans les arbres, dans les roches, dans les fossés. Partout. Et ça m’a vraiment découragé. Parce que moi, une rivière, ce n’est pas juste du poisson. C’est la nature au complet. La flore. Les oiseaux. Le silence. L’impression d’être loin du bruit humain. Là, je ne ressentais pas ça. J’ai quand même réussi à accrocher un beau steelhead d’environ 6 à 8 livres. Un beau poisson frais. Je l’ai perdu assez rapidement. J’avais mis un hameçon sans ardillons et j’ai mal travaillé le poisson. Mais honnêtement, ça ne me dérangeait pas tant. Je l’aurais remis à l’eau de toute façon. Ce soir-là, je suis allé coucher près de Cobourg, dans un stationnement de sentiers pédestres le long de la rivière. Alain était là lui aussi. On s’est installés tranquillement avec le campeur. Plus tard dans la soirée, j’ai décidé d’aller voir la rivière avec une lampe frontale. Et là… surprise. Des steelheads partout. Des centaines. Dans un court tronçon accessible, il devait y avoir 300 ou 400 poissons. Des beaux poissons en santé. Des ombres argentées qui bougeaient partout dans le courant noir. Mais encore une fois… les déchets. Encore les verres de Tim Hortons. Encore les poubelles. Même des vieux pneus dans le fond de la rivière. Je regardais ça et je me disais : comment on peut prétendre aimer les rivières si on les traite comme ça? Ce n’était pas ma place. Peut-être que certains aiment cette ambiance-là. Les petites rivières urbaines, le monde partout, les stationnements pleins, les cafés TH à chaque coin de rue. Mais moi non. Moi, je recherche le silence. Je recherche les oiseaux. Je recherche les fleurs sauvages. Je recherche l’impression d’être petit dans quelque chose de plus grand que moi. Le lendemain matin, j’ai décidé de partir vers l’ouest, en direction de Goderich et de la rivière Maitland. Et là, le voyage a changé. En passant près de Toronto, j’ai arrêté chez Drift Outfitters & Fly Shop. Quelle belle boutique. Des gens accueillants, passionnés, connaissants. Du matériel de qualité partout. Des mouches, des bas de lignes, du matériel pour les cannes à deux mains, hop à la caisse le route reprend sur un autres beat. Je recommande l’arrêt à n’importe quel passionné qui passe dans le coin. Ensuite, j’ai retombé sur la 401. Plus jamais. Des accidents, des bouchons, du trafic à finir plus. On roulait parfois à 30 ou 40 km/h. J’ai regardé le GPS puis j’ai décidé d’éviter les autoroutes. Et honnêtement, c’est probablement la meilleure décision du voyage. Je me suis retrouvé sur les routes de campagne de l’Ontario. Des fermes. Des champs à perte de vue. Des villages tranquilles. Puis cette odeur organique de campagne qui flottait partout. Ça sentait fort par endroits, mais moi, ça ne me dérangeait pas. J’ai grandi sur une ferme à Cap Pelé au Nouveau-Brunswick. Ces odeurs-là me rappellent la ferme de mes grands-parents. Ma jeunesse. Une époque simple. C’est fou comment une odeur peut ramener des souvenirs. Finalement, j’ai atteint la rivière Maitland. Et là… enfin. La vraie nature! Un chemin de terre abrupt descendait vers le site où je voulais m’installer. J’ai dû engager le quatre roues motrices pour me sortir d’un mauvais angle sans tout briser. Une fois installé, j’ai regardé autour puis j’ai immédiatement senti la différence. Aucune poubelle. Aucun bruit. Rien sauf la rivière, les arbres et le vent, bref la nature. Les fleurs sauvages étaient partout. Les oiseaux aussi. J’étais bien. Le lendemain matin, je me suis levé tard. Fatigué, mais heureux. Je me suis préparé un café. Mon vrai premier café tranquille du voyage. Pas un café acheté en vitesse dans un stationnement.Un vrai café dans le silence de la nature. Puis je suis parti marcher vers une zone que j’aimais énormément et qu’un ami m’avait fait découvrir auparavant. Après environ 35 minutes de marche, j’étais rendu. Et quel endroit ! Des carouges à épaulettes partout. Des hirondelles bicolores qui volaient au-dessus de l’eau. Des oiseaux chanteurs dans toutes les directions. Un pygargue à tête blanche perché qui est parti en me voyant arriver. Les urubu à tête rouge qui tournaient au dessus ma tête Des familles d’outardes avec leurs petits. La rivière était vivante. Complètement vivante. C’est là que j’ai attaché ma première mouche. Quelques minutes plus tard, bang. Mon premier steelhead de la Maitland. Un beau poisson frais de 8 à 10 livres. J’étais nerveux. Seul avec ma canne à deux mains. Je ne voulais pas le perdre. Quand j’ai finalement réussi à le remettre à l’eau, j’avais presque les larmes aux yeux. Parce que ce n’était pas juste un poisson. C’était exactement la raison pourquoi j’étais venu ici. Je me suis ensuite assis près de la rivière avec un cooler au gin de Dillan's, un produit Ontarien que j’avais apporté. Je regardais l’eau. Les oiseaux. Le courant. Puis j’ai juste pensé : merci. Plus tard, j’ai pris un autre steelhead, un peu plus petit, peut-être 6 à 8 livres. Celui-là a sauté plusieurs fois. Il utilisait toute la rivière. Un combat incroyable. Ensuite, les achigans à petite bouche se sont mis à mordre. Des beaux poissons solides. Un particulièrement devait approcher les 3,5 kilos. Tous remis à l’eau. Quand la noirceur a commencé à tomber, j’ai décidé de remonter avant qu’il fasse complètement noir. Le sentier était abrupt, glissant, puis j’étais seul. Pas question de prendre des risques inutiles. Je suis arrivé au campeur vers 9 h. Une sandwich. Un peu de chaleur. Puis le sommeil. Cette nuit-là, il a gelé. Le lendemain, les travailleurs de la ville sont venus réparer un ponceau bloqué par des castors. C’étaient les premières personnes que je voyais depuis un bon moment. Et honnêtement… ça me convenait parfaitement. Je suis retourné pêcher. Peu de poissons cette journée-là. Quelques achigans seulement. Un front froid semblait avoir ralenti l’activité. Mais ça ne me dérangeait même pas. Parce qu’au fond, ce voyage-là n’était plus seulement une histoire de pêche. C’était une histoire de connexion. Avec les rivières. Avec les oiseaux .Avec le silence. Avec quelque chose de vrai. Finalement, vers la fin de journée, j’ai décidé de repartir. Direction la rivière Saugeen. Je suis maintenant installé près du débarcadère numéro 12. Demain, je vais explorer en amont, découvrir cette rivière que je ne connais pas encore, puis continuer la route. Et honnêtement…j’ai déjà hâte de voir ce qu’elle va me montrer.
- Un témoignage troublant d'une rivière Témoin
La Rivière Trinité est justement l’un des exemples les plus troublants parce qu’on parle ici d’une rivière témoin suivie scientifiquement depuis des décennies. Ce n’est pas une impression. Ce ne sont pas des anecdotes. Ce sont des données compilées année après année grâce à une passe migratoire et un système de comptage opérés par le Ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs. Depuis 1984, chaque montaison raconte la même histoire : une baisse graduelle, constante et maintenant alarmante du nombre de reproducteurs. Et c’est ça qui frappe le plus. Quand une rivière suivie avec autant de précision montre un déclin sur plus de 30 ans, on ne peut plus parler d’un simple mauvais cycle. On parle d’une tendance lourde. D’un avertissement biologique majeur. Le saumon atlantique est un poisson résilient, capable de traverser des périodes difficiles. Mais même une espèce résiliente finit par atteindre un point critique lorsqu’il y a trop peu de reproducteurs pour maintenir une population stable. Chaque saumon qui ne fraye pas aujourd’hui, c’est potentiellement des milliers de saumoneaux en moins demain. Et avec des taux de retour marins aussi faibles qu’actuellement, chaque géniteur devient extrêmement précieux. La rivière de la Trinité agit un peu comme un témoin silencieux de ce qui se passe ailleurs au Québec. Elle documente noir sur blanc ce que plusieurs refusent encore de voir : le déclin n’est plus théorique. Il est mesuré. Compté. Archivé depuis des décennies.
- Un témoignage troublant d'une rivière témoin2025
La Rivière de la Trinité est justement l’un des exemples les plus troublants parce qu’on parle ici d’une rivière témoin suivie scientifiquement depuis des décennies. Ce n’est pas une impression. Ce ne sont pas des anecdotes. Ce sont des données compilées année après année grâce à une passe migratoire et un système de comptage opérés par le Ministère de la Faune, des Forêts et des Parcs. Depuis 1984, chaque montaison raconte la même histoire : une baisse graduelle, constante et maintenant alarmante du nombre de reproducteurs. Et c’est ça qui frappe le plus. Quand une rivière suivie avec autant de précision montre un déclin sur plus de 30 ans, on ne peut plus parler d’un simple mauvais cycle. On parle d’une tendance lourde. D’un avertissement biologique majeur. Le saumon atlantique est un poisson résilient, capable de traverser des périodes difficiles. Mais même une espèce résiliente finit par atteindre un point critique lorsqu’il y a trop peu de reproducteurs pour maintenir une population stable. Chaque saumon qui ne fraye pas aujourd’hui, c’est potentiellement des milliers de saumoneaux en moins demain. Et avec des taux de retour marins aussi faibles qu’actuellement, chaque géniteur devient extrêmement précieux. La rivière de la Trinité agit un peu comme un témoin silencieux de ce qui se passe ailleurs au Québec. Elle documente noir sur blanc ce que plusieurs refusent encore de voir : le déclin n’est plus théorique. Il est mesuré. Compté. Archivé depuis des décennies.
- À force de protéger l’image, on oublie le saumon
Ce n’est pas le messager qu’il faut attaquer. C’est le malaise qu’il faut regarder en face. Je vais remettre les choses au clair. Je n’ai jamais attaqué les pêcheurs sportifs. Je n’ai jamais attaqué les biologistes. Je n’ai jamais attaqué les associations, les guides, les bénévoles, les gens de terrain, ni ceux qui donnent du temps, de l’énergie et du cœur pour le saumon, jamais. Ce que je pointe du doigt, ce n’est pas les individus qui aiment le saumon. Ce que je pointe du doigt, c’est un système. Un système qui, devant une crise historique, semble encore incapable de se mettre en mode urgence. Un système qui protège trop souvent la culture du saumonier, l’image, le folklore, les événements, les habitudes et l’économie qui tourne autour du saumon, avant de protéger le saumon lui-même de façon claire, biologique et responsable. Et là, quand on ose dire ça tout haut, certains jouent à la vierge offensée. On attaque le messager. On essaie de me faire dire ce que je n’ai jamais dit. On prétend que je blâme la pêche sportive pour l’effondrement du saumon. C’est faux. Je n’ai jamais dit que la pêche sportive était la cause principale du déclin. Je sais très bien que la mortalité majeure se passe probablement en mer. Je sais très bien que les causes sont multiples : changements dans le golfe, température de l’eau, nourriture, prédation, prises accidentelles, aquaculture, maladies, habitats, niveaux d’eau, qualité de l’eau. Mais utiliser la complexité de la mer comme argument pour ne pas agir fortement chez nous, maintenant, c’est trop facile. Les problèmes en mer sont énormes. Ils sont complexes. Ils vont coûter des fortunes à comprendre, encore plus à corriger, si on y arrive un jour. Changer le régime thermique de la mer, régler la disponibilité de nourriture sur les aires de pâturage du saumon, contrôler ce qui se passe dans le golfe, au Groenland, en haute mer, dans les pêcheries, dans les interactions entre espèces… ce n’est pas une petite job. Ce n’est pas une pilule miracle qu’on va trouver demain matin. Et pendant qu’on étudie tout ça, pendant qu’on cherche, pendant qu’on débat, pendant qu’on attend des réponses parfaites, les saumons qui reviennent chez nous, eux, sont déjà là. Peu nombreux. Épuisés. Vulnérables. Et ils doivent frayer. C’est là que je dis : peut-on au moins faire mieux chez nous? Peut-on au moins s’assurer que le maximum de saumons qui ont survécu à la mer puissent se rendre aux frayères? Peut-on admettre que la déposition d’œufs n’a jamais été aussi importante? Peut-on arrêter de gérer comme si on était dans une mauvaise année normale? Parce qu’on n’est pas dans une mauvaise année normale. On est dans une crise historique. Les remontées de 2024 et 2025 sont parmi les plus désastreuses depuis qu’on compte sérieusement les saumons dans nos rivières. Et dans ce contexte-là, une rivière qui reçoit 20, 30, 40, 50, 100 ou même moins de 150 saumons ne devrait plus être traitée comme une simple rivière ouverte à l’activité habituelle. À ce niveau-là, chaque saumon compte. Chaque géniteur compte. Chaque femelle compte. Chaque poisson qui atteint la frayère compte. Et oui, rendu là, même l’acte de pêcher devient une pression. Même la remise à l’eau devient une pression. Le stress, la manipulation, le combat, l’eau chaude, le retard de migration, les mauvaises conditions : tout ça compte quand il reste seulement une poignée de poissons. Il faut aussi être honnête : dans toute cette crise, la seule grande mesure qu’on met vraiment de l’avant, c’est la remise à l’eau. Et cette mesure-là aurait dû être généralisée depuis plus de dix ans. Mais si la remise à l’eau est rendue notre seule réponse pour protéger les derniers saumons, on est mal foutus. La remise à l’eau n’est pas une stratégie de rétablissement. C’est une mesure minimale pour réduire les dommages. C’est mieux que tuer un saumon, oui. Mais ce n’est pas une réponse suffisante quand certaines rivières sont rendues au bord du gouffre. On ne réglera pas la mer cette saison. On ne réglera pas le climat cette saison. On ne réglera pas l’aquaculture cette saison. On ne réglera pas les prises accidentelles cette saison. On ne réglera pas la chaîne alimentaire marine cette saison. Mais on peut décider, cette saison, de sacrer patience aux quelques saumons qui ont réussi à revenir. C’est ça, mon point. Ce n’est pas une attaque. C’est une prise de conscience. Et je sais très bien que je ne suis pas seul à penser ça. Plusieurs personnes autour de moi voient la même chose, disent la même chose en privé, mais n’osent pas parler publiquement parce qu’elles savent ce qui arrive ensuite : on tire sur le messager au lieu de regarder le message. Mais l’attaque du messager démontre justement qu’il y a un malaise. Un gros malaise. Parce que certaines personnes ont occupé des positions importantes dans les dernières années. Des positions clés dans le développement, la gestion, l’image ou la protection du saumon. Et aujourd’hui, au lieu de reconnaître que le système a tardé, que les décisions n’ont pas été assez fortes, que les signaux ont été ignorés trop longtemps, on se braque. Mais le saumon, lui, n’a plus le luxe d’attendre que tout le monde sauve la face. Il n’a pas besoin qu’on protège l’image de ceux qui ont tardé à agir. Il n’a pas besoin qu’on protège le confort des saumoniers. Il n’a pas besoin qu’on protège le folklore. Il n’a pas besoin qu’on protège l’industrie autour de lui. Il a besoin qu’on protège sa capacité de survivre et de frayer. Alors oui, il faut travailler sur la mer. Oui, il faut travailler sur les habitats. Oui, il faut travailler sur la qualité de l’eau, les températures, les prédateurs, les prises accidentelles, l’aquaculture et tout le reste. Mais en attendant, ici, dans nos rivières, on a une responsabilité immédiate. Et cette responsabilité, c’est de protéger les derniers saumons qui reviennent. Pas dans dix ans. Pas quand on aura une étude parfaite. Pas quand le système sera confortable avec l’idée. Maintenant. Parce qu’à force de chercher des raisons pour ne pas agir chez nous, on finit par protéger nos habitudes plus que le saumon. Et si la seule réponse à ceux qui demandent des mesures plus fortes, c’est de les dénigrer, de les caricaturer ou de leur mettre des mots dans la bouche, alors il faut se poser une vraie question : Est-ce qu’on est encore là pour protéger le saumon? Ou est-ce qu’on est surtout là pour protéger l’image de ce qu’on a construit autour de lui?
- Si le saumon disparaît, tout le reste devient du folklore
Quand le saumon devient secondaire, on ne gère plus une ressource : on accompagne son déclin À un moment donné, il faut arrêter de se raconter des histoires. Le saumon atlantique au Québec n’a pas besoin d’être célébré davantage. Il a besoin d’être protégé. Réellement. Maintenant. Quand les balados, les revues, les mentorats, les banquets, les festivals de films, les concours de photos et toute la culture qui entoure le saumon prennent plus de place que le saumon lui-même, il y a un problème profond. Pas un petit malaise. Une dérive complète. On a inversé les priorités. On protège l’image du saumonier. On protège les habitudes. On protège les événements. On protège le folklore. On protège l’expérience. Mais le saumon, lui, celui qui doit remonter la rivière, survivre, frayer et assurer la suite, il est rendu où dans la liste? Tellement bas qu’il en devient presque invisible. On parle de lui. On le photographie. On le filme. On l’utilise comme symbole. On le met sur des affiches, dans des revues, dans des vidéos, dans des soirées de financement. Mais pendant qu’on le célèbre, il disparaît. Et ça, c’est le vrai scandale. Parce que sans saumon, il n’y a plus de saumonier. Il n’y a plus de culture. Il n’y a plus de tradition. Il n’y a plus de rivière mythique. Il n’y a plus rien à raconter. Seulement le souvenir d’une ressource qu’on aura regardée tomber pendant qu’on organisait encore des événements autour d’elle. Il faut être clair : ce n’est pas avec plus de visibilité qu’on va sauver le saumon. Ce n’est pas avec plus de contenu, plus de banquets, plus de discours, plus de publications ou plus de belles photos qu’on va renverser la tendance. Ça va prendre des décisions difficiles. Des mesures fortes. Des sacrifices réels. Une gestion qui place enfin le poisson avant l’industrie sociale, touristique et culturelle qui gravite autour de lui. Parce qu’à un certain point, continuer comme avant n’est plus de la tradition. C’est de l’aveuglement. Et si, pour une fois, On Écoutait Vraiment le Saumon? Pas les intérêts. Pas les habitudes. Pas les excuses. Pas les phrases creuses. Pas les “on a toujours fait ça comme ça”. Le saumon. Celui qui revient de moins en moins nombreux. Celui qui traverse l’océan, les changements climatiques, les prédateurs, les filets, les estuaires, les rivières trop chaudes, les manipulations, les captures, les remises à l’eau, les photos et toute la pression humaine qu’on continue de lui imposer. Ce poisson-là ne demande pas qu’on parle de lui davantage. Il demande qu’on lui donne une vraie chance de se rendre aux frayères. Il demande qu’on arrête de le traiter comme une occasion d’événement, de contenu ou de performance personnelle. Il demande qu’on reconnaisse enfin l’urgence. Parce que lorsque les montaisons s’effondrent, chaque saumon compte. Chaque géniteur compte. Chaque poisson rendu à la rivière devrait être vu comme une possibilité de reproduction, pas comme une occasion de plus pour maintenir une activité comme si de rien n’était. La question n’est plus de savoir comment préserver l’expérience du saumonier. La vraie question, c’est : combien de temps encore allons-nous sacrifier le saumon pour préserver l’illusion que tout peut continuer comme avant? Il faut choisir. Est-ce qu’on protège une culture qui refuse de changer? Ou est-ce qu’on protège enfin ce qui rend cette culture possible? Parce qu’un jour, il sera trop tard pour faire semblant d’avoir compris.
- 100, 50... saumons… et toujours aucune ligne. Jusqu’où va-t-on descendre?
On est en train d’assister à la pire montaison de saumons de l’histoire moderne du Québec. Pas un simple creux. Pas un cycle. Un effondrement. Les chiffres sont sans équivoque : 11 rivières sous la barre des 100 saumons, dont 7 sous les 50. À ce niveau-là, on ne parle plus de pêche. On parle de survie. Et pendant ce temps-là… rien. Aucune mesure forte. Aucun signal clair. Aucun plan pour garantir une chose pourtant essentielle : que chaque saumon qui remonte puisse frayer. On continue d’ajuster à la marge, de parler de remise à l’eau, de publier, de consulter. Mais on n’agit pas à la hauteur de la crise. Pourtant, la réalité est brutale, mathématique, impossible à ignorer. Le taux de retour des saumoneaux est sous les 0,2 %. Zéro virgule deux. Concrètement, ça veut dire que sur 1 000 saumoneaux (smolts) qui quittent la rivière, deux saumons reviennent, deux! Dans ce contexte, chaque reproducteur devient critique. Chaque saumon qui fraie devient essentiel. C’est un jeu de chiffres, simple et implacable. 0,2 % de 1 000 000 donne 2 000 retours. 0,2 % de 1 000 donne 2 retours. Même taux. Résultat complètement différent. Toute la survie du saumon repose là-dessus : le nombre de reproducteurs qu’on réussit à protéger aujourd’hui. Et c’est précisément là que le système échoue. On continue de gérer comme si on était en période d’abondance. Comme si 100 saumons, c’était encore une base acceptable. Comme si la remise à l’eau était une solution suffisante, peu importe le contexte. Mais dans des rivières où il reste 30, 40 ou 50 saumons, chaque manipulation, chaque stress, chaque mortalité — même marginale — devient disproportionnée. La vraie question n’est plus biologique. Elle est politique. C’est où, la ligne? 100 saumons? 50? 40? 30? 20? 10? 0? À quel moment le ministère et la fédération québécoise pour le saumon atlantique vont-ils décider que c’est assez? Parce qu’en ce moment, tout pointe vers une gestion en mode run until fail. On laisse descendre. On espère une remontée. On gagne du temps. Mais pendant ce temps-là, chaque saumon perdu est une occasion de reproduction en moins. Et avec un taux de retour de 0,2 %, ces pertes-là ne se rattrapent pas. On aime parler de la mer. Du Groenland. Des changements climatiques. Des facteurs hors de notre contrôle. Tout ça est réel. Mais ce n’est pas une excuse pour l’inaction ici. Parce qu’ici, au Québec, on a du contrôle. On peut fermer des rivières. On peut protéger les refuges thermiques. On peut imposer des règles strictes. On peut garantir que chaque saumon atteigne leurs sites de fraie. Mais ça demande du courage. Ça demande d’arrêter de vouloir plaire à tout le monde. Ça demande de prendre des décisions impopulaires, mais nécessaires. Aujourd’hui, la seule stratégie logique est claire : maximiser la reproduction de ce qui reste. Pas demain. Maintenant. Parce qu’à 0,2 %, on n’a plus le luxe d’attendre. Et à force de chercher la ligne… on est peut-être déjà en train de la dépasser.
- Protéger le saumon… ou protéger l’illusion?
Le 25 avril 2026, à quelques semaines de l’ouverture de la pêche au saumon au Québec, une réalité s’impose : nous avançons à l’aveugle. Après deux des pires années de montaisons jamais observées, aucune mesure structurante n’a été annoncée. Ni plan d’urgence, ni adaptation majeure, ni signal clair que la situation exceptionnelle que vivent nos rivières est réellement comprise à sa juste gravité. Les données sont pourtant sans appel. En 2024 et 2025, 11 rivières québécoises ont enregistré des montaisons moyennes sous les 100 saumons, dont 7 sous la barre des 50 individus. Ces chiffres ne décrivent pas une baisse temporaire. Ils illustrent un effondrement localisé, mais bien réel. Malgré cela, la réponse actuelle se limite essentiellement à la remise à l’eau. Une mesure pertinente, certes, mais largement insuffisante dans un contexte où chaque poisson compte. Aucune stratégie globale ne vient encadrer cette pratique ni limiter ses impacts. Plus préoccupant encore, plusieurs leviers connus et documentés demeurent absents. Il n’existe toujours pas de protocole officiel de fermeture basé sur la température de l’eau, alors que le seuil de 21°C est reconnu comme critique pour le saumon atlantique. La protection des refuges thermiques, ces zones essentielles à la survie estivale, n’est toujours pas prise en charge de manière systématique. Quant aux rivières en situation critique, aucune mesure spécifique ne semble envisagée pour adapter ou suspendre la pression de pêche. Dans ce contexte, il devient difficile d’éviter une question fondamentale : que cherche-t-on à maintenir? La ressource elle-même, ou l’activité qui en dépend? Car à ce niveau de fragilité, la marge d’erreur n’existe plus. Chaque manipulation, chaque combat, chaque remise à l’eau devient un facteur de stress supplémentaire pour des poissons déjà à la limite de leurs capacités physiologiques. Les bonnes pratiques devraient donc s’imposer comme des standards minimaux, et non comme des recommandations. Le maintien du saumon dans l’eau en tout temps, l’interdiction des manipulations inutiles, ainsi que l’utilisation généralisée d’hameçons simples sans ardillon devraient être non négociables. De la même façon, des fermetures automatiques en fonction des conditions environnementales devraient être intégrées à la gestion, plutôt que laissées à l’appréciation du moment. La situation des rivières sous les 100 saumons mérite également un regard lucide. À ce niveau, il n’est plus question d’optimiser une activité, mais de préserver une population. Lorsque les montaisons descendent sous les 50 individus, la logique même de maintenir une saison de pêche devrait être remise en question. Il serait trop simple de désigner les pêcheurs comme responsables. Ce n’est pas le cas. Toutefois, dans un contexte d’abondance réduite, l’impact individuel de chaque intervention devient significatif. Ce changement d’échelle impose une adaptation des comportements, mais surtout des décisions en amont. Ce qui frappe aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’absence de mesures fortes, mais la répétition d’un modèle de gestion réactif. Les communications se succèdent, les bilans s’accumulent, mais les actions structurantes tardent à apparaître. Pendant ce temps, les indicateurs biologiques continuent de se détériorer. Le saumon atlantique ne manque pas de visibilité. Il manque de décisions. La question qui se pose désormais est simple : sommes-nous prêts à ajuster nos pratiques pour protéger la ressource, ou allons-nous continuer à maintenir le statu quo jusqu’à ce que certaines rivières ne soient plus que des souvenirs? Personne ne blâme les pêcheurs. Mais il faut être lucide :dans un contexte d’abondance, l’impact individuel est dilué. Dans un contexte d’effondrement, il est amplifié. Ce qui choque aujourd’hui, ce n’est pas seulement l’inaction. C’est cette impression persistante que : 👉 On attend que la situation se replace d’elle-même 👉 On gère à court terme pour maintenir l’activité 👉 On recycle les mêmes discours, année après année Assez des balados. Assez des mises à jour sans substance. Assez du copier-coller. Le saumon atlantique n’a pas besoin de communication. Il a besoin de décisions. Des décisions difficiles. Des décisions impopulaires. Mais des décisions nécessaires. Parce qu’au final, la vraie question n’est plus scientifique. Elle est morale. Est-ce qu’on est prêts à ralentir aujourd’hui…pour ne pas perdre demain? Ou est-ce qu’on va continuer à ouvrir des saisons…pendant que tout s’effondre?
- Le Québec gère-t-il… ou achève-t-il son saumon ?
Vous voulez qu’on parle franchement ? Le bilan 2025 vient de sortir…et les résultats sont troublants. Au Québec, en 2024 et 2025, 11 rivières sont tombées sous les 100 saumons et dans ces 11, 7 sont sous les 50 saumons. (Moyenne de montaison de 2024 et 2025) Ce ne sont plus des populations. Ce sont les derniers survivants. Et pourtant…on continue d’ouvrir. On continue de pêcher. On continue de se présenter comme des gestionnaires responsables. Bilan 2025 Bilan de l'exploitation du saumon au Québec 2025 Mais il y a pire. Aucun véritable protocole lors des épisodes de chaleur. Aucune protection claire et systématique des refuges thermiques. On sait que l’eau chaude tue. On sait que le stress thermique fragilise les poissons. On sait que la remise à l’eau, dans ces conditions, peut être fatale. Et malgré tout…on laisse faire. Pourquoi ? Parce que fermer, c’est perdre des revenus. Parce que ralentir l’activité, c’est fragiliser le modèle. Parce que ce système dépend directement de la pêche pour survivre. On n’est plus dans la protection du saumon . On est dans la protection d’un modèle économique. Et ça, c’est un choix politique. On parle de sensibilisation. On parle de bonnes pratiques. On parle de responsabilité individuelles. Mais pendant ce temps, les décisions structurantes ne sont pas prises. Alors posons la vraie question : qui est le plus incohérent ? Le pêcheur qui agit dans un cadre qu’on lui autorise…ou les instances — fédération et ministère — qui maintiennent ce cadre même quand tous les indicateurs sont au rouge ? Parce qu’à ce niveau-là, ce n’est plus un manque d’information. Le bilan 2025 est clair. C’est un manque de courage. Tant qu’on financera la gestion du saumon avec son exploitation, il y aura un conflit d’intérêts. Et tant qu’on refusera de fermer, même en situation critique, on ne fera pas de la conservation. On organisera la disparition.
- Saumon atlantique au Québec : le paradoxe d’un système qui finance sa protection par son exploitation
L’effondrement des montaisons de saumon atlantique au Québec — qui a atteint un creux historique et alarmant en 2024 et 2025 — met en lumière une faille systémique profonde : le paradoxe du financement de sa propre protection. Le dilemme : financer la surveillance par l’exploitation Le modèle québécois de gestion du saumon relève du Ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs et s’appuie sur une structure où la Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA), les ZECs et les associations de rivière dépendent largement des revenus générés par l’activité de pêche. Ce modèle crée un paradoxe préoccupant : la protection d’une espèce en déclin dépend en partie de l’exploitation de cette même ressource. Dans un contexte de chute historique des montaisons, cette dépendance fragilise la capacité des gestionnaires à prendre des décisions strictement axées sur la conservation, sans pression économique liée au maintien des activités de pêche. Ce mécanisme crée un paradoxe fondamental : Plus il y a de journées de pêche vendues, plus les revenus augmentent. Mais plus la pression sur le saumon augmente, plus la ressource se fragilise. Autrement dit, protéger le saumon signifie souvent réduire les revenus qui servent justement à financer sa surveillance. Cette dépendance place les acteurs de la conservation dans une position délicate : Restreindre la pêche pour protéger la ressource entraîne une baisse directe des revenus. Maintenir l’activité pour financer la protection augmente la pression sur une espèce déjà vulnérable. Ce conflit d’intérêts structurel fragilise la capacité du système à prendre rapidement des décisions strictes lorsque la situation l’exige. Une dépendance financière qui freine les fermetures nécessaires Le budget de fonctionnement des organismes — incluant les salaires des gardiens de rivière, les opérations de décompte, la surveillance des fosses et les suivis biologiques — proviennent majoritairement de la vente : de forfaits journaliers, des tirages au sort pré saison, 24h, 48h et 72h, des accès présaison. En période de canicule, de faibles débits ou d’étiage sévère, fermer une rivière pour protéger les saumons stressés par la chaleur signifie couper immédiatement la principale source de financement du système. Cette réalité crée une réticence naturelle à imposer des fermetures rapides, complètes et uniformes, même lorsque les conditions biologiques l’exigent. L’absence d’un protocole thermique national rigoureux Alors que d’autres juridictions, comme Terre-Neuve-et-Labrador, le Nouveau Brunswick et sans oublier la Nouvelle Écosse, appliquent des fermetures automatiques dès que la température de l’eau dépasse des seuils critiques, le Québec tarde encore à adopter un protocole thermique uniforme et obligatoire. Actuellement, la gestion repose surtout sur : des recommandations, des fermetures volontaires, des fermetures partielles de certaines fosses ou refuges thermiques, des projets pilotes locaux. Cette approche « au cas par cas » est largement critiquée, car elle laisse place : aux pressions économiques locales, à des décisions inégales entre les rivières, à des délais incompatibles avec l’urgence biologique. Le système demeure trop réactif, alors que la situation exige désormais une gestion préventive fondée sur des seuils scientifiques clairs. L’illusion de la remise à l’eau en période de chaleur extrême Même si la remise à l’eau est devenue obligatoire sauf quelques rivières en 2025, cette mesure demeure insuffisante lorsque les rivières atteignent des températures critiques. Le simple dérangement peut devenir mortel En période de chaleur, les saumons se réfugient dans les fosses froides pour limiter leur stress physiologique. Le simple fait de : lancer une mouche au-dessus d’un banc de saumons, marcher à proximité des refuges thermiques, multiplier les passages de soies et de lignes, peut suffire à : forcer les poissons à quitter leurs refuges, augmenter leur dépense énergétique, les exposer à une eau plus chaude et moins oxygénée. Un stress thermique qui compromet la survie et la reproduction Lorsqu’un saumon est combattu ou dérangé dans une eau dépassant 20 °C : son métabolisme s’emballe, sa récupération devient beaucoup plus lente, son taux de survie post-capture chute fortement. Même lorsqu’il survit, les impacts peuvent être majeurs : affaiblissement général, réduction du succès reproducteur, baisse de la fécondité des œufs, augmentation du risque de mortalité retardée. Ainsi, en période de canicule, la remise à l’eau ne garantit pas la protection réelle du poisson. Une réforme devenue urgente Face à l’effondrement observé depuis plusieurs années, de plus en plus d’intervenants réclament une réforme structurelle du modèle québécois. Les pistes de solution les plus souvent proposées : 1. Découpler la protection du financement par la pêche Le financement de la conservation devrait provenir de fonds publics stables et indépendants : financement gouvernemental récurrent, fonds dédiés à la surveillance climatique, soutien aux gardiens de rivière. Cela permettrait de prendre des décisions de fermeture sans pression économique immédiate. 2. Adopter un protocole thermique obligatoire Mettre en place : des seuils de température uniformes, des fermetures automatiques, une surveillance en temps réel accessible au public. 3. Renforcer la transparence et la gouvernance Instaurer : une reddition de comptes publique, une meilleure diffusion des données biologiques, des mécanismes de décision moins influencés par les revenus locaux. Le saumon atlantique n’est pas seulement une ressource halieutique : il est un indicateur de la santé de nos rivières et un symbole du patrimoine naturel québécois. Tant que sa protection dépendra financièrement de son exploitation, le Québec demeurera prisonnier d’un système contradictoire, où l’urgence écologique se heurte à la survie économique du modèle. Aujourd’hui, la question n’est plus de savoir s’il faut réformer ce système, mais combien de temps il reste avant qu’il ne soit trop tard.
- Ne pas manger ses semences : Pourquoi le statu quo menace l'avenir de nos rivières
Avec les récentes annonces d'optimiste par certains organismes de protection du saumons sur le retour du saumon, le retour aux ``Statu Quo `` risque de forcer l’ouverture de la récolte après une période de crise qui perdure depuis plus de 3 ans et pourrait présenter des risques biologiques précis pour la ressource saumon. À court terme (1 à 2 ans) Réduction immédiate du succès de fraie : Chaque saumon récolté est un géniteur de moins. Si la montaison de 2026 est bonne mais que la récolte est trop agressive, le nombre d'œufs déposés dans le gravier pourrait retomber sous le seuil de conservation (le minimum nécessaire pour remplacer la génération actuelle). Pression sur les grands géniteurs : Si la récolte cible les gros saumons (souvent des femelles transportant des milliers d'œufs), l'impact sur la capacité de reproduction de la rivière est instantané. À long terme (5 ans et plus) Affaiblissement des cycles futurs : Le saumon atlantique revient à sa rivière natale après 5 ans en moyenne. Une récolte excessive en 2026 crée un "trou" générationnel qui ne se manifestera qu'en 2031, risquant de replonger la rivière dans une spirale de déclin. Perte de diversité génétique : En diminuant artificiellement la population par la pêche, on réduit la diversité génétique. Cela rend l'espèce moins résiliente face aux changements climatiques ou aux maladies. Une approches prudente pour assurer une reprise durable plutôt qu'un succès éphémère. Voici pourquoi des mesures complémentaires de protection sont souvent plus efficaces que simplement la remisse à l'eau 1. Remise à l'eau + Hameçon simple sans ardillon L'utilisation de l'hameçon simple sans ardillon réduit drastiquement le temps de manipulation et les blessures aux tissus vitaux. Combiné à la remise à l'eau obligatoire, cela garantit que la quasi-totalité des poissons qui montent en 2026 pourront réellement frayer à l'automne. 2. Protocole de chaleur (Fermetures thermiques) C'est une mesure critique. Quand l'eau dépasse 20°C, le saumon accumule de l'acide lactique et manque d'oxygène. Même une remise à l'eau parfaite peut devenir mortelle par stress thermique. L'avantage : On protège le poisson durant ses périodes de vulnérabilité maximale sans interdire la pêche tout l'été. 3. Protection des refuges thermiques Les fosses alimentées par des sources d'eau froide sont des "stations-service" vitales où les saumons s'entassent pour survivre aux canicules. Interdire la pêche spécifiquement dans ces zones (souvent appelées "sanctuaires") empêche de harceler des poissons déjà en mode survie, ce qui préserve leur énergie pour la reproduction. Pourquoi c'est "mieux" à long terme ? Plutôt que de voir le saumon comme une ressource à consommer immédiatement (récolte), cette stratégie le traite comme un capital biologique qu'on laisse fructifier. En 2026, si les montaisons augmentent, ces mesures permettraient de maximiser la dépose d'œufs, créant un "coussin" de sécurité pour les années plus difficiles qui pourraient suivre.
- The 20 °C Protocol: A Life-Saving Shield for Atlantic Salmon
A heat protocol based on a target temperature of 20°C is an emergency measure designed to reduce physiological stress and mortality in salmon when the water becomes too warm. Here's why this measure is beneficial for the species' survival: 1. Prevention of Heat Stress Atlantic salmon are cold-water fish. Their metabolism accelerates as water temperatures rise: At 20°C and above: Salmon enter a state of stress. They draw on their energy reserves (necessary for reproduction) simply to regulate their body temperature. The benefit: By ceasing fishing at this temperature, we avoid adding physical stress (the fight at the end of the line) to an already weakened organism. 2. Reduced Mortality After Release Even if an angler carefully releases their salmon (catch and release), the chances of survival drop drastically in warm water: Lack of Oxygen: Warm water contains less dissolved oxygen. A salmon that has just exerted itself intensely to free itself struggles to recover and can die of asphyxiation or exhaustion a few hours later. The Benefit: The protocol ensures that salmon that have successfully reached the cold pools are not disturbed, thus maximizing the number of spawners available for the spawning season. 3. Protection of "Thermal Refuges" When the river temperature exceeds 20°C, salmon congregate, if possible, in cooler areas (stream mouths, underground springs). Vulnerability: In these pockets of cold water, the fish are highly concentrated and become easy targets for fishing or poaching. The benefit: The protocol protects these critical aggregation areas, allowing salmon to pass undisturbed through the heatwave. In summary: Strictly enforcing the 20°C threshold acts as a temporary shield. It's an adaptive management approach: the river is closed when the risk of mortality is too high, and reopened as soon as the water cools (often below 18°C for 48 hours).
- Protocole de chaleur : assurer la survie du saumon atlantique en période critique
Un protocole de chaleur basé sur une consigne de 20 °C est une mesure d'urgence visant à réduire le stress physiologique et la mortalité des saumons lorsque l'eau devient trop chaude. Voici pourquoi cette mesure est bénéfique pour la survie de l'espèce : 1. Prévention du stress thermique Le saumon atlantique est un poisson d'eau froide. Son métabolisme s'accélère avec l'augmentation de la température de l'eau : À 20 °C et plus : Le saumon entre en état de stress. Il puise dans ses réserves d'énergie (nécessaires pour la reproduction) simplement pour réguler sa température corporelle. Le bénéfice : En cessant la pêche à ce seuil, on évite d'ajouter un stress physique (le combat au bout de la ligne) à un organisme déjà affaibli. 2. Réduction de la mortalité après remise à l'eau Même si un pêcheur remet son saumon à l'eau avec soin (la remise à l'eau), les chances de survie chutent drastiquement dans une eau chaude : Manque d'oxygène : L'eau chaude contient moins d'oxygène dissous. Un saumon qui vient de fournir un effort intense pour se libérer peine à récupérer et peut mourir d'asphyxie ou d'épuisement quelques heures plus tard. Le bénéfice : Le protocole garantit que les saumons qui ont réussi à atteindre les fosses froides ne soient pas dérangés, maximisant ainsi le nombre de géniteurs de disponible pour la période de fraie. 3. Protection des "refuges thermiques" Quand la rivière dépasse 20 °C, les saumons se regroupent si possible dans les zones plus fraîches (embouchures de ruisseaux, sources souterraines). Vulnérabilité : Dans ces poches d'eau froide, les poissons sont très concentrés et deviennent des cibles faciles pour la pêche ou le braconnage. Le bénéfice : Le protocole protège ces zones critiques de rassemblement, permettant aux saumons de passer en travers la vaque de chaleur en toute tranquillité. L'application stricte de la barre des 20 °C agit comme un bouclier temporaire. C’est une gestion adaptative : on ferme la rivière quand le risque de mortalité est trop élevé, et on la rouvre dès que l'eau refroidit (souvent sous les 18 °C pendant 48h).
- Climat : quand les rivières cherchent un second souffle
La protection des refuges thermiques est devenue un enjeu prioritaire pour la survie du saumon atlantique, une espèce d'eau froide particulièrement vulnérable à la hausse des températures due aux changements climatiques. Ces refuges sont des zones localisées en rivière où l'eau demeure significativement plus froide, souvent situées à l'embouchure de petits ruisseaux alimentés par des sources souterraines. Pourquoi protéger ces zones ? Prévention du stress thermique : Lorsque la température de l'eau dépasse les 20 C , le saumon subit un stress physiologique intense qui peut affaiblir son système immunitaire et, dans les cas extrêmes, causer sa mort. Survie lors des canicules estivales : Durant les périodes de forte chaleur et de bas niveaux d'eau, les saumons se regroupent massivement dans ces "poches" d'eau fraîche pour thermoréguler et économiser leur énergie. Préservation des capacités de reproduction : Un saumon moins stressé thermiquement conserve l'énergie nécessaire pour accomplir sa montaison et assurer une reproduction efficace une fois parvenu aux frayères. Régulation de la pêche sportive : Les gestionnaires sauf pour le Québec ferment souvent l'accès à la pêche près de ces refuges pour éviter d'ajouter un stress supplémentaire (pression de pêche) aux poissons déjà affaiblis par la chaleur.
- L’urgence de laisser respirer nos rivière.
L’urgence de laisser respirer nos rivières : Pourquoi suspendre la pêche au saumon de subsistance ? Le saumon atlantique, autrefois roi de nos rivières, traverse actuellement une crise sans précédent. Si la pêche de subsistance est un droit et une tradition ancrée, la situation biologique actuelle impose une pause forcée pour éviter une disparition irréversible. Voici pourquoi cette mesure de prudence est devenue incontournable : 1. Le seuil de survie est atteint Dans de nombreuses rivières, le nombre de saumons qui reviennent de l'océan pour frayer est tombé sous le "seuil de conservation". Cela signifie qu'il n'y a plus assez de poissons pour remplacer la génération précédente. À ce stade, chaque prélèvement, même minime, ampute directement la capacité de la rivière à se régénérer. Interdire la pêche, c'est s'assurer que chaque géniteur puisse déposer ses œufs. 2. Le facteur "stress thermique" Avec le dérèglement climatique, l'eau des rivières atteint des températures mortelles pour le saumon (souvent au-delà de 20°C). Dans une eau trop chaude, le saumon est en mode survie et s'épuise rapidement. Le simple fait de le manipuler ou de le stresser par une tentative de capture peut causer sa mort, même s'il est relâché. Fermer la pêche permet de laisser les poissons au repos dans les fosses fraîches, là où ils attendent la pluie. 3. Une chute brutale des montaisons Les données scientifiques les plus récentes (2024-2025) montrent une baisse drastique des retours de saumons. Les causes sont multiples (pollution, manque de nourriture en mer, barrières migratoires), mais le résultat est le même : il n'y a plus de surplus "pêchable". Continuer à prélever des poissons dans un stock en déclin accéléré accélère l'extinction locale de certaines populations. 4. Protéger l'avenir des communautés L'interdiction de la pêche de subsistance est une mesure difficile, mais c'est un investissement pour l'avenir. Si l'espèce s'éteint, le droit de pêche et la tradition disparaissent avec elle pour toujours. En arrêtant la pression de pêche aujourd'hui, on donne une chance aux stocks de se reconstruire afin que les générations futures puissent de nouveau exercer ce droit dans une rivière en santé. La prudence ne consiste pas à nier un droit, mais à protéger la ressource qui rend ce droit possible. Face à l'effondrement des populations, le silence des cannes à pêche est parfois le seul moyen de garantir que le cri du saumon continuera de résonner dans nos rivières.
- Chantal Dompierre
rejoindre Chantal https://www.facebook.com/chantal.dompierre.2025
- L'incroyable Rédemption d'un Passionné de Saumons
PARTAGER SVP Merci Nicolas Lachapelle CÔTE-NORD - Autrefois pêcheur obsessif, Jocelyn Leblanc est aujourd’hui le plus ardent défenseur du saumon et de ses rivières. Personne ne connaît le saumon et les rivières de la Côte-Nord comme Jocelyn Leblanc. À travers la confection d'une mouche à saumon dans son atelier de la Baie-des-Homards, l’ancien guide de pêche revisite son passé. De sa découverte foudroyante de la pêche à la mouche alors qu’il était enfant au Nouveau-Brunswick jusqu’à ses années de «salmon bum» sur les rivières de la Nouvelle-Écosse et de Terre-Neuve-et-Labrador, Jocelyn Leblanc nous raconte comment il s’est amouraché de la rivière Pentecôte, sur la Côte-Nord. C’est d’ailleurs là qu’il a choisi de s’établir et qu’il a entamé sa conversion en ardent militant pour la sauvegarde des saumons, une ressource de plus en plus précarisée.
- La Aux Rochers Version Spey (Jocelyn LeBlanc)
La Aux Rochers (Jocelyn LeBlanc) Hameçons -Hook Daiichi 2050 #3 bronze Tag - Ferret Gold embossed gold Tinsel or Halographic Gold Tail- Orange Golden pheasant - Crète de faisant dorée orange Rib - Côte gold oval tinsel - Tinsel ovale or Body - Hot orange floss and black dubbing - Corps floche hot orange et dubbing noir Wing - Artic Fox orange- Ailes Renard artique orange & Flashabou UV pearl Collar - Black heron and orange guinea fowl- Heron teindu noir et poule de guinée orange Cheek - Joue Jungle Cock
- Un témoignage troublant d'une rivière témoin
La rivière de la Trinité est l'une des rivières à saumon témoins opérées par le MFFP. Le barrage est muni d'une passe migratoire et d'un système de comptage. Ces installations ont permis de suivre l'évolution des montaisons du saumon depuis 1984. Les données révèlent que le nombre de reproducteurs est en déclin depuis les 30 dernières années. Saumon Atlantique Rivière Trinité, fosse Gobeil.
- La Campagnol
La Campagnol Variation (Jocelyn LeBlanc), la fosse Campagnol est une fosse de rétention la Rivière aux Rochers ou les saumons de la Rivière MacDonald utilisent comme refuge thermique de la mi juillet jusqu'à la fin août. La Rivière MacDonald est un important tributaire de la Rivière aux Rochers. Les saumons de la MacDonald utilisent l'eau froide du lac Walker parce que l'eau de la rivière MacDonald deviens très chaude en juillet et août. Hameçons -Hook Daiichi 2161 #1, 2, 4, 6, 8 Tag - Ferret Gold Holographic Tinsel Tail- Golden pheasant - Crète de faisant dorée naturel Rib - Côte gold oval tinsel - Tinsel ovale or Body - Corps Fluor wool hot green Wing - Ailes artic Fox tail yellow, chartreuse and black - queue de renard jaune, chartreuse et noir et Flashabou UV Collar - Black heron, lime green and black hen - Heron teindu noir et hackle de selle de poule vert lime et noir Cheek - Joue Jungle Cock
- Étape par Étape Montage de la Mouche à Saumon La Overtaker
La Overtaker Hook- Hameçons, Mustad Signature DL70UBLN Double Size 4 Thread- Fil, Uni-8/0 Fire Orange Tag, Small Gold Oval Tinsel Tail- Queue Golden Pheasant tippet Butt- Bout, Uni-Floss Hot Green and UNI-Stretch Chinese Red Body, STS Trilobal dubbing green highlander Wing- Ailes, Black Fox & UV Flashabou Eyes-Yeux, Jungle Cock Originator - Création: Davie McPhail Tier- Monteur: Jocelyn LeBlanc
- Étape par Étape Montage de la Mouche à Saumon Bugger Chartreuse
Création & Tier - Jocelyn LeBlanc Chartreuse Bugger Hameçon - Patridge Salar Gold #5 Tag - Holographic Mylar Or avec UV resin Queue- Marabou noir, 4 morceaux de flashabou UV & Krystal Flash FLUO Chartreuse Côte - Gold oval tinsel avec hackle noir Corps - Chenille jaune chartreuse Ailes- Jungle Cock Long Collier - Selle de poule noir Tête - Uni floche hot red.
- La Fergy
La Fergy Étape par Étape Montage de la Mouche à Saumo La Fergy est une création de M. John Edward qui était guide sur la rivière Moisie à la hauteur de la Rivière Ouapatec, cette mouche fut dédié pour son grand ami et mentor M. Roland Fergusson de Sept Iles QC. C'est mes trois amis de Sept Iles Karl Hartland , Réjean Langlois et Jean-Marie Henry qui m'ont fait découvrir cette mouche redoutable. Création - Created John Edward Tier - Jocelyn LeBlanc Hook - Hameçon - Daiichi 2051 Single # 3 Tag - Holographic Mylar Silver Tail- Queue Golden pheasant crest natural with blue doctor hackle on top But - Bout - Bright Yellow Floss ( UV RESIN) Rib- Côte - Gold oval tinsel with palmered black hen hackle Body- Corps - Black Uni Stretch Wing- Ailes-Blue turkey quill section with black fox tail fur and light blue Krystal flash Collar - Collier- Black hen hackle Eyes- Yeux - Jungle cock
- Étape par étape, la mouche à truite Olive Wolly Bugger avec hackle noir.
L'une des meilleures mouches de la Côte-Nord pour l'omble de fontaine et l'omble de fontaine de anadrome, ce wolly bugger olive (Hackle noir) est un favori local pour l'omble de fontaine de début de saison et tout au long de la saison, la seule chose qui change est sa taille. Les pêcheurs du lac ne jurent que par cette mouche. Oh non, j'ai révélé une mouche secrète, désolé pour ça. Monteur- Jocelyn LeBlanc Hameçon - Mustad 9672 Queue - Marabout noir avec quelques brins de flashabou UV Côte - tinsel ovale dorée et hackle de poule noire palmée Corps - Chenille olive Collier - Hackle de poule noire Tête - Noir















































