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Journal de route — Ontario

Partie 1 — Retrouver quelque chose de vrai


Dimanche 3 mai matin, 6 h.

J’ai quitté la maison en direction de l’Ontario. La route était belle. Pas trop de trafic, pas trop chaud, juste un petit vent qui brassait un peu le camion. Une vraie journée de printemps pour prendre la route et avaler du kilomètre.



J’avais hâte de retourner en Ontario.


Mon premier arrêt a été à Montréal, plus précisément à Beloeil, avant de continuer vers l’ouest. Ensuite, arrêt obligatoire chez Sail pour refaire quelques réserves : bout callant , leaders, puis surtout mon fluorocarbone préféré de Yo-Zuri, le rose. Sérieusement, ce produit là est exceptionnel. Quand tu trouves quelque chose de fiable sur la rivière, tu restes avec.

Je suis ensuite parti en direction d’Indian Falls, une petite communauté tranquille Ontarienne sur le bord du fleuve Saint-Laurent. Une place qui ressemble presque à un vieux site historique avec une ancienne écluse transformée en marina. Quelques pêcheurs, des campeurs installés près de l’eau, puis surtout du calme.


Je me suis installé là pour la nuit.


Une petite pluie tombait doucement. Rien de méchant. Mais il faisait froid. Vraiment froid pour le temps de l’année. Peut-être 2 degrés. Peut-être proche de zéro. Ce genre de froid humide qui te rentre dans les os quand le soleil disparaît. Le lendemain matin, j’ai été réveillé par un couple de cygnes. J’avais déjà vu des cygnes auparavant en Ontario, mais jamais un couple d’aussi près. Je les regardais glisser sur l’eau dans le silence du matin et je me suis dit que le voyage commençait bien. J’ai fermé le toit du campeur puis je suis parti vers Port Hope.


Il ventait énormément cette journée-là, mais il faisait beau. Peut-être 10 ou 12 degrés. J’avais hâte d’arriver, alors j’ai roulé fort. Beaucoup trop de vent de face, beaucoup de gaz brûlé, mais peu importe. Quand t’as hâte de voir une rivière, les kilomètres passent autrement. Je suis arrivé à Port Hope avant le dîner. J’ai rencontré des connaissances, jasé un peu, mangé avec eux, puis on a décidé d’aller voir la rivière Ganaraska en amont. La rivière était petite, intime, avec beaucoup de steelheads. Il devait y avoir énormément de poissons là-dedans. Mais il y a quelque chose qui m’a frappé solide. Je n’ai jamais vu autant de déchets sur le bord d’une rivière. Pour moi, la Ganaraska était pratiquement devenue le dépotoir officiel de Tim Hortons de l’Ontario. Des verres rouges partout. Des couvercles. Des sacs. Des déchets dans les arbres, dans les roches, dans les fossés. Partout. Et ça m’a vraiment découragé. Parce que moi, une rivière, ce n’est pas juste du poisson. C’est la nature au complet. La flore. Les oiseaux. Le silence. L’impression d’être loin du bruit humain. Là, je ne ressentais pas ça. J’ai quand même réussi à accrocher un beau steelhead d’environ 6 à 8 livres. Un beau poisson frais. Je l’ai perdu assez rapidement. J’avais mis un hameçon sans ardillons et j’ai mal travaillé le poisson. Mais honnêtement, ça ne me dérangeait pas tant. Je l’aurais remis à l’eau de toute façon.


Ce soir-là, je suis allé coucher près de Cobourg, dans un stationnement de sentiers pédestres le long de la rivière. Alain était là lui aussi. On s’est installés tranquillement avec le campeur. Plus tard dans la soirée, j’ai décidé d’aller voir la rivière avec une lampe frontale.


Et là… surprise. Des steelheads partout. Des centaines. Dans un court tronçon accessible, il devait y avoir 300 ou 400 poissons. Des beaux poissons en santé. Des ombres argentées qui bougeaient partout dans le courant noir.


Mais encore une fois… les déchets. Encore les verres de Tim Hortons. Encore les poubelles. Même des vieux pneus dans le fond de la rivière. Je regardais ça et je me disais : comment on peut prétendre aimer les rivières si on les traite comme ça? Ce n’était pas ma place.

Peut-être que certains aiment cette ambiance-là. Les petites rivières urbaines, le monde partout, les stationnements pleins, les cafés TH à chaque coin de rue. Mais moi non.

Moi, je recherche le silence. Je recherche les oiseaux. Je recherche les fleurs sauvages. Je recherche l’impression d’être petit dans quelque chose de plus grand que moi. Le lendemain matin, j’ai décidé de partir vers l’ouest, en direction de Goderich et de la rivière Maitland.


Et là, le voyage a changé. En passant près de Toronto, j’ai arrêté chez Drift Outfitters & Fly Shop.

Quelle belle boutique. Des gens accueillants, passionnés, connaissants. Du matériel de qualité partout. Des mouches, des bas de lignes, du matériel pour les cannes à deux mains, hop à la caisse le route reprend sur un autres beat. Je recommande l’arrêt à n’importe quel passionné qui passe dans le coin.


Ensuite, j’ai retombé sur la 401. Plus jamais. Des accidents, des bouchons, du trafic à finir plus. On roulait parfois à 30 ou 40 km/h. J’ai regardé le GPS puis j’ai décidé d’éviter les autoroutes.

Et honnêtement, c’est probablement la meilleure décision du voyage. Je me suis retrouvé sur les routes de campagne de l’Ontario. Des fermes. Des champs à perte de vue. Des villages tranquilles. Puis cette odeur organique de campagne qui flottait partout. Ça sentait fort par endroits, mais moi, ça ne me dérangeait pas. J’ai grandi sur une ferme à Cap Pelé au Nouveau-Brunswick. Ces odeurs-là me rappellent la ferme de mes grands-parents. Ma jeunesse. Une époque simple. C’est fou comment une odeur peut ramener des souvenirs.


Finalement, j’ai atteint la rivière Maitland. Et là… enfin. La vraie nature!



Un chemin de terre abrupt descendait vers le site où je voulais m’installer. J’ai dû engager le quatre roues motrices pour me sortir d’un mauvais angle sans tout briser. Une fois installé, j’ai regardé autour puis j’ai immédiatement senti la différence. Aucune poubelle. Aucun bruit. Rien sauf la rivière, les arbres et le vent, bref la nature. Les fleurs sauvages étaient partout. Les oiseaux aussi. J’étais bien.



Le lendemain matin, je me suis levé tard. Fatigué, mais heureux. Je me suis préparé un café. Mon vrai premier café tranquille du voyage. Pas un café acheté en vitesse dans un stationnement.Un vrai café dans le silence de la nature. Puis je suis parti marcher vers une zone que j’aimais énormément et qu’un ami m’avait fait découvrir auparavant. Après environ 35 minutes de marche, j’étais rendu. Et quel endroit !



Des carouges à épaulettes partout. Des hirondelles bicolores qui volaient au-dessus de l’eau. Des oiseaux chanteurs dans toutes les directions. Un pygargue à tête blanche perché qui est parti en me voyant arriver. Les urubu à tête rouge qui tournaient au dessus ma tête Des familles d’outardes avec leurs petits. La rivière était vivante. Complètement vivante.



C’est là que j’ai attaché ma première mouche. Quelques minutes plus tard, bang. Mon premier steelhead de la Maitland. Un beau poisson frais de 8 à 10 livres. J’étais nerveux. Seul avec ma canne à deux mains. Je ne voulais pas le perdre. Quand j’ai finalement réussi à le remettre à l’eau, j’avais presque les larmes aux yeux. Parce que ce n’était pas juste un poisson. C’était exactement la raison pourquoi j’étais venu ici. Je me suis ensuite assis près de la rivière avec un cooler au gin de Dillan's, un produit Ontarien que j’avais apporté.


Je regardais l’eau. Les oiseaux. Le courant. Puis j’ai juste pensé : merci.



Plus tard, j’ai pris un autre steelhead, un peu plus petit, peut-être 6 à 8 livres. Celui-là a sauté plusieurs fois. Il utilisait toute la rivière. Un combat incroyable. Ensuite, les achigans à petite bouche se sont mis à mordre. Des beaux poissons solides. Un particulièrement devait approcher les 3,5 kilos. Tous remis à l’eau.


Quand la noirceur a commencé à tomber, j’ai décidé de remonter avant qu’il fasse complètement noir. Le sentier était abrupt, glissant, puis j’étais seul. Pas question de prendre des risques inutiles.


Je suis arrivé au campeur vers 9 h. Une sandwich. Un peu de chaleur. Puis le sommeil.

Cette nuit-là, il a gelé. Le lendemain, les travailleurs de la ville sont venus réparer un ponceau bloqué par des castors. C’étaient les premières personnes que je voyais depuis un bon moment.

Et honnêtement… ça me convenait parfaitement.



Je suis retourné pêcher. Peu de poissons cette journée-là. Quelques achigans seulement. Un front froid semblait avoir ralenti l’activité. Mais ça ne me dérangeait même pas. Parce qu’au fond, ce voyage-là n’était plus seulement une histoire de pêche. C’était une histoire de connexion. Avec les rivières. Avec les oiseaux .Avec le silence. Avec quelque chose de vrai.

Finalement, vers la fin de journée, j’ai décidé de repartir. Direction la rivière Saugeen.

Je suis maintenant installé près du débarcadère numéro 12. Demain, je vais explorer en amont, découvrir cette rivière que je ne connais pas encore, puis continuer la route.

Et honnêtement…j’ai déjà hâte de voir ce qu’elle va me montrer.

 
 
 

2 commentaires


robert.dufresne57
il y a 2 jours

Super bonne idée de prtager ton voyage. Je vais te suivre avec plaisir. Bonne continuation et bonne pêche !

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Jocelyn LeBlanc
Jocelyn LeBlanc
il y a 2 jours
En réponse à

Oui Merci Robert

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