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Nous savons quoi faire. Alors pourquoi attendons-nous?

27 juin
5 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 juil.

2024. 2025. 2026. Le temps joue contre le saumon.


Depuis maintenant deux ans, une question revient constamment dans mon esprit : combien de temps reste-t-il au saumon avant que nous prenions enfin les décisions qui s'imposent?



En 2024, plusieurs d'entre nous tiraient déjà la sonnette d'alarme. Les faibles montaisons, les canicules de plus en plus fréquentes, les faibles débits et les effets des températures élevées sur la survie du saumon étaient déjà bien documentés. Les études scientifiques existaient. Les biologistes en parlaient. Les pêcheurs l'observaient sur le terrain. Nous savions déjà que les épisodes de chaleur pouvaient compromettre la survie des saumons remis à l'eau et réduire leur capacité à atteindre les frayères et à se reproduire.


Malgré tout cela, les mesures sont demeurées timides. On nous expliquait qu'il ne fallait pas fermer les rivières, que les organismes de gestion avaient besoin des revenus générés par la pêche pour poursuivre leur mission et que la présence des pêcheurs contribuait à limiter le braconnage. Je comprends ces préoccupations. Je comprends l'importance du travail accompli par les ZEC, les associations et les organismes de gestion.



Vidéo Radio Canada Publié le 25 mai à 8 h 18 HAE Alexandre Courtemanche


Mais je me pose une question toute simple : à quoi serviront ces revenus si les populations continuent de s'effondrer? Si certaines rivières n'ont bientôt plus assez de saumons pour soutenir une pêche, que restera-t-il à gérer?


La saison 2025 devait nous apporter un peu d'espoir. Pourtant, les montaisons ne se sont pas améliorées de façon significative. Plusieurs rivières sont demeurées ouvertes malgré des retours toujours aussi préoccupants. Encore une fois, les mesures structurantes ont été repoussées. Nous avons continué d'espérer que la situation finirait par se corriger d'elle-même, alors que tout indiquait le contraire.


Nous sommes maintenant en 2026. Cette année, la nature nous a offert un cadeau. Depuis le début de la saison, l'eau est demeurée haute et froide. Pour le saumon, ce sont des conditions presque idéales. Après les dernières années, cette météo nous redonne un peu d'espoir et offre aux poissons une remontée beaucoup moins stressante.


Mais ce répit est fragile.


Le mois de juillet approche rapidement. Nous savons tous qu'une seule vague de chaleur peut faire basculer une rivière en quelques jours. Les niveaux d'eau chutent, les températures augmentent et le stress imposé aux saumons grimpe rapidement. Pourtant, malgré ce que nous avons appris depuis plusieurs années, le Québec ne possède toujours pas un véritable protocole de chaleur uniforme pour protéger tous les saumons de toutes ses rivières.



Les premières données provenant de plusieurs passes migratoires ne sont pas particulièrement rassurantes. Oui, la saison est encore jeune et une partie importante des madeleineaux reste à venir. C'est probablement eux qui nous donneront la meilleure indication de ce qui s'est réellement passé en mer. Les saumoneaux partis au printemps 2025 ont-ils réussi leur incroyable migration? Ont-ils trouvé suffisamment de nourriture? Ont-ils survécu à la prédation, aux changements de l'écosystème marin et à tous les défis qui les attendaient?


Nous le saurons très bientôt.


J'espère sincèrement que ces madeleineaux seront nombreux. J'espère qu'ils nous redonneront enfin un peu d'espoir.


Mais une question me hante.


Sommes-nous prêts à les accueillir... mieux que nous avons accueilli nos grands saumons jusqu'à maintenant ?



Extrait du Balado Saumon Québec https://www.facebook.com/reel/2791474911215701


Cette question ne s'adresse pas uniquement aux pêcheurs sportifs. Elle s'adresse à nous tous. Au ministère. Aux organismes de gestion. Aux associations. À la Fédération. Aux biologistes. Aux gestionnaires. Aux pêcheurs. À tous ceux qui, de près ou de loin, prennent des décisions qui influencent l'avenir du saumon.


Sommes-nous enfin prêts à mettre sa survie avant nos habitudes?


Sommes-nous prêts à agir avant qu'une nouvelle canicule ne frappe?


Sommes-nous prêts à protéger les derniers reproducteurs plutôt qu'à gérer leurs pertes une fois qu'il sera trop tard?


Depuis deux ans, nous savons que certaines populations sont extrêmement fragiles. Nous savons que les températures élevées augmentent les risques associés à la remise à l'eau. Nous savons également que, sur plusieurs rivières, chaque saumon qui atteint les frayères peut faire une différence pour la génération suivante.


Alors pourquoi attendons-nous encore?


Pourquoi les saumons d'une rivière auraient-ils droit à une protection différente de ceux d'une autre rivière?


Pourquoi attendre que l'eau atteigne des niveaux critiques avant de prendre des décisions que nous savons inévitables?


À mes yeux, le Québec devrait appliquer un véritable protocole de chaleur sur l'ensemble de ses rivières à saumon. Un protocole uniforme, transparent et basé sur les connaissances scientifiques. Les saumons ne connaissent ni les limites administratives, ni les territoires de gestion. Ils méritent tous la même protection.


Je crois également que, tant que les montaisons demeurent aussi faibles, la remise à l'eau obligatoire de tous les saumons devrait être appliquée sur l'ensemble des rivières du Québec.

Non pas parce que la pêche sportive est responsable du déclin.


Elle ne l'est pas.


Les problèmes sont multiples et se trouvent en grande partie en mer. Mais lorsque certaines rivières ne comptent plus que quelques dizaines ou une centaine de saumons, chaque mortalité évitable devient importante. Chaque femelle qui atteint les frayères représente des milliers d'œufs. Chaque reproducteur qui survit augmente les chances de rebâtir la population.

Le plus inquiétant dans tout cela, c'est que le temps continue de passer.


Depuis 2024, nous discutons.

Depuis 2025, nous espérons.

Nous sommes maintenant en 2026.


Pendant que nous débattons encore des mêmes questions, les saumons continuent de revenir en trop petit nombre. Le calendrier, lui, n'attend personne. Chaque saison perdue est une génération qui s'affaiblit un peu plus. Contrairement à nous, le saumon ne peut pas reporter sa migration à l'année suivante. Il n'a qu'une seule occasion de compléter son cycle de vie.


Je refuse de croire que nous devons attendre que certaines rivières soient pratiquement vides avant de prendre des décisions courageuses. Si nous continuons d'agir seulement lorsque les populations sont au bord de l'effondrement, nous serons toujours une saison... et parfois une génération... en retard.


Le saumon atlantique est bien plus qu'un poisson. Il fait partie de notre histoire. Il façonne nos rivières, nos communautés et notre identité depuis des siècles. Nous avons eu le privilège de le voir revenir de la mer, de l'admirer, de le photographier et de le pêcher avec respect.


Aujourd'hui, c'est à notre tour de lui rendre ce respect.


Les madeleineaux qui s'apprêtent à revenir nous offriront peut-être une nouvelle raison d'espérer. Si c'est le cas, nous aurons aussi une immense responsabilité : les accueillir mieux que nous avons accueilli nos grands saumons jusqu'à maintenant.


Cela demandera du courage.

Cela demandera de mettre de côté certains intérêts à court terme.

Cela demandera de prendre des décisions qui ne feront peut-être pas l'unanimité.


Mais si ces décisions permettent à davantage de saumons d'atteindre les frayères aujourd'hui, elles offriront aussi une meilleure chance aux générations futures.


Au fond, la véritable question n'est plus de savoir si nous connaissons le problème.

Nous le connaissons depuis longtemps.


La véritable question est beaucoup plus simple.


Aurons-nous enfin le courage d'agir pendant qu'il est encore temps... ou continuerons-nous d'attendre jusqu'au jour où le saumon n'aura plus besoin de protection parce qu'il aura disparu de nos rivières?


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