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100, 50... saumons… et toujours aucune ligne. Jusqu’où va-t-on descendre?

On est en train d’assister à la pire montaison de saumons de l’histoire moderne du Québec. Pas un simple creux. Pas un cycle. Un effondrement. Les chiffres sont sans équivoque : 11 rivières sous la barre des 100 saumons, dont 7 sous les 50. À ce niveau-là, on ne parle plus de pêche. On parle de survie. Et pendant ce temps-là… rien. Aucune mesure forte. Aucun signal clair. Aucun plan pour garantir une chose pourtant essentielle : que chaque saumon qui remonte puisse frayer.



On continue d’ajuster à la marge, de parler de remise à l’eau, de publier, de consulter. Mais on n’agit pas à la hauteur de la crise. Pourtant, la réalité est brutale, mathématique, impossible à ignorer. Le taux de retour des saumoneaux est sous les 0,2 %. Zéro virgule deux. Concrètement, ça veut dire que sur 1 000 saumoneaux (smolts) qui quittent la rivière, deux saumons reviennent, deux!


Dans ce contexte, chaque reproducteur devient critique. Chaque saumon qui fraie devient essentiel. C’est un jeu de chiffres, simple et implacable. 0,2 % de 1 000 000 donne 2 000 retours. 0,2 % de 1 000 donne 2 retours. Même taux. Résultat complètement différent. Toute la survie du saumon repose là-dessus : le nombre de reproducteurs qu’on réussit à protéger aujourd’hui. Et c’est précisément là que le système échoue. On continue de gérer comme si on était en période d’abondance. Comme si 100 saumons, c’était encore une base acceptable. Comme si la remise à l’eau était une solution suffisante, peu importe le contexte. Mais dans des rivières où il reste 30, 40 ou 50 saumons, chaque manipulation, chaque stress, chaque mortalité — même marginale — devient disproportionnée. La vraie question n’est plus biologique. Elle est politique. C’est où, la ligne? 100 saumons? 50? 40? 30? 20? 10? 0? À quel moment le ministère et la fédération québécoise pour le saumon atlantique vont-ils décider que c’est assez? Parce qu’en ce moment, tout pointe vers une gestion en mode run until fail. On laisse descendre. On espère une remontée. On gagne du temps. Mais pendant ce temps-là, chaque saumon perdu est une occasion de reproduction en moins. Et avec un taux de retour de 0,2 %, ces pertes-là ne se rattrapent pas.


On aime parler de la mer. Du Groenland. Des changements climatiques. Des facteurs hors de notre contrôle. Tout ça est réel. Mais ce n’est pas une excuse pour l’inaction ici. Parce qu’ici, au Québec, on a du contrôle. On peut fermer des rivières. On peut protéger les refuges thermiques. On peut imposer des règles strictes. On peut garantir que chaque saumon atteigne leurs sites de fraie. Mais ça demande du courage. Ça demande d’arrêter de vouloir plaire à tout le monde. Ça demande de prendre des décisions impopulaires, mais nécessaires. Aujourd’hui, la seule stratégie logique est claire : maximiser la reproduction de ce qui reste. Pas demain. Maintenant. Parce qu’à 0,2 %, on n’a plus le luxe d’attendre. Et à force de chercher la ligne… on est peut-être déjà en train de la dépasser.

 
 
 

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