Journal de route — Ontario Partie 2
- Jocelyn LeBlanc
- il y a 3 jours
- 4 min de lecture
Partie 2 — La Saugeen, le vent et la Baie Georgienne
La première journée sur la rivière Saugeen a surtout été une journée d’exploration.
Beaucoup de kilomètres. Beaucoup de routes de campagne. Beaucoup d’arrêts pour essayer de trouver des points d’accès où je pouvais réellement faire du wading avec mes waders, parce que la Saugeen, ce n’est pas une petite rivière intime comme certaines rivières du lac Ontario. C’est large. Très large par endroits. Une vraie grosse rivière avec du débit, des longues fosses et beaucoup d’eau à couvrir.

Je suis monté vers Walkerton. Cette ville-là me disait quelque chose. C’est là qu’il y avait eu la grande tragédie de l’eau contaminée au début des années 2000. Je me rappelais vaguement de ça. Une histoire qui avait marqué le Canada au complet.
J’ai arrêté dans une petite fishing shop du coin. Belle place encore une fois. Du bon monde. J’ai jasé un peu avec eux, demandé quelques conseils sur les niveaux d’eau et les secteurs accessibles. Ils m’ont dirigé vers un accès près de la concession road 10.

La journée était magnifique. Du soleil. Un peu de vent. Mais une vraie belle journée de printemps. Je me suis rendu au point d’accès numéro 7, si je me rappelle bien. Il y avait une belle place pour installer le campeur près de la rivière. Tranquille. Propre. Naturelle.
Exactement ce que je recherchais.

En après-midi, j’ai commencé à explorer la Saugeen. Le premier soir, j’ai vu quelques poissons. Quelques mouvements. Quelques suivis sur ma mouche. Mais rien de concret. Aucun combat. Aucun vrai contact. Puis, en fin de soirée, juste avant de retourner manger, je l’ai vu. Un énorme steelhead. Un vrai géant. Probablement autour de 8 - 10 kilos. Un des plus gros steelheads que j’ai vus de proche dans ma vie. Le poisson était stationné là, calme, dans peu d’eau. J’ai commencé à lui présenter différentes mouches. Aucune réaction. Puis soudainement, tout a changé. Le poisson s’est mis à gober en surface. Des petites mouches sortaient et il les mangeait devant moi. Lentement. Avec confiance. Un spectacle incroyable. Le problème, c’est que j’étais monté pour pêcher à la noyée. J’ai changé mon setup rapidement. J’ai ajouté une caddis sèche. Une orange rouille montée récemment par mon ami Didier Lafleur, qu’il m’avait envoyée par la poste il n’y a pas longtemps. Le steelhead est monté deux fois dessus. Deux fois.
Mais sans jamais toucher la mouche. Je l’ai ensuite suivi le long de la rivière. Le poisson descendait tranquillement en gobant à différents endroits.
Je lui ai tout lancé. Des petites sèches. Des hoppers. Des sedges. Des Blue Wing Olive. Des petites émergentes. Rien. Il venait voir. Il inspectait. Il snobait tout. Je suis même revenu à la fameuse caddis orange rouille de Didier. Encore une fois, il est monté dessus… sans jamais la prendre. Le poisson circulait près des berges, parfois dans moins de deux pieds d’eau, totalement en contrôle de la situation. Et moi… complètement obsédé par ce poisson-là.
J’ai essayé jusqu’à la noirceur. Jusqu’à la dernière minute. Mais ce steelhead-là ne m’a jamais donné sa chance.
Je suis finalement retourné au campeur en me disant que peut-être, le lendemain, nos chemins allaient se recroiser. Cette nuit-là, il a fait plus doux que les autres nuits du voyage. Peut-être 9 ou 10 degrés. J’ai moins chauffé. J’ai dormi profondément. Une vraie bonne nuit de sommeil.
Et honnêtement, j’en avais besoin. Parce qu’au fond, ce voyage-là n’est pas seulement un voyage de pêche. C’est un voyage pour voir du pays. Explorer. Rencontrer des gens. Voir différentes cultures. Découvrir d’autres façons de vivre les rivières. C’est aussi une façon de faire face à moi-même un peu. Observer ce qui se passe autour de moi. Voir la nature dans un autre contexte. Comprendre les différentes saisons, les différents comportements des poissons, les différentes techniques, les différentes mentalités. Toutes ces choses-là qui passionnent profondément les vrais pêcheurs.

Le lendemain matin, je me suis levé tranquillement. Il y avait plusieurs personnes près du débarcadère qui préparaient leurs canots pour descendre la rivière. J’ai quand même décidé de refaire la rivière au complet à la noyée. Mais cette journée-là… rien. Pas un poisson. Je n’ai absolument rien vu. Par contre, j’ai vu autre chose. La rivière. Les arbres. Les oiseaux. La pluie légère qui tombait parfois doucement et soudainement le tonnerre les éclaires, le vent s’est levé très fort. Assez fort pour casser des branches d’arbres qui tombaient près de moi.
À ce moment-là, j’ai compris que la Saugeen allait être partie remise. J’ai décidé de reprendre la route.

Direction : la baie Georgienne.

Je me suis dirigé vers Tobermory pour prendre le traversier vers South Baymouth, sur l’île Manitoulin. Et honnêtement… quelle place magnifique. La péninsule Bruce est d’une beauté spectaculaire. L’eau du grand lac Huron est tellement claire qu’on dirait presque la mer dans certains endroits. Des verts. Des bleus turquoise. Des couleurs qui me rappelaient presque certaines images de la Côte d’Azur.

Le traversier dure environ 1 h 50. Un superbe bateau, opéré par les communautés autochtones du secteur. Magnifique navire avec de très belles œuvres et peintures autochtones dessus.
La traversée elle-même est un spectacle. Des îles partout .Des formations rocheuses.

La lumière qui frappe l’eau. Les eaux turquoise de la baie Georgienne qui changent constamment de couleur. Les îles Manitoulin forment pratiquement une frontière naturelle à travers toute cette partie de la baie Georgienne. C’est difficile à expliquer correctement avec des mots.
Il faut le voir.

Ce soir, je vais essayer de me trouver un endroit où dormir. Et demain, je vais continuer ma route vers les rives nord du lac Supérieur.

Le voyage continue.
Et plus j’avance… plus j’ai l’impression de retrouver quelque chose que j’avais besoin de retrouver depuis longtemps.







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