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17,172 M$ plus tard : où sont les saumons?

1 sept.
8 min de lecture

Et si on regardait maintenant ce que l’habitat a réellement produit?


Éditorial en réponse à l’Info Science d’août 2026 de la FQSA — « Et si l’habitat était déjà là? »


17,172 M$ | 414 km | ~9,36 M UP | 11 121 adultes potentiels


Quand j’ai lu la dernière Info Science de la FQSA sur l’habitat, je me suis arrêté sur un passage en particulier.


On nous montre la Rimouski, la Mitis et la Madeleine. Trois exemples où des interventions humaines ont permis au saumon d’accéder à des habitats qui lui étaient auparavant inaccessibles.


Et je vais commencer par le dire clairement : oui, l’habitat est important. Oui, ouvrir un bon secteur de rivière peut faire une différence. Oui, certaines interventions humaines ont donné de vrais résultats.


Je n’ai aucun problème avec ça. La FQSA fait même une distinction importante dans son infolettre.


Pour la Rimouski, elle explique que le potentiel de production a augmenté avec l’habitat accessible, mais elle précise que ce potentiel ne correspond pas automatiquement à la taille de la population. Pour la Mitis, elle écrit qu’il serait trop simpliste d’attribuer l’évolution des populations au seul transport des saumons. Et lorsqu’elle arrive au Programme de mise en valeur des habitats du saumon atlantique de la -Nord, elle précise encore que les 11 121 saumons adultes représentent un potentiel de production, pas une augmentation garantie des populations.


Très bien. C’est justement là que commence ma question.


APRÈS 17,172 M$, REGARDONS LE RÉSULTAT


Parce qu’à un moment donné, il faut aller plus loin que les kilomètres de rivière, plus loin que les unités de production et plus loin que les projections.

Notre recherche a repris les dossiers rivière par rivière, projet par projet et dollar par dollar.


Première chose importante : nous n’avons pas trouvé 17 millions de dollars disparus. Le financement se réconcilie. Il faut le dire aussi clairement que le reste.


  • Des passes migratoires ont été construites ou améliorées.

  • Des obstacles ont été retirés.

  • Des ouvrages historiques ont été consolidés.

  • Des saumons ont franchi de nouvelles passes.

  • De la reproduction anadrome a été démontrée dans certains secteurs.

  • Des juvéniles ont été observés en amont de certains obstacles.


À Sainte-Marguerite Nord-Est, on a même obtenu des résultats intéressants jusqu’au stade saumonneau. Donc non, ce programme n’a pas rien fait.


Mais ce n’est pas la question que je pose.


La question est :

QU’EST-CE QUE CES TRAVAUX PRODUISENT AU BOUT DE LA CHAÎNE?


On sait mesurer le béton.


Maintenant, il faut mesurer le saumon qui revient.


Pour les ouvrages et les passages, nous avons des travaux réalisés, du fonctionnement démontré et l’utilisation de certaines passes.


Pour la reproduction et les juvéniles, nous avons de la reproduction amont ou des réponses juvéniles démontrées dans certains projets.


Pour les saumonneaux, certains résultats sont disponibles, notamment à Sainte-Marguerite Nord-Est.


Mais lorsqu’on arrive aux adultes supplémentaires attribuables aux projets, nous n’avons pas identifié de total uniforme dans les documents publics examinés. Et c’est là que ça devient important.


LES 11 121 : REGARDONS CE QU’IL Y A DERRIÈRE LE CHIFFRE


Le chiffre de 11 121 adultes potentiels est impressionnant.


Mais il est construit à partir de seulement huit projets, et il est énormément concentré dans quelques dossiers.


Les valeurs sont des potentiels modélisés, pas des adultes supplémentaires observés.

Voici les huit projets :



Projet

Investissement

Adultes potentiels

Lecture de l’audit

Sainte-Marguerite Nord-Est

1,256 M$

115

Résultats forts jusqu’aux saumonneaux; adultes attribuables non isolés.

Corneille

0,819 M$

236

Connectivité et reproduction anadrome démontrées; gain adulte non quantifié.

Sheldrake

1,091 M$

1 606

Retours adultes observés; ensemencement encore présent en 2025.

Mistassini

0,608 M$

137

Réponse juvénile forte; chaîne jusqu’aux adultes non fermée publiquement.

Aguanus

1,644 M$

4 865

Passe et reproduction démontrées; obstacle majeur résiduel plus haut.

Saint-Jean

2,642 M$

1 712

Ouvrage fonctionnel; fenêtre adulte encore récente.

Mingan

2,257 M$

2 288

Passe utilisée; suivi adulte à long terme et métriques à réconcilier.

Petite-Trinité

1,407 M$

162

Passe construite, mais deuxième chute demeure limitante.

TOTAL

11,724 M$

11 121

Potentiel théorique combiné des huit projets.

Concentration du potentiel

Regroupement

Adultes potentiels

Part du total

Aguanus seule

4 865

43,7 %

Aguanus + Mingan + Saint-Jean

8 865

79,7 %

Aguanus + Mingan + Saint-Jean + Sheldrake

10 471

94,2 %

Total des 8 projets

11 121

100 %

Le constat qui ressort immédiatement est fort : près de 80 % du potentiel annoncé repose sur seulement trois projets, et 94,2 % sur quatre projets. C’est donc surtout sur Aguanus, Mingan, Saint-Jean et Sheldrake que la qualité du suivi biologique à long terme devient déterminante.

Autrement dit :


TROIS PROJETS REPRÉSENTENT PRÈS DE 80 % DU POTENTIEL. QUATRE EN REPRÉSENTENT ENVIRON 94 %.


Il faut donc regarder ces dossiers de très près.


AGUANUS — LE PLUS GROS MORCEAU DU POTENTIEL


Aguanus représente à elle seule 4 865 adultes potentiels, près de 44 % du total.


La passe du Trait-de-Scie fonctionne et la reproduction anadrome en amont a été démontrée.


C’est un vrai résultat.


Mais un autre obstacle majeur demeure plus haut, à la Quatrième chute.

La bonne question n’est donc pas de dire que le projet n’a rien donné.

La bonne question est :


Quelle portion du potentiel de 4 865 était réellement accessible grâce au premier ouvrage?


MINGAN — QUAND LES CHIFFRES DE PERFORMANCE NE SE RÉCONCILIENT PAS FACILEMENT


L’utilisation de la passe est démontrée.


Mais les documents publics examinés rapportent environ 23 % en 2018, environ 20 % en 2019, puis une valeur rétrospective de 38 % pour 2018-2019.


Ces nombres peuvent reposer sur des dénominateurs différents.


Alors expliquons les dénominateurs.


Et surtout, publions la série biologique à long terme qui permettrait d’évaluer les cohortes post-aménagement.


SAINT-JEAN — NE PAS JUGER TROP TÔT, MAIS NE PAS PERDRE LA FENÊTRE


Le projet est plus récent.


Il serait injuste de conclure aujourd’hui que le potentiel de 1 712 adultes a échoué.

Mais c’est précisément pour cette raison que le suivi doit être maintenu maintenant.

Les premières cohortes bénéficiant de la nouvelle connectivité commencent à entrer dans leur fenêtre de retour adulte.


SHELDRAKE — UNE RÉPONSE BIOLOGIQUE RÉELLE, MAIS PAS ENCORE UNE AUTONOMIE DÉMONTRÉE


Des adultes reviennent, et la série de montaison est utile.


Mais le Bilan 2025 confirme encore l’ensemencement de 100 000 alevins.


On peut donc parler de réponse biologique et de relance.


Mais pas encore simplement d’une population autonome produite par l’intervention initiale.


Notre analyse montre aussi quelque chose d’important sur la capacité actuelle des données publiques à vérifier le rendement adulte.


Environ 1 721 adultes potentiels — 15,5 % du total — sont associés à des projets où une série adulte est exploitable, mais où l’attribution demeure incomplète.


Environ 1 948 — 17,5 % — sont associés à des projets où la preuve biologique ou le suivi est intermédiaire ou partiel.


Et 7 452 adultes potentiels — 67 % du total — sont associés à des projets où les données adultes publiques sont insuffisantes pour tester directement le potentiel annoncé.


Cette classification ne juge pas la qualité des ouvrages.


Elle mesure simplement la capacité des données publiques actuelles à vérifier le rendement adulte.


IL FAUT ARRÊTER DE CONFONDRE CAPACITÉ ET RENDEMENT


Une rivière peut posséder des centaines de milliers d’unités de production sans produire automatiquement le nombre d’adultes calculé dans un modèle.


Un habitat peut être excellent et rester sous-utilisé s’il manque de géniteurs. Un saumonneau peut quitter un habitat restauré et mourir en mer.


Une passe peut fonctionner tout en étant suivie d’un deuxième obstacle. Une population peut augmenter pendant qu’on continue d’ensemencer et de transporter des poissons.


Voilà pourquoi le potentiel est un outil de planification.

Ce n’est pas un bilan final.


Et l’Info Science d’août 2026 nous donne elle-même la meilleure porte d’entrée pour cette discussion, puisqu’elle reconnaît qu’il s’agit d’un potentiel et non d’une augmentation garantie des populations.


Alors allons jusqu’au bout de cette logique :


SI LE POTENTIEL N’EST PAS LE RÉSULTAT, MONTRONS LE RÉSULTAT. JE NE CHERCHE PAS À DÉMOLIR LE PMV


Cet recherche ne cherche pas à démontrer que le PMV a été un échec.


Ce serait faux et trop facile.


  • Il y a de bons projets dans ce programme.

  • Il y a des ouvrages qui fonctionnent.

  • Il y a de la recherche scientifique de qualité.

  • Il y a des résultats biologiques intermédiaires réels.

  • Il y a aussi un fonds de 500 000 $ prévu pour l’entretien à long terme des ouvrages, ce qui est une bonne idée sur le principe.


Et notre réconciliation financière ne montre pas des millions de dollars qui se sont évaporés.

La faiblesse centrale est ailleurs :


ON A BEAUCOUP MIEUX DOCUMENTÉ CE QU’ON A CONSTRUIT QUE CE QUE CES INVESTISSEMENTS PRODUISENT AUJOURD’HUI EN ADULTES SUPPLÉMENTAIRES.

PARCE QUE LE PROCHAIN DOLLAR DOIT ALLER AU BON ENDROIT


  • Si Corneille produit réellement beaucoup plus de saumons grâce à sa nouvelle connectivité, on doit le savoir.

  • Si Mistassini transforme sa forte réponse juvénile en adultes de retour, on doit le savoir.

  • Si Aguanus produit seulement une fraction du potentiel de 4 865 parce qu’un deuxième obstacle limite encore le bassin, on doit le savoir.


Ce n’est pas pour pointer du doigt ceux qui ont travaillé sur ces projets.


C’EST POUR APPRENDRE.


Parce que le prochain programme de restauration devrait être meilleur que le précédent.

Et pour être meilleur, il faut être capable de comparer les investissements aux résultats.


LES QUESTIONS QU’IL FAUT MAINTENANT POSER


  1. Combien d’adultes supplémentaires attribuables aux interventions du PMV ont réellement été mesurés, rivière par rivière?

  2. Existe-t-il des suivis non publiés permettant de suivre les cohortes jusqu’au retour adulte?

  3. Comment le potentiel de 4 865 adultes à Aguanus a-t-il été calculé compte tenu de l’obstacle résiduel plus haut?

  4. Pourquoi les valeurs de performance de Mingan diffèrent-elles selon les documents, et quelle série doit servir de référence?

  5. Combien des 414 km sont aujourd’hui accessibles et utilisés sans ensemencement, transport ou autre intervention humaine?

  6. Combien des quelque 9,36 millions d’UP sont réellement occupées par des saumons anadromes?

  7. Quel est le solde actuel du fonds d’entretien de 500 000 $ et quels ouvrages ont été financés depuis la fin du programme? 


LA QUESTION QUI RESTE

L’Info Science pose :


« Et si l’habitat était déjà là? »

Moi, après avoir regardé le PMV Côte-Nord en profondeur, j’ajouterais simplement :


ET SI ON REGARDAIT MAINTENANT CE QUE CET HABITAT A RÉELLEMENT PRODUIT?


  • On connaît les 17,172 millions de dollars mobilisés.

  • On connaît les 414 kilomètres de rivière.

  • On connaît les quelque 9,36 millions d’unités de production.

  • On connaît le potentiel de 11 121 saumons adultes.


MAINTENANT, MONTRONS LES SAUMONS.


Pas dans une formule.

Pas dans une projection.

Pas dans un « pourrait produire ».



Combien de saumons adultes supplémentaires reviennent réellement grâce à ces investissements?


Si la réponse existe, publions-la.


Si elle n’existe pas encore, construisons enfin le suivi qui permettra de l’obtenir.


Parce qu’un programme de restauration ne devrait pas se terminer lorsque le béton est coulé, lorsqu’une passe est inaugurée ou lorsqu’un poisson franchit l’ouvrage une première fois.


Il devrait se terminer quand on est capable de regarder la rivière quelques années plus tard et de répondre à une question très simple :


COMBIEN DE SAUMONS DE PLUS REVIENNENT GRÂCE À CE QU’ON A FAIT?


Sources principales

[1] Fédération québécoise pour le saumon atlantique (FQSA), Info Science — août 2026, « Et si l’habitat était déjà là? »

[2] Fédération québécoise pour le saumon atlantique, Rapport final du Programme de mise en valeur des habitats du saumon atlantique de la Côte-Nord — bilan 2010-2020.

[3] Fédération québécoise pour le saumon atlantique, rapports annuels du PMV, notamment 2015, 2016 et 2018-2019-2020.

[4] MELCCFP, Exploitation du saumon au Québec — Bilan 2025.

[5] Audit consolidé PMV Côte-Nord 2026 — réconciliation financière, fiches rivière par rivière, analyse des potentiels, suivis biologiques et anomalies documentaires.

Note méthodologique : les expressions « adultes potentiels », « potentiel théorique » et « rendement adulte » sont volontairement distinguées. L’absence d’un total public attribuable ne signifie pas l’absence de bénéfices biologiques; elle signifie que le rendement adulte final ne peut pas être quantifié uniformément avec les documents publics examinés.



 
 
 

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