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Le saumon revient de la mer. À nous de lui donner une chance.

Quand la survie du saumon dépend encore de nous


La première semaine de pêche au saumon de la saison 2026 est maintenant derrière nous. Pourtant, encore une fois, les réseaux sociaux se remplissent de photos de saumons sortis complètement de l'eau pour quelques secondes de gloire.


Ce qui est encore plus inquiétant, c'est que plusieurs des mesures les plus importantes pour réduire les impacts sur la survie des saumons lors de leur montaison demeurent encore aujourd'hui floues, incomplètes ou simplement non officielles à l'échelle du Québec. Pourtant, dans un contexte où les retours de smolts sont historiquement faibles et où les causes exactes de la mortalité en mer continuent d'être étudiées, chaque géniteur qui atteint la rivière représente une ressource précieuse.



Nous savons que les principaux facteurs responsables du déclin du saumon atlantique se trouvent probablement en mer. Cependant, tant que ces causes ne seront pas pleinement comprises et corrigées, la logique voudrait que tout soit mis en œuvre pour maximiser les chances de survie des saumons qui réussissent à revenir frayer dans nos rivières. Chaque géniteur perdu aujourd'hui est un poisson qui ne participera pas à la reproduction de demain.

Pendant ce temps, les messages clairs sur les bonnes pratiques tardent à venir. La seule annonce marquante de la Fédération jusqu'à maintenant concerne l'écrasement des ardillons. Oui, vous avez bien lu. La mesure qui a probablement le moins d'impact sur la survie des saumons lorsqu'on la compare à la durée des combats, à la manipulation hors de l'eau, aux protocoles de chaleur ou à l'utilisation d'équipements adaptés est devenue la première grande campagne de sensibilisation de la saison.


De son côté, le ministère de l’Environnement, de la Lutte contre les changements climatiques, de la Faune et des Parcs a eu l'audace d'imposer la remise à l'eau obligatoire de tous les saumons atlantiques au Québec. Pourtant, certaines exceptions demeurent sur quelques rivières, comme si on craignait encore de traiter toutes les rivières sur un pied d'égalité.

Encore une fois, cela démontre que, pour plusieurs intervenants, la protection d'une culture, d'une tradition ou d'un folklore semble passer avant la protection du saumon lui-même. Pourtant, sans saumon, il n'y aura plus de culture du saumon, plus de tradition et plus de folklore. Il ne restera que des souvenirs.


Si les principaux problèmes se trouvent en mer, les solutions à long terme devront également venir de la mer. Mais tant que nous n'aurons pas identifié et corrigé ces causes, la moindre des choses est de protéger au maximum les saumons qui réussissent encore à revenir dans nos rivières. Chaque géniteur perdu aujourd'hui réduit les chances de rétablissement de demain.


Les mesures qui devraient être priorisées


Si l'objectif est réellement de protéger la ressource, voici les mesures qui devraient être priorisées, particulièrement sur les rivières qui n'atteignent pas leur seuil de déposition d'œufs, mais également sur celles qui l'atteignent de justesse. Lorsqu'une rivière ne produit déjà pas suffisamment d'œufs pour assurer le renouvellement optimal de sa population, la prudence devrait toujours l'emporter.


1. Suspension complète des prélèvements de saumons, y compris des pêches de subsistance

Chaque saumon qui survit a la possibilité de participer à la reproduction. Lorsque les montaisons sont faibles, quelques dizaines de géniteurs supplémentaires peuvent faire une différence importante pour la génération suivante. Lorsque plusieurs rivières n'atteignent plus leur seuil de déposition d'œufs ou l'atteignent de justesse, aucun prélèvement ne devrait être considéré comme négligeable. La protection de la ressource doit passer avant tous les types de récolte, qu'ils soient sportifs, commerciaux ou de subsistance.



Une population en déclin ne fait aucune distinction entre les différents types de prélèvements. Chaque saumon qui échappe à la récolte conserve son potentiel reproducteur et augmente les chances de rétablissement de la rivière.


2. Protection intégrale des géniteurs et des saumons de dévalaison

Les grands saumons transportent souvent la majorité des œufs d'une rivière et les saumons de dévalaison sont des survivants exceptionnels qui peuvent revenir frayer une deuxième, voire une troisième fois. Contrairement à un smolt qui quitte la rivière et dont le retour n'est jamais garanti, un saumon de dévalaison est déjà un survivant confirmé de la mortalité en mer. Chaque saumon de dévalaison protégé représente une possibilité réelle d'ajouter un géniteur supplémentaire lors d'une future montaison.


Alors que le recrutement de nouveaux reproducteurs dépend d'un retour de smolts de plus en plus incertain, la protection des saumons de dévalaison constitue l'une des rares mesures capables d'offrir un gain relativement rapide pour la population.


3. Fermeture de la pêche lors des épisodes de chaleur et d'étiage sévère

Lorsque l'eau atteint des températures critiques ou que les débits deviennent extrêmement faibles, le saumon lutte déjà pour sa survie.


En période de chaleur extrême, les saumons se regroupent dans des refuges thermiques, des secteurs d'eau plus froide qui leur permettent de traverser des conditions autrement mortelles.

Toute perturbation devient alors problématique. La pêche, mais également la baignade, le canot, le kayak, le paddleboard, les traversées répétées de rivière ou même une présence importante sur les berges à proximité de ces refuges peuvent provoquer du stress et faire fuir les saumons. Or, lorsqu'un saumon est forcé de quitter un refuge thermique, même temporairement, il est souvent contraint de retourner dans une eau beaucoup plus chaude. Dans les situations les plus critiques, ce simple dérangement peut devenir un facteur de mortalité.


Au-delà de 20 °C, le saumon subit déjà un stress physiologique important. Sa capacité à récupérer après un combat diminue rapidement et les risques de mortalité post remise à l'eau augmentent considérablement.


Chaque pêcheur devrait avoir un thermomètre avec lui, au même titre qu'une pince ou une épuisette sans nœuds. Lorsque l'eau approche ou dépasse les seuils critiques, la meilleure décision pour le saumon est parfois de laisser la canne dans le véhicule.


4. Réduction maximale du temps de combat

Même dans des conditions favorables, un combat prolongé provoque un épuisement extrême, une accumulation d'acide lactique et augmente considérablement le temps de récupération du poisson.

Utiliser un équipement adapté, éviter les combats inutiles et mettre rapidement le poisson sous contrôle sont des gestes simples qui augmentent ses chances de survie.


5. Interdiction de sortir les saumons de l'eau

Le saumon continue de respirer dans l'eau. Chaque seconde passée hors de l'eau augmente son niveau de stress, compromet sa récupération et accroît les risques de mortalité post-remise à l'eau.


6. Limitation de la manipulation et utilisation d'épuisettes sans nœuds

Moins on touche au poisson, moins on endommage son mucus protecteur, ses nageoires, ses yeux et ses écailles. L'utilisation d'une épuisette sans nœuds permet de réduire considérablement les blessures causées lors de la capture et de la remise à l'eau. À l'inverse, les épuisettes munies de nœuds peuvent abraser la peau du saumon, arracher une partie de son mucus protecteur et provoquer des lésions parfois importantes.



Ces blessures peuvent sembler mineures à première vue, mais elles agissent comme de véritables portes d'entrée pour les bactéries, les champignons et diverses maladies. Une abrasion causée par une épuisette à nœuds peut être comparée à une plaie ouverte qui augmente la vulnérabilité du poisson dans les jours ou les semaines suivant sa remise à l'eau.


7. Réduction du nombre de jours de pêche

Cette mesure devrait être particulièrement envisagée sur les rivières qui n'atteignent pas leur seuil de déposition d'œufs ou qui peinent à l'atteindre année après année.

Réduire le nombre de jours de pêche ne règle pas le problème à lui seul, mais permet de diminuer la pression exercée sur une population déjà fragilisée.


8. Utilisation obligatoire d'hameçons simples

Les hameçons simples causent généralement moins de blessures, sont plus faciles à retirer et réduisent les risques de dommages aux branchies, aux yeux et aux organes vitaux.


9. Écrasement obligatoire des ardillons

Cette mesure facilite le décrochage et réduit certaines blessures. Elle est bénéfique et devrait être appliquée partout. Toutefois, son impact sur la survie des saumons demeure beaucoup plus limité que celui des mesures précédentes.


Une responsabilité qui nous appartient

Personne ne prétend que ces mesures régleront à elles seules les nombreux problèmes que rencontre le saumon en mer. Les changements climatiques, la diminution de la biomasse, les captures accidentelles, la prédation et plusieurs autres facteurs continuent d'exercer une pression importante sur l'espèce. Cependant, lorsque les taux de retour des smolts tombent sous la barre des 0,2 %, que plusieurs rivières peinent à atteindre leur seuil de déposition d'œufs et que certaines comptent moins de 50 ou 100 géniteurs, chaque saumon qui survit devient d'une importance capitale.


L'urgence n'est plus de débattre à savoir si la situation est préoccupante. Les chiffres parlent d'eux-mêmes. L'urgence est d'agir pendant qu'il reste encore suffisamment de géniteurs pour assurer la reproduction naturelle de nos rivières.


Malheureusement, malgré l'ampleur de la crise, plusieurs des mesures les plus importantes demeurent volontaires, incomplètes ou inexistantes sur une grande partie des rivières du Québec.


Dans ce contexte, la première ligne de défense du saumon n'est ni une fédération, ni une association, ni même un ministère. C'est le pêcheur qui se trouve au bord de la rivière.

Chaque fois qu'un pêcheur décide de ranger sa canne parce que l'eau est trop chaude, de garder un saumon dans l'eau pour la photo, de raccourcir un combat, d'éviter un refuge thermique ou simplement de renoncer à pêcher lorsque les conditions deviennent critiques, il pose un geste concret pour la survie de l'espèce.



Nous ne pouvons pas contrôler ce qui se passe dans l'Atlantique Nord, le détroit de Belle Isle ou le golfe Saint-Laurent. Nous ne pouvons pas contrôler la température de l'océan, les changements dans la biomasse dont dépend le saumon, les captures accidentelles en mer, la prédation ou les nombreuses autres menaces qu'il rencontre durant son séjour océanique.


  • Nous pouvons toutefois contrôler ce qui se passe chez nous, sur nos rivières.

  • Nous pouvons choisir de ne pas pêcher lorsque l'eau dépasse 20 °C.

  • Nous pouvons garder les saumons dans l'eau lors des photos.

  • Nous pouvons utiliser un puise sans nœuds, écraser nos ardillons, raccourcir nos combats et éviter de déranger les refuges thermiques.

  • Nous pouvons également adapter la pression de pêche sur les rivières les plus fragiles et protéger davantage les géniteurs qui réussissent encore à revenir.


Aucune de ces mesures, prise individuellement, ne sauvera le saumon atlantique. Mais ensemble, elles peuvent faire une différence réelle pour les poissons qui ont déjà survécu à toutes les épreuves de la mer et qui ont réussi à revenir jusqu'à nos rivières. Lorsque les retours sont aussi faibles qu'aujourd'hui,


  • Chaque géniteur compte.

  • Chaque femelle qui atteint sa frayère compte.

  • Chaque saumon de dévalaison qui survit compte.

  • Chaque poisson qui échappe à un stress inutile compte.


Nous avons très peu de contrôle sur ce qui se passe à des milliers de kilomètres de nos rivières. En revanche, nous avons un contrôle presque total sur la façon dont nous traitons les saumons qui se trouvent devant nous. Et dans le contexte actuel, cette responsabilité n'a jamais été aussi importante.


Aujourd'hui, plus que jamais, être pêcheur de saumon ne devrait pas seulement être un privilège. Cela devrait être une responsabilité. Car sans saumon, il n'y aura plus rien à gérer, plus rien à protéger et plus rien à transmettre aux générations futures.


Deux exemples frappants provenant des régions les plus affectées par la baisse du saumon atlantique sont la rivière Sainte-Marguerite au Saguenay et la rivière Trinité sur la Côte-Nord. Malgré leur statut de rivières de référence pour le suivi des populations, elles affichent aujourd'hui des montaisons historiquement faibles.


Tableau 1 Rivière Trinité Côte Nord (Rivière Témoins)



Tableau 2 Rivière Sainte- Marguerite Principal (Saguenay)



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