La force tranquille derrière la protection de nos rivières
- shedaplumes
- 2 juil.
- 4 min de lecture
Il y a des personnes qui passent dans la vie d’une rivière sans faire de bruit, mais qui laissent derrière elles une trace immense.
Pour moi, Sonie Poulin fait partie de ces personnes-là.

Sonie est une femme extraordinaire. Une femme de cœur, de conviction, de terrain, mais surtout une femme d’action. Depuis des années, elle consacre une grande partie de sa vie à la protection du saumon atlantique, à la conservation de nos rivières et à l’avenir du territoire de la Côte-Nord.
Directrice générale de la rivière aux Rochers, elle porte cette mission avec rigueur, respect et une connaissance profonde de sa rivière. Sonie ne travaille pas seulement avec des idées ou des principes. Elle connaît les chiffres. Elle connaît les montaisons. Elle connaît les enjeux biologiques, les enjeux de conservation, mais aussi les enjeux économiques qui entourent une rivière à saumon.
Elle sait qu’une rivière, ce n’est pas seulement de l’eau qui coule. C’est une communauté, une histoire, une économie locale, une culture, un patrimoine naturel et une responsabilité collective.
Le saumon, chez Sonie, ce n’est pas seulement un dossier ou un travail. C’est une histoire de famille. Elle vient d’une vraie lignée de saumoniers, autant du côté des Beaudin que du côté des Poulin. Elle a grandi avec cette culture, avec ce respect de la rivière et avec cette responsabilité envers le saumon et les générations futures.
Sonie a été une personne clé dans plusieurs décisions importantes pour la conservation de la rivière aux Rochers. C’est elle qui a piloté le dossier de la remise à l’eau obligatoire des grands saumons. C’est aussi elle qui a travaillé à l’abolition du quota de récolte sur la rivière, dans une vision claire : protéger les grands reproducteurs, protéger la ressource et donner une vraie chance au saumon de revenir.
Elle a aussi joué un rôle important dans l’abolition de la récolte des madelaineaux. En 2023, Sonie a sonné l’alarme devant la baisse inquiétante des madelaineaux. Là où certains auraient attendu encore, elle a regardé les chiffres, elle a compris le signal que la rivière envoyait et elle a agi.
C’est ça, être proactive. C’est ne pas attendre que le déclin soit irréversible avant de poser les bons gestes.
Son parcours ne se limite pas à la rivière aux Rochers. Sonie a aussi été une personne importante dans la grande bataille de la rivière Pentecôte, ce combat contre les projets de mini-centrales hydroélectriques. Ce fut une bataille difficile, menée contre des intérêts puissants, contre la ville de Port-Cartier, contre le gouvernement libéral de l’époque et contre la compagnie Hydro.
Mais des gens se sont levés. Sonie en faisait partie.
Avec son courage, sa détermination et son amour profond pour les rivières, elle a contribué à protéger la rivière Pentecôte de l’emprise d’un projet de barrage qui aurait pu changer son avenir pour toujours. Un barrage sur une rivière à saumon, ce n’est jamais banal. Ça transforme un cours d’eau, ça modifie son rythme naturel, ça fragilise les habitats et ça peut briser l’équilibre d’une rivière pour des générations.
Quand on regarde aujourd’hui ce que les barrages ont fait à plusieurs rivières, on comprend encore mieux l’importance de cette bataille. Certaines victoires ne se mesurent pas seulement à ce qu’on obtient, mais à ce qu’on empêche de perdre.
La rivière Pentecôte est encore là. Elle coule encore librement. Et ça, ce n’est pas arrivé par hasard. C’est arrivé parce que des gens ont eu le courage de se tenir debout au bon moment.
Sonie fait partie de ces gens-là.
Elle est fière de son territoire. Fière de la Côte-Nord. Fière de ses rivières à saumon. Elle comprend l’importance de la rivière aux Rochers, mais aussi celle des grandes rivières qui font partie de notre identité : la Moisie, la Saint-Jean, la Godbout, la Trinité, la Pentecôte, la rivière au Bouleau sans oublier la Romainr, et toutes ces rivières qui portent une partie de notre histoire.
Ces rivières ne sont pas seulement des endroits où l’on pêche. Ce sont des lieux de mémoire, des lieux de transmission, des lieux qui ont façonné des familles, des communautés et toute une culture du saumon.
Sonie comprend tout ça. Elle comprend que protéger une rivière, ce n’est pas seulement protéger des poissons. C’est protéger un territoire, une économie locale, une culture, une fierté régionale et un héritage que nous avons le devoir de remettre debout aux générations qui vont suivre.
C’est ça, le cheminement de Sonie Poulin.
Savoir quand travailler dans l’ombre. Savoir quand parler. Savoir quand se lever. Savoir quand militer. Savoir quand prendre des décisions difficiles, même quand elles ne plaisent pas à tout le monde. Et surtout, savoir protéger ce qui mérite d’être protégé avant qu’il soit trop tard.
Dans un monde où l’on parle souvent de conservation sans toujours passer à l’action, Sonie fait partie de celles qui ont agi.
Elle a donné du temps, de l’énergie, du cœur et une grande partie de sa vie pour les rivières, pour le saumon et pour le territoire. Elle a porté des dossiers difficiles. Elle a vu venir des problèmes avant bien du monde. Elle a défendu sa rivière avec intelligence, avec courage et avec amour.
Des grandes dames de la conservation, il n’y en a pas beaucoup.
Sonie Poulin en est une.
Et comme conjoint, comme pêcheur, comme homme qui aime profondément les rivières et le saumon, je peux dire une chose bien simplement : voir une femme porter cette mission avec autant de force, de courage, d’intelligence et d’amour pour la ressource, c’est de toute beauté.
Merci Sonie, pour ce que tu as fait, pour ce que tu fais encore, et pour tout ce que ton travail laissera derrière toi.
Parce qu’une rivière sauvée, une rivière protégée, une rivière respectée, ça devient un cadeau pour ceux qui viendront après nous.























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