Le vent de Rivière Pentecôte rapporte, les projets avancent ailleurs, mais l’eau potable attend toujours.
- Jocelyn LeBlanc
- 22 juil.
- 14 min de lecture
À Port-Cartier, des millions pour l’eau… mais toujours pas une goutte potable à Pentecôte !
Usine de 52 millions, piscine de 24 millions, redevances d’Apuiat : pendant ce temps, des familles transportent encore leur eau dans des bidons.

Éditorial
À Port-Cartier, on a réussi à mener à terme un projet d’usine d’eau potable évalué initialement à 52 millions de dollars, puis ramené autour de 50 millions. On prépare maintenant un projet de piscine municipale estimé à 24 millions de dollars, avec des études terminées, des plans et devis prêts et une campagne complète de mobilisation citoyenne.
À quelques kilomètres de Rivière-Pentecôte, le parc éolien Apuiat produit de l’électricité et générera pendant 30 ans d’importantes redevances, dont environ 500 000 dollars annuellement pour la Ville de Port-Cartier.
Et pendant ce temps, dans notre secteur, des familles transportent encore leur eau potable dans des bidons de 20 litres.
En 2026.
Dans la même municipalité.
Cette image est difficile à accepter. Elle résume le sentiment d’abandon que vivent depuis trop longtemps les citoyens de Rivière-Pentecôte, de la baie des Homards, de Pointe-aux-Anglais et des secteurs environnants.
Nous ne demandons pas un luxe. Nous demandons de l’eau pour boire.
Dix-huit kilomètres pour répondre à un besoin essentiel
Je demeure à la baie des Homards. Selon les analyses et les problèmes observés à ma résidence, mon eau contient notamment une concentration trop élevée de fer et n’est pas propre à la consommation.
Depuis près de quinze ans, je dois parcourir environ 18 kilomètres chaque semaine pour aller chercher entre 60 et 70 litres d’eau osmosée à Rivière-Pentecôte.
Cette eau ne sert pas à laver mon camion.
Elle ne sert pas à arroser mon terrain.
Elle ne sert pas à remplir une piscine.
Elle sert à boire, à cuisiner et à nous brosser les dents.
Déjà, devoir parcourir 18 kilomètres chaque semaine pour obtenir de l’eau potable n’a jamais été un privilège. C’est une contrainte que ma famille accepte depuis des années, faute d’une meilleure solution. Pourtant, lorsque la Ville a annoncé son nouveau système d’accès à puce, j’ai compris que les citoyens ne payant pas la taxe particulière liée au réseau d’eau pourraient perdre leur accès. Le point d’approvisionnement raisonnablement accessible suivant aurait pu m’obliger à parcourir près de 70 kilomètres.
À ce moment-là, la question n’était plus simplement de savoir où remplir mes bidons.
Je devais me demander s’il était encore possible d’élever ma famille dans ma maison.
Je devais envisager de partir. Pas parce que je n’aime plus mon secteur, mais parce qu’une famille ne peut pas vivre sans accès raisonnable à une eau potable. C’est cette inquiétude qui a mené à ma lettre ouverte. Derrière cette lettre, il n’y avait ni recherche de privilège ni refus de contribuer. Il y avait la peur réelle de perdre notre seule solution.
Une annonce publiée, supprimée, puis suspendue
Le 20 juillet, la Ville a annoncé qu’à compter du 24 juillet 2026, une puce électronique personnalisée serait nécessaire pour accéder au service d’eau osmosée. La distribution gratuite semblait destinée aux résidents qui paient la taxe d’eau.
Quelques heures plus tard, la publication Facebook a disparu. La page d’information sur le site de la Ville a également été retirée ou déplacée.
Le lendemain, la Ville a annoncé que le déploiement était temporairement suspendu, que les distributions de puces étaient annulées et que le service demeurait accessible selon les modalités existantes. Le rapport chronologique confirme cette succession rapide d’annonces, de retrait et de suspension. [1]
Cette suspension est un soulagement. Mais suspendre n’est pas expliquer. Supprimer une publication n’efface pas le stress qu’elle a causé.
Pendant plusieurs heures, des familles ont cru qu’elles allaient perdre leur accès à l’eau potable. La Ville doit-elle vraiment attendre que les citoyens s’inquiètent, écrivent des lettres ouvertes et interpellent leurs élus avant de mesurer les conséquences humaines d’une telle annonce?
Notre conseillère municipale m’a répondu qu’elle était très consciente de la situation et que les conseillers travaillaient actuellement sur le dossier. Je reconnais son écoute et je souhaite sincèrement que ce travail mène à une solution.
Mais après plus de vingt ans, dire que l’on travaille sur le dossier ne peut plus être considéré comme un résultat.
Les citoyens ont besoin de savoir ce qui est étudié, qui pourra obtenir une puce, quelles exemptions seront prévues, combien coûtera l’accès et quand une décision définitive sera prise.
Le rapport recommande justement que toute communication municipale concernant l’accès à l’eau précise immédiatement ce qui change, ce qui ne change pas, les exceptions applicables et la solution de remplacement. Il recommande aussi un échéancier public, une pompe de secours et un comité formel de suivi. [1]
Ce sont des demandes raisonnables.

Une solution temporaire devenue indispensable
Le problème de l’eau potable à Rivière-Pentecôte ne date pas de cette nouvelle puce.
La non-potabilité ou l’avis permanent est documenté depuis 2001 ou 2002. La date exacte varie selon les sources, mais cela ne change rien à l’essentiel : une génération entière a grandi dans un secteur où l’eau du réseau n’était toujours pas conforme pour la consommation directe. [1]
La station d’osmose avait été mise en place comme une solution temporaire. Dans les faits, elle est devenue le principal accès à l’eau potable pour une grande partie du secteur.
Le rapport estime qu’environ 500 personnes sont desservies dans le secteur et que près de 450 personnes utiliseraient la station d’osmose inverse. Il rappelle également qu’en 2016, une recherche de solutions plus large portait sur 58 kilomètres de territoire et 335 résidences non raccordées. [1]
Lorsque près de 450 personnes dépendent d’un point de remplissage, celui-ci n’est plus un petit service accessoire.
C’est un service essentiel.
Et sa fragilité a déjà été démontrée. En janvier 2026, un bris de pompe a forcé la fermeture temporaire du point d’approvisionnement. La Ville a dû distribuer des cruches de 18 litres au garage municipal, avec une limite d’une cruche par famille. [2] (Ville de Port-Cartier)
Une installation dont dépend une population entière ne devrait pas reposer sur une seule pompe, une seule station et des modalités d’accès qui peuvent être modifiées sans consultation complète.
Le poids que les citoyens portent depuis des années
Une cruche de 20 litres pèse environ 20 kilogrammes.
Quand on en transporte trois ou quatre chaque semaine, ce n’est pas seulement de l’eau que l’on porte.
On porte les escaliers à monter.
On porte les déplacements en hiver.
On porte le temps perdu.
On porte l’inquiétude de savoir si la station fonctionnera.
On porte la difficulté supplémentaire imposée aux personnes âgées et à mobilité réduite.
On porte le sentiment qu’ailleurs, ouvrir le robinet est un geste normal, alors que chez nous il faut organiser une partie de sa vie autour du remplissage des bidons.
Les témoignages recueillis au fil des années parlent d’eau colorée, de lavage taché, d’entretien supplémentaire, de bris de station, de puits vulnérables, de familles sans eau courante en hiver et d’un frein important au développement du secteur.
Ce ne sont pas des plaintes superficielles.
Ce sont les conséquences concrètes d’un problème que les citoyens vivent quotidiennement pendant que les projets se succèdent sur papier.
Des promesses qui changent, mais pas l’eau
Le rapport chronologique rassemble 56 sources publiques couvrant la période de 2001 à juillet 2026. Il démontre que le dossier n’est pas un simple retard ponctuel, mais une longue succession de projets, de promesses, de changements de portée, de demandes de financement, de refus et de reports. [1]
En 2014, on promettait que l’eau potable arriverait rapidement.
Le budget de 2015 annonçait des travaux évalués entre 6 et 8 millions de dollars.
En 2016, un montage financier de 7 millions était présenté comme pratiquement bouclé pour un projet visant 55 résidences. Quelques mois plus tard, un projet global de 28 millions était refusé.
Les budgets suivants ont continué de présenter l’eau de Pentecôte comme une priorité.
En février 2024, la construction était envisagée « en principe » pour 2025.
Mais en 2026, au lieu d’un chantier, les citoyens apprennent que les analyses et les études se poursuivent toujours.
Il est légitime que les projets évoluent. Les coûts changent, les programmes de financement ont leurs règles et le traitement de l’eau de la rivière Riverin présente de véritables difficultés techniques.
Mais après autant d’années, ces difficultés ne peuvent plus tout justifier. À un moment donné, une priorité qui ne mène jamais à une réalisation cesse d’être une priorité.
Elle devient une promesse répétée.
Le faux débat entre ceux qui paient et ceux qui ne paient pas
À la suite de ma lettre ouverte, plusieurs commentaires ont ramené la discussion à une seule question : pourquoi les personnes qui ne paient pas la taxe particulière sur l’eau devraient-elles avoir accès à l’eau osmosée?
Je comprends que les résidents raccordés au réseau paient une contribution spécifique. Je ne leur demande pas d’assumer seuls le coût du service utilisé par d’autres.
Je ne demande pas la gratuité.
Je suis prêt à payer une contribution annuelle raisonnable.
Je suis prêt à payer une puce.
Je suis prêt à fournir une analyse démontrant que mon eau est impropre à la consommation.
Mais pourquoi la Ville ne nous a-t-elle jamais offert cette possibilité officiellement avant d’annoncer une mesure qui pouvait nous exclure?
Pourquoi choisir d’abord la restriction au lieu de proposer une contribution équitable?
Le débat ne devrait pas opposer les citoyens raccordés aux citoyens non raccordés. La Ville devrait simplement établir un système juste : inscription obligatoire, preuve de résidence, contribution raisonnable, volume encadré au besoin et exemptions pour les familles vulnérables.
Je paie mes taxes municipales à Port-Cartier. La Ville elle-même rappelle que la taxe foncière générale constitue sa principale source de revenus et qu’elle sert à financer les dépenses prévues dans son budget de fonctionnement. [3] (Ville de Port-Cartier)
Je demeure sur le territoire de Port-Cartier. Ma famille fait partie de Port-Cartier.
Suis-je un citoyen de Port-Cartier uniquement lorsqu’arrive le compte de taxes?
Une usine de 52 millions au centre, toujours des études à Pentecôte
Le contraste devient particulièrement frappant lorsqu’on regarde le projet d’agrandissement de l’usine de filtration et de pompage de Port-Cartier.
Le coût total avait d’abord été projeté à 52 millions de dollars, avant d’être réévalué à environ 50 millions. Québec devait contribuer 27 millions, ArcelorMittal 10 millions et la Ville assumer le reste. Selon les informations publiées en 2023, 82 % de la production d’eau potable était alors utilisée par la minière. Le projet devait augmenter la capacité de traitement et permettre d’accueillir jusqu’à 4 000 citoyens supplémentaires. [4] (Portail Constructo)
Cette modernisation pouvait être nécessaire. Une ville industrielle doit sécuriser son eau, soutenir ses citoyens et prévoir son développement économique.
Mais pendant que ce projet de 50 millions avançait, on annonçait également que les plans et devis de Rivière-Pentecôte étaient en préparation et que les travaux devaient commencer quelque part en 2025. [4] (Portail Constructo)
L’usine principale a été complétée en 2025. En 2026, Port-Cartier commence à rembourser l’emprunt lié à sa construction.
Pour Pentecôte, le budget 2026 annonce encore la poursuite des études. [5] (Ma Côte-Nord)
Voilà l’incohérence.
La Ville a démontré qu’elle pouvait planifier un projet majeur, trouver des partenaires, obtenir du financement, accorder des contrats et mener un chantier à terme. Mais pour une communauté qui attend depuis plus de vingt ans, on retourne encore aux analyses.
Nous ne demandons pas qu’un réseau de 50 millions apparaisse demain matin.
Nous demandons la même détermination.
Nous demandons un projet clair, un échéancier public et une responsabilité politique assumée.
Vingt-quatre millions pour de l’eau de baignade
À cela s’ajoute maintenant le projet de rénovation et d’agrandissement de la piscine municipale, estimé à environ 24 millions de dollars.
La Ville a réalisé les études techniques.
Les plans et devis sont prêts.
L’analyse des besoins a été faite.
Une campagne de mobilisation citoyenne est en cours.
La Ville en est à une troisième demande de financement. Jusqu’à 66,3 % du projet pourrait être financé par Québec, tandis qu’environ 33,7 % serait assumé par la municipalité. [6] (Ville de Port-Cartier)
La Ville qualifie la piscine de service essentiel. Elle rappelle que l’installation compte environ 21 500 utilisations annuellement et que, sans elle, les citoyens devraient parcourir un minimum de 122 kilomètres aller-retour pour atteindre la piscine municipale la plus proche. [6] (Ville de Port-Cartier)
Je ne suis pas contre une piscine moderne et sécuritaire.
Apprendre à nager est important. Les enfants, les écoles, les familles, les personnes âgées, les organismes et les clubs sportifs ont besoin d’installations convenables.
Mais une question demeure incontournable :
Depuis quand l’eau de baignade passe-t-elle avant l’accès à l’eau potable à Pentecôte?
La Ville trouve inacceptable que ses citoyens parcourent 122 kilomètres pour aller nager.
Elle a raison. Mais comment aurait-elle pu trouver acceptable que certaines familles parcourent près de 70 kilomètres pour aller chercher de quoi boire?
Pourquoi la distance nécessaire pour accéder à un loisir devient-elle un argument central de mobilisation, alors que les déplacements hebdomadaires pour remplir des cruches d’eau potable semblent avoir été normalisés?
Les programmes de financement ne sont pas les mêmes. L’argent destiné à une infrastructure sportive ne peut pas automatiquement être transféré dans un projet d’aqueduc.
Mais la volonté politique, l’énergie administrative et la capacité de défendre un dossier sont des choix.
Pour la piscine, la Ville possède une page complète, des plans finalisés, une stratégie de financement, une campagne publique et un mur de témoignages.
Pour Pentecôte, après plus de vingt ans, les citoyens demandent encore quel est le projet actuel, combien il coûtera et quand il sera réalisé.
Une piscine améliore la qualité de vie.
L’eau potable rend la vie possible.
Le vent souffle près de Pentecôte, mais les retombées s’en éloignent
L’incohérence est encore plus difficile à accepter lorsqu’on examine le parc éolien Apuiat.
Le projet est situé sur des terres publiques de Port-Cartier et du territoire non organisé de Lac-Walker, à environ 7 kilomètres de Rivière-Pentecôte. [7] (Parc Eolien Apuiat)
Apuiat est entré en service commercial en 2025. Le contrat d’achat d’électricité porte sur 30 ans et le projet versera un million de dollars de redevances annuelles pendant 30 ans, partagées entre Uashat mak Mani-utenam et Port-Cartier. [8] (Parc Eolien Apuiat)
La Ville a elle-même évalué sa part à environ 500 000 dollars par année. Lorsqu’elle annonçait le projet en 2021, elle parlait d’un projet rassembleur, d’un impact économique important et de retombées pour toute la communauté. [9] (Ville de Port-Cartier)
Pourtant, l’idée d’utiliser ces redevances pour l’eau de Pentecôte n’est pas nouvelle.
En 2017, Alain Thibault proposait publiquement d’affecter les futures redevances du projet éolien au financement des installations d’eau potable de Pentecôte. Il soutenait également que la part municipale de la mise aux normes pourrait être payée à même ces redevances afin de ne pas alourdir la dette de la Ville. [10] (Le Nord-Côtier)
Alors, que reste-t-il aujourd’hui de cette proposition?
Pourquoi ces redevances représentaient-elles une solution crédible lorsqu’il fallait défendre le projet, mais semblent-elles maintenant appartenir à une autre discussion?
Quand il faut accueillir les éoliennes, le projet est à Port-Cartier.
Quand il faut annoncer les retombées, elles sont destinées à toute la communauté.
Quand il faut encaisser les redevances, l’argent revient à Port-Cartier.
Mais lorsque Pentecôte demande qu’une partie de ces revenus serve à régler son problème d’eau potable, on trace soudainement une frontière entre Port-Cartier et notre secteur.
Mais Pentecôte fait partie de quelle ville?
On ne peut pas utiliser notre territoire lorsqu’il produit des revenus, puis nous traiter comme une communauté extérieure lorsqu’il faut répartir les bénéfices.
Personne ne demande que toutes les redevances d’Apuiat soient consacrées exclusivement à Pentecôte. Mais réserver une partie de ces revenus à un fonds pour les infrastructures essentielles du secteur serait logique, juste et conforme au discours tenu autrefois.
Le vent qui souffle près de Pentecôte ne devrait pas seulement remplir les coffres de Port-Cartier.
Il devrait aussi contribuer à remplir les verres des familles qui vivent ici.
Une municipalité à deux vitesses
C’est ce double discours qui donne l’impression que Port-Cartier fonctionne à deux vitesses.
Au centre urbain, on augmente la capacité de production d’eau potable, on prévoit le développement futur et on prépare une piscine pour les 40 ou 50 prochaines années.
À Pentecôte, on transporte des cruches.
Au centre, on parle de projets structurants.
À Pentecôte, on parle encore d’études.
Au centre, la distance de 122 kilomètres pour aller nager est jugée inacceptable.
À Pentecôte, les déplacements hebdomadaires pour boire semblent faire partie de la vie normale.
Au centre, on demande aux citoyens de partager leurs témoignages pour démontrer l’importance de la piscine.
À Pentecôte, une annonce touchant notre seul accès raisonnable à l’eau potable a été publiée, retirée et suspendue avant que les personnes concernées obtiennent des réponses complètes.
Ce n’est pas une guerre entre Port-Cartier et Pentecôte.
Ce n’est pas une attaque contre les citoyens qui veulent une piscine.
C’est un appel à la cohérence.
Une municipalité ne peut pas parler de rétention des familles, de développement, de vitalité et de qualité de vie tout en laissant une partie de son territoire dépendre de bidons pendant plus de vingt ans.
Ce que nous demandons réellement
Nous ne demandons pas d’abandonner la piscine. Nous ne contestons pas la nécessité de moderniser l’usine principale.
Nous ne réclamons pas toutes les redevances d’Apuiat.
Nous demandons que l’eau potable de Pentecôte devienne enfin une priorité réelle, mesurable et suivie publiquement.
La Ville doit garantir le maintien du service d’eau osmosée jusqu’à la réalisation d’une solution permanente. Elle doit permettre aux résidents non raccordés de s’inscrire et de contribuer financièrement au service plutôt que de les exclure. Elle doit prévoir une pompe de secours, un protocole d’urgence et une solution pour les personnes âgées ou à mobilité réduite.
Elle doit publier les critères du système à puce, expliquer les exemptions, rendre publics les résultats des études du CREDEAU et présenter un échéancier comprenant les étapes techniques, financières et administratives.
Une partie des redevances d’Apuiat devrait être réservée à un fonds d’infrastructures essentielles pour Pentecôte et les secteurs environnants.
Enfin, un comité de suivi doit être créé avec de véritables représentants de Rivière-Pentecôte, de la baie des Homards, de Pointe-aux-Anglais et des propriétés non desservies.
Pas une autre rencontre sans lendemain.
Un suivi formel, avec des dates, des réponses écrites et des comptes rendus publics.
Nous portons plus que de l’eau
Depuis près de quinze ans, je transporte mes bidons.
Je l’ai fait sans faire de scandale.
Je l’ai fait parce que je n’avais pas d’autre choix.
Je l’ai fait parce que j’aime ma maison, ma communauté et la Baie des Homards.
Mais lorsque j’ai vu qu’on pouvait maintenant m’enlever même cette solution imparfaite, j’ai compris qu’il fallait parler.
Une cruche de 20 litres pèse 20 kilogrammes.
Mais après autant d’années, ce n’est plus seulement le poids de l’eau que nous portons.
Nous portons le poids des promesses.
Le poids des échéances reportées.
Le poids des projets annoncés puis modifiés.
Le poids des publications supprimées.
Le poids du sentiment que notre secteur compte lorsqu’il paie, lorsqu’il accueille un projet ou lorsqu’il génère des redevances, mais beaucoup moins lorsqu’il réclame un service essentiel.
Port-Cartier a réalisé une usine d’eau potable d’environ 50 millions de dollars.
Elle prépare une piscine de 24 millions.
Elle touchera autour de 500 000 dollars par année en redevances grâce à un parc éolien situé à seulement quelques kilomètres de Rivière-Pentecôte.
Et nos familles transportent toujours leur eau potable dans des bidons. Ce n’est plus seulement une question technique. C’est une question de priorités. C’est une question d’équité. C’est une question de dignité.
Avant de demander aux citoyens de se mobiliser pour l’eau dans laquelle Port-Cartier souhaite nager, la Ville doit se mobiliser avec la même force pour l’eau que Pentecôte doit boire.
Jocelyn LeBlanc Résident de la Baie des Homards et Citoyen de Port-Cartier

Sources numérotées
[1] L’eau potable à Rivière-Pentecôte — Chronologie médiatique, état du dossier et analyse des engagements, 2001-2026. Rapport regroupant 56 sources publiques, vérifié au 21 juillet 2026. Il documente les promesses, les changements de projet, les reports, les témoignages, la dépendance à l’osmose et la suspension du système à puce.
[2] Ville de Port-Cartier, « Avis d’interruption temporaire du point d’approvisionnement en eau osmosée à Rivière-Pentecôte », 19 janvier 2026. Bris de pompe et distribution temporaire de cruches de 18 litres. (Ville de Port-Cartier)
[3] Ville de Port-Cartier, « Taxes municipales », taux et fonctionnement de la taxe foncière générale pour 2026. (Ville de Port-Cartier)
[4] Émilie Lavergne, « Port-Cartier : des travaux de 50 M$ pour mieux répondre au besoin d’eau potable », Portail Constructo, 27 juillet 2023. Projet initialement évalué à 52 M$, puis à 50 M$; contributions de Québec et d’ArcelorMittal; utilisation industrielle et échéance alors envisagée pour Pentecôte. (Portail Constructo)
[5] Jean St-Pierre, « Budget municipal Port-Cartier 2026 : la mairesse Danielle Beaupré se donne un an pour évaluer les priorités en immobilisation », Ma Côte-Nord, 28 janvier 2026. Usine principale complétée en 2025 et poursuite des études pour Pentecôte en 2026. (Ma Côte-Nord)
[6] Ville de Port-Cartier, « Nouvelle piscine », 2026. Projet estimé à 24 M$, plans et devis finalisés, financement demandé, mobilisation citoyenne, environ 21 500 utilisations annuelles et distance minimale de 122 km aller-retour vers une autre piscine. (Ville de Port-Cartier)
[7] Parc éolien Apuiat, « À propos ». Projet situé sur des terres publiques de Port-Cartier et du TNO de Lac-Walker, à environ 7 km de Rivière-Pentecôte. (Parc Eolien Apuiat)
[8] Apuiat, « Mise en service commerciale du parc éolien Apuiat », 2025. Un million de dollars en redevances annuelles pendant 30 ans, partagées entre Uashat mak Mani-utenam et Port-Cartier. (Parc Eolien Apuiat)
[9] Ville de Port-Cartier, communiqué sur l’entente du parc éolien Apuiat, 4 février 2021. La Ville évaluait ses redevances annuelles à environ 500 000 $. (Ville de Port-Cartier)
[10] Le Nord-Côtier, articles des 21 juillet et 19 septembre 2017. Alain Thibault proposait d’affecter les futures redevances du projet éolien au financement de la mise aux normes de l’eau potable et des eaux usées de Pentecôte. (Le Nord-Côtier)






















Commentaires