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Running the Gauntlet

25 juin
3 min de lecture

Le parcours du combattant du saumon atlantique


Lorsque nous parlons du déclin du saumon atlantique, une question revient constamment : qu'est-ce qui est responsable?


Depuis des années, nous cherchons une réponse simple à un problème qui, lui, est tout sauf simple. Une année, nous parlons du réchauffement climatique. L'année suivante, du bar rayé. Puis viennent les phoques, l'aquaculture, les maladies, le manque de nourriture, les captures accidentelles ou encore les épisodes de chaleur dans les rivières. Chaque nouvelle étude ajoute une pièce au casse-tête. Pourtant, j'ai parfois l'impression que nous regardons chacune de ces pièces séparément, sans jamais prendre le temps de regarder l'image complète.


C'est cette réflexion qui m'a amené à développer une hypothèse que j'appelle Running the Gauntlet.


Je ne prétends pas avoir trouvé la réponse au déclin du saumon. Ce que je propose est simplement une autre façon d'observer son parcours. Une hypothèse qui, selon moi, mérite d'être étudiée.


Lorsque le saumoneau quitte sa rivière au printemps, il ne commence pas seulement une migration. Il entreprend probablement le voyage le plus dangereux de toute sa vie. Son instinct le pousse vers le large, en direction des aires d'alimentation du Groenland, où il passera un ou deux hivers avant de revenir frayer dans sa rivière natale. Entre ces deux destinations se trouvent des milliers de kilomètres... et une succession presque ininterrompue de dangers.

En observant les dates de dévalaison des saumoneaux sur plusieurs rivières du Québec, un détail a retenu mon attention. Au Saguenay, les jeunes saumons quittent généralement leur rivière entre la fin mai et le début juin. Sur la rivière de la Trinité, cette migration survient environ une semaine plus tard. Plus on se déplace vers l'est, vers la Haute-Côte-Nord, la Minganie et la Basse-Côte-Nord, plus la dévalaison est tardive, parfois jusqu'au début de juillet. Cette progression est logique : les eaux froides retardent le développement des saumoneaux.

Mais en regardant cette carte, une autre observation m'est venue.



Pendant que les saumoneaux progressent graduellement vers l'est, le bar rayé semble lui aussi remonter progressivement le Saint-Laurent et la Côte-Nord. Aujourd'hui, il est bien établi dans le fjord du Saguenay et sa présence est de plus en plus fréquente aux embouchures de nombreuses rivières nord-côtières. Je tiens à être extrêmement prudent : je n'affirme pas que le bar rayé suit les saumoneaux. Je n'ai aucune preuve scientifique permettant de soutenir une telle affirmation. Mais lorsque deux phénomènes semblent évoluer dans le même corridor et à des périodes qui se chevauchent, il me semble légitime de se demander si cette synchronisation pourrait avoir un impact sur la survie des jeunes saumons.


C'est ici que, selon moi, la discussion devient intéressante. Le véritable sujet n'est pas le bar rayé. Le véritable sujet est l'accumulation des pressions.


Le saumoneau ne rencontre jamais un seul obstacle. Il doit traverser des estuaires où se concentrent plusieurs prédateurs. Il doit éviter les phoques, les oiseaux piscivores, les gros poissons et, possiblement, des concentrations importantes de bars rayés. Il doit également trouver suffisamment de nourriture pour poursuivre sa migration. Les lançons, les capelans, harengs, les amphipodes et les autres petites proies dont il dépend sont eux aussi recherchés par de nombreuses espèces. Le saumoneau ne lutte donc pas seulement pour éviter d'être mangé. Il lutte aussi pour réussir à manger.


Puis vient l'océan. Là encore, les défis se multiplient : compétition alimentaire, changements climatiques, parasites, maladies, modifications de la répartition des proies et, sur certaines routes migratoires, les secteurs d'aquaculture marine. Après un ou deux hivers, lorsqu'il entreprend enfin le voyage du retour, le parcours recommence. Les phoques sont toujours là. Les épisodes de chaleur frappent certaines rivières. Les faibles débits compliquent la migration. Les obstacles naturels et artificiels s'ajoutent au stress déjà accumulé.


Et c'est peut-être là que se trouve le cœur de mon hypothèse.

Nous étudions les phoques.

Nous étudions le bar rayé.

Nous étudions les changements climatiques.

Nous étudions l'aquaculture.

Nous étudions les maladies.


Mais combien d'études regardent réellement l'effet cumulatif de toutes ces pressions sur un même saumon, tout au long de son parcours?


À mes yeux, c'est exactement cela, Running the Gauntlet. Le saumon n'affronte pas une seule menace. Il doit survivre à une succession d'épreuves qui commencent dès qu'il quitte sa rivière et qui ne prennent fin que lorsqu'il revient y frayer.


Peut-être que je me trompe. Peut-être que cette hypothèse sera un jour complètement réfutée. Et si c'est le cas, tant mieux. C'est précisément le rôle de la science. Mais je crois sincèrement que cette question mérite d'être posée. Parce qu'à force de chercher le responsable, nous risquons peut-être de passer à côté du véritable problème : ce n'est pas une seule menace qui fait disparaître le saumon. C'est peut-être l'accumulation de toutes les autres.

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